Né à Aalst-Alost (Belgique) le 25 février 1847, mort à Paris le 31 octobre 1922 ; journaliste, correcteur ; membre de l’AIT, anarchiste.

Fils d’un employé aux accises, Victor Dave fréquenta la Faculté des Lettres de Liège, puis l’Université libre de Bruxelles. Dès sa jeunesse, il manifesta des sentiments socialistes et se montra un libre penseur agissant.
En 1865, il participa au congrès international des étudiants qui se tint à Liège, où il rencontra Paul Lafargue qui lui fit lire Proudhon* et, deux ans plus tard, adhéra à la fédération bruxelloise de l’Association internationale des travailleurs. Il devint membre en 1869 de son conseil général. Cette même année, il fut délégué au congrès international de la Libre Pensée à Naples, où il rencontra notamment Louis Andrieux, futur préfet de police de Paris.
Du 2 au 7 septembre 1872, Dave représenta la section internationale de La Haye au 5e congrès de l’AIT qui se tint dans cette ville ; c’est lui qui lut le rapport de la minorité en faveur « des principes de l’autonomie fédérative ». Il y vota contre l’expulsion de Bakounine*, Guillaume* et Schwitzguébel*. Il collabora à plusieurs journaux de l’AIT en français et en néerlandais, et fonda la Science populaire (1872-1873) à laquelle collaboraient Bakounine et Malon*.
Sa participation à l’insurrection cantonaliste espagnole de juin-juillet 1873, souvent évoquée, n’est pas attestée. Il était en Belgique en avril (congrès de Verviers) et en juin selon la police, puis il représenta, en septembre, la section des mécaniciens de Verviers au 6e congrès de l’Internationale (antiautoritaire) à Genève. « Je tiens à déclarer, dit-il, que j’ai reçu des mécaniciens de Verviers le mandat de défendre l’anarchie, et que les ouvriers mécaniciens qui m’ont délégué à ce congrès sont tous anarchistes. »
En 1878, il se fixa à Paris après avoir épousé une jeune fille de Loches (Indre-et-Loire), Marie Archambault. Il y rencontra Johann Most ; de Londres – où ils trouvèrent tous deux refuge en mars 1880 après leur expulsion de France –, il devint le principal organisateur de la distribution clandestine de la Freiheit en Allemagne. Arrêté en décembre à Augsburg, il fut condamné pour haute trahison à cinq ans de forteresse. Lors de son procès en octobre 1881, Dave affirma qu’il était venu en Allemagne à titre privé, pour y faire du journalisme. Il ne ménagea pas ses critiques à Johann Most, dont il tenait les idées pour blanquistes et jacobines.
Libéré en avril 1884, il retourna alors à Londres où il fut au cœur des conflits entre les exilés allemands.
L’arrêté d’expulsion ayant été suspendu, il put revenir en France en 1897 avec sa femme. Collaborateur des éditions Schleicher et de l’Humanité nouvelle, revue d’Augustin Hamon*, il en devint le secrétaire de rédaction. Emma Goldman le rencontra à Paris en 1900 :
« … De tous ceux que je rencontrai, l’homme qui m’impressionna le plus fut Victor Dave. C’était un vieux camarade qui avait roulé sa bosse dans les mouvements anarchistes européens pendant quarante ans… J’ai passé beaucoup de temps avec lui et sa compagne Marie, invalide depuis de longues années mais toujours intéressée par les questions sociales. Victor était un grand linguiste et a été précieux pour m’aider à organiser le matériel que j’avais amené pour le congrès et à le traduire en différentes langues… C’était le plus gai et le plus libre des hommes, un compagnon selon mon cœur. »
Dave travaillait comme journaliste et traducteur et rédigea la notice biographique de Fernand Pelloutier* pour l’édition de l’Histoire des bourses du travail (1902). En 1903-1904, il publia, avec Alfred Costes, la Revue générale de bibliographie française. Il entra comme correcteur à la Chambre des députés et fut admis en 1911 au syndicat des correcteurs et teneurs de copie.
En 1914, V. Dave adopta les positions de son ami Kropotkine* et, en février 1916, fut un des signataires du Manifeste des Seize en faveur de la cause des Alliés.

ŒUVRE : Nombreuses traductions et études : Michel Bakounine et Karl Marx, 24 p., (reproduction d’un article paru dans l’Humanité nouvelle, mars 1900). — Portraits d’hier  : « Fernand Pelloutier », n° du 1er octobre 1909, « Louis Büchner », n° du 15 août 1910. — Pacifisme et antimilitarisme, Paris 1910, 32 p. — Collaboration au Peuple de Bruxelles et à De Vrijheid de La Haye.

SOURCES : DBMOF, corrections et compléments — Alfred Costes, « Victor Dave », Bulletin of the IISH, 1952 — La Première Internationale, ed. J. Freymond — Emma Goldman, Living my Life, chap. 21. — note de Jean Puissant. — Un important fonds de correspondance se trouve dans les Archives Nettlau à l’IISG d’Amsterdam.

Notice corrigée et complétée par Marianne Enckell

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