Né le 9 septembre 1878 à Sèvres (Seine-et-Oise), mort le 7 novembre 1960 à Paris ; inhumé au cimetière du Père-Lachaise ; propagandiste anarchiste ; chansonnier libertaire ; franc-maçon.

Charles d’Avray
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En 1895, Charles-Henri Jean, fils d’un architecte, suivait les cours du Conservatoire de Musique et s’exerçait déjà à composer des chansons. Au cours des années suivantes, il continua à composer et devint anarchiste après avoir rencontré le compagnon de la mère de Jeanne Humbert* qui l’introduisit dans les milieux néo-malthusiens. Il entreprit désormais sous le nom de Charles D’Avray des tournées de propagande par la chanson qu’il devait poursuivre toute sa vie durant.
Charles d’Avray a composé ainsi des centaines de chansons, « plus de mille », disait-il et sur divers thèmes :chansons rouges, chansons du trottoir, chansons de veillées, etc. Il se produisit en province, mais aussi dans les cabarets parisiens du quartier latin et de Montmartre et notamment au Grenier de Gringoire, situé rue des Abbesses à Montmartre, dont il fut le directeur artistique de 1922 à 1925.
Au début des années 1900, il fut l’un des fondateurs du Groupe de propagande révolutionnaire par les arts La Muse rouge. Longs cheveux, front élevé, joues creuses, vêtu d’une longue redingote noire, Charles d’Avray présentait en un bref commentaire l’œuvre qu’il allait interpréter, estimant que la conférence agrémentée de chansons était la meilleure forme de propagande. Chacune de ces « conférences chantées » comportait trois types de chansons : celles qui se proposaient comme but de détruire le passé (Les Géants sur l’Église, Les Monstres sur la noblesse) ; celles qui étaient dirigées contre la IIIe République (Magistrature, Militarisme) , celles enfin qui exaltaient la société libertaire de demain (Le Premier Mai, Le Triomphe de l’Anarchie) et le néo-malthusianisme : Procréation consciente.. Chaque chanson était reliée à la suivante par une courte argumentation du chansonnier qui faisait ensuite appel à la contradiction.
Il anima également de nombreuses fêtes et notamment celles tenues à Romainville pour renflouer les caisses du journal L’anarchie.
En 1911, il suppléa Almereyda* à la direction de la Guerre sociale où il fut chargé principalement du groupe des « Jeunes Gardes ». Il aurait alors appartenu à la 3e section du Parti socialiste SFIO (il prit à ce titre la parole à une réunion organisée le 17 octobre 1910).
Mobilisé en août 1914, il le demeura jusqu’en mars 1919. En 1916, il se trouvait à Étampes. Dès 1920, il reparut dans les galas anarchistes tant à Paris qu’en province. Il donnait à cette époque des cours au conservatoire de la chanson situé 39 boulevard de Strasbourg. Il fut radié du Carnet B de la Seine lors de la révision de 1922.
Charles d’Avray fut indirectement impliqué dans l’affaire Philippe Daudet* ; le soir du 23 novembre 1923, il avait aidé le fils du leader de L’Action française, en lui prêtant la somme de 35 f ; le lendemain, Philippe Daudet mourait tragiquement. Ces circonstances dramatiques créèrent bien des difficultés au chansonnier et notamment une violente campagne contre lui orchestrée par L’Action française, aboutissant à la fermeture par la police du Grenier de Gringoire.
En 1927, sous l’égide de La Muse Rouge, son camarade et ami François Coladant publia un numéro spécial des fascicules Nos Chansons contenant 9 de ses œuvres inédites.
Le 1er février 1928, inculpé de « provocation directe au meurtre dans un but de propagande anarchiste », il fut condamné par défaut — il s’était réfugié en Belgique — à un mois de prison et 200 f d’amende ; le 3 septembre, sur appel, la 11e chambre correctionnelle lui infligeait un mois de prison avec sursis.
Au début des années 1930, comme la plupart des chansonniers libertaires - dont Coladant, Couté*, Jolivet, Monteil – il s’opposa vigoureusement à l’adhésion de la Muse rouge à la Fédération du théâtre ouvrier de France (FTOF) contrôlée par le Parti communiste. Cette position majoritaire à La Muse Rouge entraîna de la part des organisations communistes un appel au boycott des chansonniers de la Muse. Charles D’Avray et ses camarades continuèrent jusqu’à la guerre d’animer les goguettes de la Muse et les sorties et fêtes des groupes et journaux libertaires et pacifistes.
À la Libération, il continua d’animer des fêtes libertaires et en 1949 ouvrit même un nouveau cabaret situé rue des Abbesses, Chez l’vieux, où il chantait avec ses anciens camarades de la Muse. En mars 1954, pour lui venir en aide, un gala fut organisé à la Salle des Sociétés savantes et en 1958, à l’occasion de son 80e anniversaire, un nouveau gala avait réuni autour de lui entre autres Roger Monclin*, Nöel Nöel, Jean Lumière, Jacques Grello et Jeanne Monteil. C’est à l’occasion de ce gala que fut enregistré puis gravé sur un disque vinyl le vieux barde libertaire.
Charles d’Avray, qui était également franc-maçon – il avait fréquenté la loge Equité de Pantin, affiliée au Grand Orient - mourut à Paris, à l’hôpital Tenon, le 7 novembre 1960 et a été inhumé le 9 au cimetière du Père Lachaise où furent prononcées des allocutions par J. Olive* (groupe des Amis de Sébastien Faure), Maurice Joyeux* (Fédération anarchiste), Ch. Bontemps* (Liberté) et Catty (syndicat des chansonniers). Trois années auparavant, il avait perdu sa compagne Hélène, Aline Discher. Il lui avait consacré un recueil de cinquante poèmes, Le Livre du Souvenir, d’où nous extrayons ces quelques vers de facture typiquement anarchiste et qui montrent qu’à près de quatre-vingts ans le chansonnier avait conservé ses idéaux de jeunesse :
Viens chez moi ! - Écrivain pourchassé - Déserteur - Avorteur -Justicier - Étranger - À toute loi je suis hostile - Anarchiste invétéré, - Je pratique le droit d’asile - Et pour moi, ce droit est sacré !
Charles-Auguste Bontemps écrivit de lui : « Il parlait clairement, simplement au peuple, dans le langage du peuple. »

ŒUVRE : Parmi les milliers de chansons composées par Charles D’Avray, et dans la série qu’il appelait « Chansons rouges » regroupant ses chansons révolutionnaires, il convient de citer entre autres : À bas Biribi, La chanson de notre jeunesse, La chanson d’un incroyant, Le Chant des combattants de la paix, Dictature, Egalité, Espagne Espagne, Les fous, Fraternité, Les géants, Les Gueux, L’Homme libre, L’Idée, L’Insurrectionnelle, Jeunesse, Liberté, Loin du rêve, Magistrature, Maternité, Militarisme, La moisson rouge, Monsieur Schneider et Cie, Ne votez plus, Paroles d’un révolutionnaire, Patrie, Le Peuple est vieux, Pour mon vieil ami l’anarchiste, Le premier Mai, Les Pieds nus, Procréation consciente, La Prolétarienne, Prostitution, Le sang des ouvriers, Le Triomphe de l’anarchie, L’UA, Vers l’idéal, La Vierge noire.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 053, F7 14693 — Arch. PPo., non versées. — J. Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste..., op. cit. — Défense de l’homme, n° 183, janvier 1964 (article du Dr. Herscovici) — Contre-courant, n° 105, janvier-mars 1961. — Le Livre du Souvenir, cinquante poèmes, 1957, 114 pages tiré à 250 exemplaires numérotés par l’auteur, hors commerce. — L. Campion, Les Anarchistes dans la Franc-Maçonnerie, Marseille, 1969 — R. Brécy, Autour de la Muse Rouge…, op. cit. — Le Monde libertaire n°65, décembre 1960 (nécrologie de M. Joyeux) — Le combat syndicaliste, n°166, novembre-décembre 1960 (nécrologie de J. Olive).

Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

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