Né à Beaugency (Loiret) le 23 septembre 1880 ; mort à Paris, à l’hôpital Lariboisière, le 28 juin 1911 à Paris ; poète libertaire.

Gaston Couté (vers 1910)
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Fils d’un meunier installé en 1882 à Meung-sur-Loire (Loiret), entre Beauce et Sologne, le jeune Gaston Couté fréquenta l’école communale, puis le lycée Pothier d’Orléans. Élève indiscipliné, il quitta le lycée avant d’en être exclu et, à 17 ou 18 ans, devint commis de perception à Orléans.
Il commença alors à écrire et collabora au Républicain du Loiret dont il ne tarda pas être remercié pour ses sympathies révolutionnaires.
A l’automne 1898, il partit sur le trimard en direction de Paris. C’était l’époque des cabarets artistiques, et il fut engagé au cabaret de L’Âne rouge avec, pour salaire quotidien « un café crème ». Il dormait le plus souvent dans la rue sans manger, même lorsqu’il trouva à se produire dans quelques autres cabarets montmartrois, comme Le Lapin agile.
Couté s’y produisit et ses chansons paysannes et de révolte, écrites dans une langue émaillée de patois beauceron et « coupante comme une faux », obtinrent un vif succès. Ses cibles favorites étaient les élus, les notables, les grands propriétaires et les curés. Sur scène, il portait une « blouse bleue et se coiffait d’un feutre noir à larges ailes ».
Engagé dans l’affaire Dreyfus, Gaston Couté collabora en 1899 au Libertaire, puis au Journal du peuple de Sébastien Faure, où il fit la connaissance de Fernand Desprès*.
Syndiqué à la CGT, dans l’Union syndicale des artistes lyriques, concerts et music-Halls, il adhéra également au Groupe des chansonniers révolutionnaires (voir Tony-Gall) qui animait volontiers les meetings et les soirées militantes.
En juin 1910, il rejoignit ses amis Victor Méric, Miguel Almereyda et Fernand Desprès* à La Guerre sociale. Chaque semaine, pendant un an, il rédigea, pour la première page de l’hebdomadaire révolutionnaire, 58 chansons au total, toutes sur un air connu et en rapport avec l’actualité politique et sociale.
En juillet-août 1910, il écrivit également cinq chansons pour l’éphémère hebdomadaire de Victor Méric, La Barricade, qu’il signa Le Subéziot (« celui qui siffle », en patois beauceron).
En octobre 1910, pour la grève des cheminots, il se montra particulièrement actif et signa de nombreuses chansons comme La Carmagnole des cheminots, Cheminots, quel joli sabotage !, Ça va, ça va, la Grève marche, Les Joyeusetés de la grève perlée, La Chanson des fils (sur le sabotage des fils télégraphiques).
Une chanson qui ironisait sur quatre policiers blessés durant le 1er mai 1911 lui valut des poursuites. Elles devaient ne jamais aboutir, la mort fauchant le poète dans sa trentième année.
La vie de bohème et la boisson avaient altéré sa santé. Frappé de congestion pulmonaire le 26 juin 1911 en rentrant dans son garni du 2, place du Tertre, il fut transporté à l’hôpital Lariboisière où il mourut deux jours plus tard.
Deux cents personnes, d’après la police, accompagnèrent son cercueil jusqu’à la gare d’Austerlitz. Il fut inhumé le 1er juillet à Meung-sur-Loire (Loiret) où un musée perpétue son souvenir.
On retrouve dans ses chansons quelques-uns des thèmes favoris des anarchistes : contre la religion, contre l’électoralisme, contre l’armée, contre les propriétaires.

Du Christ en bois, ces quelques vers :
« Mais, toué qu’les curés ont planté
Et qui trôn’ cheu les gens d’justice,
T’es ren ! ..., qu’un mann’ quin au sarvice
Des rich’s qui t’mett’nt au coin d’leu’s biens
Pour fair’ peur aux moignieaux du ch’min
Que j’soumm’s... Et, pour ça, qu’la bis’ grande
T’foute à bas... Christ ed’ contrebande,
Christ ed’l’Eglis ! Christ ed’ la Loué,
Qu’as tout, d’partout, qu’as tout en boués ! »


Un couplet moqueur sur Les Électeurs :
« C’est un tel qu’est élu !... Les électeurs vont bouére
D’aucuns coumme à la nec’, d’aut’s coumme à l’entarr’ment,
Et l’souér el’ Peup’ souv’rain s’en r’tourne en brancillant...
Y a du vent ! Y a du vent qui fait tomber les pouéres ! »


Une tirade antipatriote et antimilitariste, dans Les Conscrits :
« Pourquoué soldats ? I’s en sav’nt ren,
l’s s’ront soldats pour la défense
D’la Patri’ ! — Quoué qu’c’est ? — C’est la France...
La Patri’ !... C’est tuer des Prussiens !...
La Patri’ ! quoué ! c’est la Patri’ !
Et c’est eun’ chous’ qui s’discut’ pas !
Faut des soldats ! ... - Et c’est pour ça
Qu’à c’souér, su’ l’lit d’foin des prairies,
Aux pauv’s fumell’s i’s f’ront des p’tits,
(Des p’tits qui s’ront des gàs, peut-être ?)
A seul’ fin d’pas vouer disparaître
La rac’ des brut’s et des conscrits. »


Enfin, dans La Guerre sociale du 12 avril 1911, sur l’air de La Sérénade du pavé, il composa La Sérénade à M. Vautour, dédiée à l’Union syndicale des locataires de Georges Cochon :
« Si nous chantons sous ta fenêtre
A pleines gueules : « ça ira !
A la lanterne il faut les mettre
Les Proprios on les pendra ! »
C’est pour te donner une idée
De l’affreux terme qu’un beau jour
Aux mains d’une foule excédée
Tu devras payer à ton tour !... »



Quelques jours après sa mort, Victor Méric adressa un adieu à Gaston Couté : « Ce petit gars maigriot, aux regards de flamme, aux lèvres pincées, était un grand poète. Il allait chantant les gueux des villes et des champs, dans son jargon savoureux, avec son inimitable accent du terroir. Il flagellait les tartuferies, magnifiait les misères, pleurait sur les réprouvés et sonnait le tocsin des révoltes. Un grand poète, vous dit-on. »
Pierre Mac Orlan avait également prophétisé à son propos : « Gaston Couté est un poète paysan dont le renom grandira tout d’un coup un jour quelconque de l’avenir. »
Dans l’Entre-deux-guerres, ses chansons furent régulièrement interprétées dans les galas et sorties libertaires et notamment par Colladant, Clovys* et Maurice Hallé* du groupe La Muse rouge.
En 1931, Eugène Rey édita une compilation de ses œuvres sous le titre La Chanson d’un gas qu’a mal tourné.
A la Libération fut fondée la société Les Amis de Gaston Couté, qui publia un bulletin trimestriel et fut à l’origine de l’inauguration à Beaugency, le 12 juin 1949, d’une statue réalisée par Edmond Morignot.
Après Mai 68, et à l’initiative notamment de association Le Vent du ch’min, qui publia ses œuvres complètes, Gaston Couté fut redécouvert par de nombreux artistes. Parmi ceux qui l’ont interprété, il faut citer notamment Jacques Florencie, Bernard Meulien, Marc Robine, Gérard Pierron, Vania Adrien Sens, le groupe Le P’tit Crème et Claude Féron.

ŒUVRE : Gaston Couté est l’auteur de plus de 250 chansons. Plusieurs anthologies de ses œuvres ont été publiées dont : Roger Seignot et Simonomis, Gaston Couté : de la terre aux pavés, Dossiers d’Aquitaine, 1985, et Les Mangeux de terre, Ed. Christian Pirot, 2002 (présenté par Gaston Coutant et Gérard Pierron).

SOURCES : Les Hommes du jour, 8 juillet 1911 — Victor Méric, Coulisses et tréteaux, Paris, 1931, pp. 28-45. — P.V. Berthier « Gaston Couté, la vérité et la légende », Cahiers de contre courant, mars 1958 — L. Lanoizelée, Gaston Couté, Paris, 1960, 144 p. — Pensée et Action, septembre 1962 (étude de R. Monclin). — Contre-courant n° 140, 25 septembre 1966 — René Ringeas et Gaston Coutant, Gaston Couté, l’enfant perdu de la révolte, Ed. du Vieux Saint-Ouen, 1966 — Henri Poulaille « Gaston Couté », Bulletin du centre ouvrier France Interlingua, 1967 — Lucien Seroux, « Gaston Couté, la grève, l’action directe et les “chansons de la semaine” de La Guerre sociale », Agone n°33, 2005.

Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

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