Né le 19 novembre 1862 à Calais (Pas-de-Calais), mort le 1er novembre 1918 à Poitiers ; peintre décorateur, anarchiste et bagnard.

« Il avait une figure énergique, finement dessinée, des yeux vifs facilement mouillés de larmes. Il était sensible, sentimental comme une vieille guitare, bon, très serviable, très débrouillard avec un fond de naïveté qui l’empêchait de cacher combien il était fier de ses qualités indéniables. Je m’habituais moins bien à la fierté qu’il tirait de ses relations avec Aristide Briand, son ancien compagnon, déjà passé à l’ennemi". (Francis Jourdain, Sans remords ni rancune. Souvenirs, 1953, p. 84).
Fils d’ouvriers poitevins, Auguste Courtois apprit le métier de peintre décorateur et fit son tour de France. Ses compagnons l’avaient surnommé l’avocat, car partout où il se trouvait il revendiquait de meilleures conditions de travail. Il alla en Algérie, en Espagne où il s’affilia à des sociétés secrètes. Libéré du service militaire, qu’il avait accompli dans les chasseurs, il fréquenta les milieux libertaires. Il fit son premier discours public au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, en 1888, à l’occasion de l’anniversaire de la Commune. En 1889 il était membre du Comité de secours aux familles de détenus politiques, dont le secrétaire était B. Morel. Il était l’année suivante, aux cotés de Paul Reclus*, Bernhart*, Cabot*, Duffour, Siguret et Tortelier*, le signataire d’un appel à la création d’un quotidien anarchiste (La Révolte, 31 août 1890).
En 1891, il entreprit en province une tournée de propagande en faveur de la grève générale et parla notamment à Angers et à Cholet. À la suite d’une réunion tenue à Nantes, il fut condamné par contumace à deux ans de prison et 3 000 f d’amende. Le 1er mai 1891, à Fourmies (Nord), la troupe tira sur la foule, tuant neuf personnes. Courtois se rendit à Fourmies : sous un faux nom, il intervint dans les réunions où il se prononça contre les politiciens. Il resta dans la région et y fonda un groupe libertaire, La Revanche fourmisienne.
Sur le point d’être arrêté, il passa en Belgique. Il fut expulsé peu après. De France, il partit pour l’Angleterre, puis revint en Belgique. Il retourna dans son pays et résida six mois à Lille chez un ancien gérant du Père Peinard, regagna Paris, enfin Bordeaux. Au cours d’un grand meeting organisé le 18 mars 1892 pour célébrer la Commune, il prononça un discours qui lui valut d’être poursuivi. Il se réfugia à Marseille et y monta une petite affaire d’exportation sous le nom de Liard et Cie. Peu après, on l’arrêta pour son discours de Bordeaux. Le parquet de la Gironde le confondit avec Louis Liard, anarchiste décédé au Havre deux ans auparavant. Liard-Courtois ne protesta pas en raison des poursuites antérieures dont il était l’objet. Acquitté, il demeura à Bordeaux où il exerça son métier de peintre.
En août 1893, il participa à la grève des ouvriers du bâtiment ; le tribunal correctionnel le condamna, le 22 août 1893, à quatre mois de prison pour entraves à la liberté du travail. La police avait appris son vrai nom. Libéré le 22 décembre, il signa sa levée d’écrou Louis Liard, « tombant ainsi dans le piège tendu par la police » (F. Jourdain). Arrêté le 27 janvier 1894, inculpé de faux en écritures publiques, il comparut devant la cour d’assises de la Gironde le 16 novembre et fut condamné à cinq ans de travaux forcés et à 100 f d’amende.
Envoyé en Guyane, libéré le 27 janvier 1899, il dut résider à Cayenne. Il tenta de s’évader, fut repris ; acquitté, il obtint sa grâce pour les cinq ans de relégation qui lui restaient à subir. C’était l’un des cinq bagnards défendus alors par la Ligue des droits de l’homme, avec F. Monod*, A. Girier*, Th. Lardaux et Arthur Vautier. Il quitta le bagne le 4 mars 1900 ; en avril, il arrivait au Havre.
Il collabora à plusieurs titres de la presse libertaire dont Le Libertaire, Régénération (1896-1908) et Génération Consciente (1908-1914). Il participa à plusieurs tournées de propagande en faveur du néo-malthusianisme, et fut condamné à Rouen, en 1909, à un mois de prison et 300 francs d’amende pour une distribution de tracts et de conseils sur les moyens anti-conceptionnels (voir Eugène Humbert).
Pendant la guerre, Liard-Courtois « s’était laissé prendre, écrit Loréal (Le Libertaire 11 janvier 1930), aux boniments patriotards de Grave*, Malato* et tutti quanti », mais il « ne blâmait pas ceux qui luttaient ». Il serait entré au Parti socialiste. Il mourut à Poitiers en novembre 1918 « au moment où il commençait à s’apercevoir du mensonge de la « Guerre du Droit ». Du moins, telle était l’impression que je gardai d’une dernière conversation que j’eus avec lui peu avant sa fin. »

ŒUVRE : Souvenirs du bagne, Paris, 1903 (rééd., Toulouse, 2005). — Après le bagne, Paris, 1905 (rééd., Toulouse, 2006).

SOURCES : Arch. Dép. Gironde, série M, Anarchistes 1899-1907 — ANOM — Le Libertaire, 10 novembre 1919, article d’Antoine Antignac ; 7, 21, 28 décembre 1929-11 janvier 1930, « Pages d’histoire », par L. Loréal. — J. Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste..., op. cit. — R. Bianco, « Un siècle de presse… », op. cit. — Rapport sur les cas de cinq détenus des îles du Salut (île Royale), présenté au comité de la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, par Joseph Reinach, Paris, 1899 — Elinor Accampo, Blessed Motherhood, Bitter Fruit : Nelly Roussel and the politics of female pain in Third Republic France, Baltimore, The John Hopkins University, 2006. — note de Guillaume Davranche.

Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

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