Né à Creil (Oise) le 14 mars 1896, tué le 8 octobre 1936 en Espagne ; charpentier ; anarchiste. Auteur en 1919 d’un attentat contre Clemenceau.

Émile Cottin (1919)
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Emile Cottin fut élevé à Compiègne dans une famille ouvrière. C’est à la lecture de Zola qu’il s’intéressa aux idées libertaires ; il rencontra juste avant la première guerre mondiale plusieurs militants dont E. Armand*, Sébastien Faure* et Pierre Chardon*. En mai 1918 il assista à une charge de police, suivie de tirs, contre des ouvriers en grève d’une usine de munitions, ce qui le marqua profondément et le décida sans doute à attenter à la vie de Clemenceau « le briseur de grèves ».
« Je suis anarchiste, c’est-à-dire antiautoritaire, anticléricaliste, antimilitariste et antiparlementaire », déclara-t-il lors de son procès qui s’ouvrit le 14 mars 1919. Quelques semaines auparavant, le 8 février 1919, il avait tiré sur Clemenceau et avait failli être lynché lors de son arrestation ; la blessure fut bénigne mais lui valut d’être condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre. Le lieutenant Mornet, procureur, avait déclaré « Ce n’est pas seulement Clemenceau que l’anarchiste visait ; c’était la France ! ». Après 42 jours passés dans la cellule des condamnés à mort à Melun, Cottin fut grâcié par Poincaré et sa peine fut commuée en dix ans de réclusion et vingt ans d’interdiction de séjour, après une vigoureuse campagne menée par Le Libertaire, arguant du fait que l’assassin de Jaurès avait été acquitté. Tout au long de cette campagne, de nombreux militants et militantes anarchistes seront poursuivis et emprisonnés pour leur soutien apporté à Cottin. L’Union Anarchiste publia la brochure Emile Cottin, son geste, sa condamnation, son supplice (Paris, 1922, 8 p.) ; Louis Loreal* composa sur l’air de Gloire au 17ème une chanson intitulée Gloire à Cottin (La Jeunesse Anarchiste, n°7, novembre 1921 ; les numéros 7 à 11 traiteront essentiellement de l’affaire). Une carte postale fut publiée (reproduite in Le Libertaire de mai 1923).
Le 21 août 1924, Cottin fut libéré « déficient à l’extrême... sa vue pas brillante s’étant gravement altérée" (Contre-Courant, août 1952) et astreint à résider à Haucourt (Oise) où l’anarchiste S. Casteu* l’hébergea. Cottin fabriquait des boîtes à pain à vingt francs pour lesquelles l’hebdomadaire Germinal faisait de la publicité. Bien qu’astreint à résidence, il n’en vint pas moins à Paris où il rencontra celle qui devint sa compagne et dont il eut un fils. Le caractère difficile de Cottin et l’insécurité de l’interdit de séjour rendirent l’entente incertaine et ce fut le désaccord puis la séparation.
En 1930, alors qu’il se rendait à Marseille pour voir son fils, il fut arrêté à Lyon et emprisonné. Il travailla comme ébéniste en 1936 à Clichy ; en février, il fut de nouveau arrêté et accomplit trois mois de prison. Sa compagne vivait à Toulon.
En juillet 1936 il vint chez L. Louvet : "Je pars en Espagne, ma résolution est prise, mais il me faut des papiers". Louvet lui donna les siens. Il fut mitrailleur au groupe international de la colonne Durruti ; le 8 octobre 1936, il était tué près de Huesca sur le front de Saragosse. « Ce fut un suicide », écrivit Louis Louvet qui ajoutait : "Eternel diminué social, ne pouvant faire valoir aucun de ses droits, il était ulcéré à la pensée que sa fillette vivait à Toulon dans des conditions qui ne pouvaient... la prédisposer à un avenir brillant". Un témoin, Raymond Giancoli, démentit cette version et affirma qu’il avait pris une balle perdue dans le dos ; il fit même le coup de poing avec ceux qui qui maintenaient la version du suicide. Le Libertaire lui consacra une pleine page écrite par Ernesto Bonomini.

SOURCES : État civil de Creil. — Contre-Courant, août 1952, « Vieux Souvenirs » par L. Louvet. — Le Libertaire, 9 février 1919, 16 et 23 octobre 1936, 9 juin 1938. — Notes de G. Mader — Notes de D. Vidal — R. Bianco, Un siècle de presse..., op. cit. — D. Berry, "French anarchists in Spain....", op. cit. — M. Corman, Salud camarada, Ostende et Paris, Tribord 1937.
Iconogr. : L. Lecoin, Le cours d’une vieGerminal, Amiens, n°124, 7 janvier 1922 — Libertaire, 29 mai 1936 (accompagné d’une lettre) & 16 octobre 1936 (avec S. Tronchoni) — Le Réfractaire, n°43, novembre 1978.

Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

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