COCHON Georges, Alexandre [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Rolf Dupuy

Né le 26 mars 1879 à Chartres (Eure-et-Loir), mort le 25 avril 1959. Ouvrier tapissier. Animateur de l’union syndicale des locataires.

Georges Cochon (1912)
Georges Cochon (1912)
DR

Très populaire, Cochon fut avant la Première Guerre mondiale secrétaire et président de l’union syndicale des locataires puis de la Fédération des Locataires au temps où le « proprio » était Monsieur Vautour et où certains locataires pratiquaient les déménagements à la cloche de bois.

En décembre 1909, Georges Cochon, qui avait passé trois ans aux Bataillons d’Afrique pour objection de conscience, était le trésorier de l’Union syndicale des locataires ouvriers et employés, qui était une résurgence d’un premier syndicat confédéré de locataires créé en 1903 par l’anarchiste Pennelier*. En 1911 il devenait le président de l’union qui comptait alors un demi-millier d’adhérents parisiens et dont le programme reposait sur l’insaisissabilité du mobilier, le paiement à terme échu et la taxation des loyers. Le 13 décembre 1911, il organisa le déménagement public de son propre logement, 52 rue de Dantzig, menacé de saisie. Quand sa concierge appela la police, il se barricada chez lui et déploya à la fenêtre un drapeau rouge et la banderole « Respectueux de la loi violée par la police au service du propriétaire, je ne sortirai que contraint par la force ». Assiégé par la police, ravitaillé par les voisins pendant cinq jours, il fit constater la violation de son domicile par huissier et obtint une première victoire, le tribunal des référés ordonnant la levée du siège policier. Le 7 janvier 1912, il enchaîna avec une action de relogement d’une famille et de leurs huit enfants dans le jardin des Tuileries où des compagnons du syndicat des charpentiers assemblèrent en quelques minutes une baraque de fortune. Cette action entraîna le vote par le conseil municipal de Paris d’un emprunt de 200 millions pour la construction de logements économiques.

Il avait eu l’idée de créer une fanfare, le « Raffût de Saint-Polycarpe » : « Les pauvres gens qui ne pouvaient payer leur loyer et étaient menacés d’expulsion étaient déménagés — par la porte ou par la fenêtre —, les compagnons entassaient le mobilier dans des charrettes à bras, et, aux accents d’une fanfare hétéroclite, tandis que des compagnons secouaient à tour de bras une énorme cloche de bois, les commandos de Georges Cochon partaient gaiement à l’assaut des logements vides. » (May Picqueray, Le Réfractaire, mars 1979). Le chansonnier libertaire Charles d’Avray avait composé pour ces occasions La marche des locataires.

C’est ainsi que par l’action directe et en fanfare, Cochon n’allait cesser d’investir logements libres et lieux publics : le 10 février 1912 la cour de la préfecture de police, en mars la cour de la Chambre des députés, le 12 avril 1913 avec plusieurs milliers de sans-logis l’Hôtel de ville, puis le 24 il prenait d’assaut l’église de la Madeleine. Ces actions furent suivies par l’occupation de la caserne du Château-d’eau pour y loger 50 familles et leurs enfants et, en juillet 1913, l’occupation boulevard Lannes de l’hôtel particulier de La Vérone avec la complicité de leur occupant, le Comte de La Rochefoucauld, où furent relogées huit familles et trente-six enfants.

En 1912 Cochon collaborait au journal anarchiste bruxellois Le Combat Social (n°1 à 3, avril 1912) où avec Georges Schmickrath* et Léon de Wreker il alimentait la rubrique « Sus aux vautours » contre les propriétaires. Cette année-là, une scission se produisit dans l’Union syndicale des locataires. Georges Cochon s’étant présenté aux élections municipales dans le quartier du Père-Lachaise, il fut exclu de l’Union et créa alors la Fédération des locataires.

En 1913 il fit plusieurs conférences en province, notamment à Marseille en août où, après une imposante manifestation dans les rues de la ville, il réunit plus de 4000 auditeurs au Palais de Cristal.

Au début de la guerre, Cochon fut mobilisé au 29e régiment d’infanterie territoriale et participa à la bataille de la Marne, puis, en janvier 1915, il fut détaché aux établissements Renault à Billancourt (Seine). Renvoyé à son dépôt, il déserta le 16 février 1917. Arrêté en août, il fut condamné, le 17 décembre suivant, par un conseil de guerre, à trois ans de travaux publics. Il publia pendant la guerre, à Maintenon (Eure-et-Loir), un journal, Le Raffût, qui eut 7 numéros en 1917. Une nouvelle série (année IV) allait paraître à Paris du 13 novembre 1920 au 30 décembre 1922 (92 n°), date à laquelle le siège du journal et du syndicat des locataires fut transféré 189 faubourg Poissonnière dans le 9e arrondissement.

Pendant la guerre, l’Union fédérale des locataires était devenue l’Union confédérale des locataires (UCL) dont l’emblème était deux mains qui se serrent, L’Union par la force. L’UCL deviendra en 1946 la Confédération nationale des locataires (CNL) proche du Parti communiste. G. Cochon participait encore au mouvement des Locataires en 1925-1926. Ses activités le firent comparaître devant le tribunal de simple police de Paris le 21 avril 1926.

Retiré avec sa compagne Tounette à Pierres, une commune limitrophe de Maintenon (Eure-et-Loire), il vint à Paris, dans les années cinquante, pour évoquer ses souvenirs dans l’émission de radio d’Étienne Biery Les Rêves perdus. À cette occasion Louis Lecoin* et May Picqueray* réunirent autour de lui quelques vieux militants libertaires.

L’intégralité de l’émission Les Rêves perdus, 19 décembre 1957, avec Georges Cochon, présentée par Étienne Biery.

G. Cochon est mort le 25 avril 1959, dans sa maison de la rue des Grandes Cours à Pierres. Son fils avait repris le flambeau et dans les années 1970 était encore actif dans un syndicat de locataires.

Un grand nombre de chansons concernant Cochon et la lutte des locataires ont été recensées dont : La Cochonette, Donnez des logements, Papa Cochon, C’est Cochon, V’là Cochon qui déménage de Montehus, Le Chant des locataires de Robert Lanoff* et La marche des locataires de Charles d’Avray*.

R. Bianco a recensé d’autre part plus de trente cartes postales émises par la fédération des locataires et représentant Cochon et ses diverses actions.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153865, notice COCHON Georges, Alexandre [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 3 avril 2017.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, notice complétée par Rolf Dupuy

Georges Cochon (1912)
Georges Cochon (1912)
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ŒUVRE : Ses Mémoires ou le raffût de Saint-Polycarpe, par Casimir Lecomte (le journaliste André Wurmser), ont paru dans L’Humanité à partir du 17 novembre 1935. G. Cochon fut également l’auteur du petit traité "39 manières de faire râler son concierge".

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053 et F7/13061, rapport du 29 mai 1916, F7/13756. — Arch. PPo., B a/882. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, t. 2, p. 900. — Le Quotidien, 6 mai 1926. — Le Réfractaire, mars 1979. — May Picqueray, May la réfractaire, Paris, 1979 — R. Bianco, Un siècle de presse…, op. cit.Le Monde libertaire, juin 1959 — Patrick Kamoun, V’là l’Cochon qui déménage : prélude au droit au logement, Yvan Davy éd., 2000 — Le Petit Provencal, Marseille, 10-11 août 1913 — Libération, 5 août 1983 et 28 janvier 1995 — René Bianco "Inventaire des cartes postales anciennes ayant un rapport avec Georges Cochon", 3 feuilles tapuscrites, janvier-mars 2000 — La Vie Ouvrière, 1912, passim. Certaines occupations de logements ont été filmées vers 1910 et retrouvées.

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