CHEVALIER Lucien, Henri [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche

Né le 24 octobre 1894 à Montreuil (Seine) ; mort le 22 février 1975 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ; métallurgiste ; anarcho-syndicaliste ; secrétaire de la Fédération unitaire des métaux en 1922.

Lucien Chevalier (1923)
Lucien Chevalier (1923)
Coll. May Picqueray

En octobre 1921, Lucien Chevalier était militant à la 19e section du syndicat des métaux de la Seine, adhérent aux Comités syndicalistes révolutionnaires.

Après la scission confédérale de décembre 1921 et la constitution de la CGTU, une Fédération unitaire des métaux fut mise sur pieds. Son bureau provisoire était composé de trois « anarcho-syndicalistes », comme leurs adversaires commençaient à les surnommer : Célestin Ferré*, Théo Argence* et Lucien Chevalier.

Lors du Ier congrès de la Fédération unitaire des métaux, 23 au 26 juin à Saint-Étienne, les trois secrétaires y firent approuver leur rapport moral. Ils divergèrent cependant sur une question de tactique : tandis que Théo Argence souhaitait que la fédération fixe son siège Lyon (bastion « anarcho-syndicaliste »), Lucien Chevalier y était opposé. À l’issue des débats, le bureau fédéral fut reconduit avec 81 voix pour Chevalier, 58 pour Argence et 55 pour Ferré. Dans la foulée du congrès des métaux, Chevalier assista au congrès confédéral, où il fit partie de la commission de vérification des mandats.

Fin juillet 1922, la Fédération unitaire des métaux l’envoya soutenir les grévistes de Peugeot à Audincourt (Doubs). À ce moment, Lucien Chevalier avait adhéré, ainsi que Ferré et Argence, au Comité de défense syndicaliste (CDS, voir Pierre Besnard).

En novembre 1922, Lucien Chevalier se rendit au IIe congrès de l’Internationale syndicale rouge (ISR), qui devait se tenir à Moscou, du 22 novembre au 5 décembre, en même temps que le congrès de l’Internationale communiste. Il fit route avec May Picqueray, secrétaire administrative de la Fédération unitaire des métaux, ainsi que Lagache* et Couture*, du Bâtiment. L’équipée fit halte à Berlin, où elle put s’entretenir avec Rudolf Rocker, Emma Goldman et Alexandre Berkman, qui leur donnèrent des détails sur la répression contre le mouvement ouvrier en URSS. Ils gagnèrent ensuite Moscou, où Chevalier et May Picqueray purent fausser compagnie à leurs « interprètes » de la Tchéka pour rendre visite à plusieurs militants anarchistes, dont Nicolas Lazarévitch. Ils furent également par Lénine, puis Trotsky, auprès desquels ils plaidèrent la cause des anarchistes emprisonnés.

Durant le congrès, Lucien Chevalier défendit l’indépendance syndicale à l’égard des partis politiques, mise à mal par l’article 11 des statuts de l’ISR, qui prévoyait un lien organique avec l’Internationale communiste. Au cours des débats, convaincus par Gaston Monmousseau, les dirigeants bolcheviks, acceptèrent d’annuler l’article 11, afin de lever toute entrave à l’adhésion de la CGTU à l’ISR.

Après le congrès Lucien Chevalier et May Picqueray obtinrent de Trotsky un laissez-passer pour visiter Mollie Steimer et Senya Flechine, déportés à Arkhangelsk. Ils firent le voyage en vain, ceux-ci ayant été entre-temps transférés à Saint-Pétersbourg, avant d’être expulsés d’URSS.

À leur retour en France, le 8 janvier 1923, Lucien Chevalier et May Picqueray furent arrêtés par la police française en gare de Jeumont (Nord), et incarcérés en raison des faux papiers dont ils étaient porteurs. Quelque temps plus tard, Chevalier devait être condamné à trois mois de prison.

Au cours de leurs pérégrinations, Lucien Chevalier — qui était marié à Berthe, Léonie Huart et père d’un enfant — et May Piqueray étaient devenus amants. De cette brève liaison devait naître une fille, Sonia, que May Picqueray choisit d’élever seule sans rien demander à Chevalier.

En son absence, les tensions n’avaient cessé de s’accroître au sein de la direction de la Fédération unitaire des métaux. Malgré que le congrès de Saint-Étienne avait révélé que les « anarcho-syndicalistes » y étaient minoritaires, le bureau fédéral était resté entre leurs mains. Les militants pro-Moscou avaient résolu de corriger cette anomalie, en leur menant la vie impossible à la commission exécutive. Épuisés, Théo Argence et Célestin Ferré donnèrent leur démission le 15 janvier 1923. Lucien Chevalier, depuis sa prison, se solidarisa avec eux et démissionna également. Tous trois assurèrent cependant la gestion de la fédération jusqu’à ce que, le 15 mai, ils soient remplacés par un bureau intérimaire composé de Delagarde* et de Métayer.

Les trois secrétaires déchus animèrent dès lors la minorité anarcho-syndicaliste des métaux, au sein de laquelle Lucien Chevalier affichait une position moyenne. Tandis que Jules Massot* préconisait le maintien à la CGTU, et Albert Lemoine* l’autonomie immédiate, Lucien Chevalier proposait d’organiser la minorité et d’attendre.

Du 29 au 31 juillet 1923, Lucien Chevalier fut délégué au IIe congrès de la Fédération unitaire des métaux, où il fut un des porte-parole de la minorité, avec Henri Bott*, Célestin Ferré, Jules Massot, Benoît Broutchoux et Théo Argence.

Le 11 janvier 1924, Lucien Chevalier participa aux bagarres de la Grange-aux-Belles, qui vit l’assassinat par les communistes des ouvriers libertaires Clos* et Poncet*. Ce drame décida de nombreux syndicats à rompre avec la CGTU. Une réunion de la minorité des métaux vota, dès janvier, la rupture, par 48 voix contre 40 et 10 abstentions, et un syndicat autonome des métallurgistes de la Seine se constitua en février 1924.

Lucien Chevalier finit sa vie à Gennevilliers (Seine). Après la Libération il sympathisait avec le Parti socialiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153856, notice CHEVALIER Lucien, Henri [Dictionnaire des anarchistes] par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 4 avril 2014, dernière modification le 27 mai 2014.

Par Jean-Luc Pinol, notice complétée par Guillaume Davranche

Lucien Chevalier (1923)
Lucien Chevalier (1923)
Coll. May Picqueray

SOURCES : Arch. Nat. F7/13777 et F7/13778 — Arch. Dép. Seine, listes électorales — Comptes rendus des congrès de la Fédération unitaire des Métaux, 1922 et 1923 — L’Humanité, années 1921-1924 — May Picqueray, May la Réfractaire, Los Solidarios, 2003.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément