Né le 21 janvier 1891 à Paris (IIIe arr.), mort le 19 septembre 1946 à Paris (XVIIe arr.) ; ouvrier électricien puis correcteur ; anarchiste et syndicaliste.

Jules Chazanoff, dit Chazoff, était, en 1912, secrétaire du groupe parisien La Jeunesse anarchiste, à laquelle appartenaient entre autres Mualdès*, Dremière*, Boyer*, Emile Carré*, Morin* et bien d’autres. Il était également membre des Bakounistes, sorte de service d’ordre de la Fédération révolutionnaire communiste (voir Eugène Martin). Avant 1914, il appartenait au Foyer populaire de Belleville, principal groupe de la Fédération communiste anarchiste.
Durant la guerre, il épousa Suzanne Boyer le 13 avril 1915 à Paris 20e.
Après la guerre, il fréquenta de nouveau les milieux libertaires. Bon orateur, il intervint au IVe congrès de l’Union anarchiste (UA) qui se tint à Paris les 12 et 13 août 1923, qui décida la transformation du Libertaire en quotidien, et désigné comme suppléant au comité de rédaction.
Au congrès extraordinaire du 24 février 1924, convoqué pour sauver le journal financièrement menacé, il fut élu secrétaire provisoire de l’association des Amis du Libertaire.
Encore délégué au congrès de l’UA du 1er au 3 novembre 1924 à Paris, il remplaça Georges Bastien au secrétariat de rédaction du Libertaire à partir du 4 juillet 1925. Le 6 novembre 1926, il fut à son tour remplacé dans ces fonctions par Mualdès.
En 1926, il entreprit une tournée de propagande et fut condamné par le tribunal correctionnel d’Orléans à huit mois de prison pour provocation de militaires à la désobéissance suite à l’affiche « A bas la guerre ! » publiée par l’UA. Il fut emprisonné à la Santé avec Maurice Lacroix*. Émus de ne pas recevoir de soutien financier de l’UA, les deux détenus acceptèrent celui du Secours rouge international (SRI), lié à l’Internationale communiste. Ils l’en remercièrent publiquement, appelant les anarchistes à souscrire au SRI puisque l’UA restait passive. L’Humanité du 6 juin 1926 publia leur lettre, qui fit quelque scandale. A l’assemblée générale de la fédération parisienne de l’UA, Lentente* présenta contre eux une motion de blâme qui fut votée par 7 voix contre 3 et 2 abstentions.
Au congrès national tenu du 12 au 14 juillet 1926 à Orléans, l’organisation se rebaptisa Union anarchiste communiste (UAC). Sur proposition de Louis Lecoin, Chazoff y fut réadmis à l’unanimité, mais sans pouvoir occuper aucun poste dans l’UAC, ni parler en son nom. À son tour, l’assemblée générale de la région parisienne, réunie le 14 novembre 1926 en présence de Chazoff, qui venait d’être libéré, regretta son attitude mais annula la mesure d’exclusion et pria « tous les camarades de considérer Chazoff comme un des nôtres et de mettre un point définitif à l’affaire Chazoff ».
De nouveau arrêté le 30 novembre 1926 pour purger une peine de huit mois de prison encourue pour avoir défendu Emile Cottin* en 1922, Chazoff fut interné à la Santé où début mai 1927 il démarra une grève de la faim avec Jean Bucco*, Achile Lausille* et Jean Girardin*. Au bout de dix jours, il fut transféré à l’hôpital Cochin, et sortit finalement de prison en juillet.
Suite à des conférences faites à Aimargues (Gard), Chazoff apprécia la région et acheta une résidence secondaire, rue Baroncelli, qui sera utilisée par le groupe libertaire local pour ses réunions.
Il assura ensuite l’intérim du secrétariat de rédaction du Libertaire puis, en octobre 1927, fut de nouveau inculpé.
Lors du congrès tenu à Paris du 30 octobre au 1er novembre 1927, l’UAC adopta la Plate-forme d’Arhinov* et se rebaptisa Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR). Chazoff fut, avec Pierre Le Meillour*, responsable de la fédération de l’Ouest, puis secrétaire de l’UACR avec Séverin Férandel*.
En 1928, il quitta l’UACR et cessa de militer. Il écrivit néanmoins quelques articles pour L’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure. Il fut admis au syndicat des correcteurs le 10 septembre 1933.
Ce n’est qu’après février 1934, et avec la montée de l’action antifasciste qu’il reprit du service, toujours dans les parages de l’UA, mais y réadhérer.
Les 10 et11 août 1935, il intervint à la Conférence nationale contre la guerre et l’union sacrée à Saint-Denis, en réaction au pacte Laval-Staline.
Chazoff collaborait alors au Peuple, organe officiel de la CGT. En septembre 1936, suite à un entretien avec Léon Jouhaux, il fut pressenti pour assurer la liaison entre la CGT et la CNT. Il devait partir pour l’Espagne dans ce but, mais, selon un rapport de police, certains militants espagnols ayant émis des réserves sur sa personne, ce fut finalement Louis Anderson* qui fut choisi. En revanche, Louis Lecoin lui confia, ainsi qu’à Lucien Haussard*, la mission de trouver des armes et des munitions pour le Comité de ravitaillement des milices antifascistes. Appointé par le Comité pour l’Espagne libre (CEL), Chazoff aurait alors quitté son emploi au Jour. L’ancien anarchiste Salvator Schiff* lui fournit un bureau au 15, rue de Lapérouse.
La guerre d’Espagne le poussa aussi à rompre avec La Patrie humaine, à laquelle il collaborait jusque-là. Par pacifisme, ce journal avait en effet refusé de choisir entre franquistes et antifascistes, ce que Chazoff ne pouvait tolérer. Le Libertaire du 8 janvier 1937 reproduisit sa lettre de démission.
En 1936-1939, l’insurrection arabe en Palestine le fit également réagir. Jules Chazoff fut un des premiers militants libertaires français à dénoncer le sionisme somme étant un nouveau colonialisme et non une idéologie généreuse. Il le fit à travers deux articles du Libertaire  : « Quand Israël règne » (18 août 1938) et « Les Juifs et la Palestine » (1er septembre 1938).
A partir de mai 1938, Chazoff fut un des animateurs du Centre syndical d’action contre la guerre (CSACG), sur une position qu’on pourrait qualifier de pacifiste pure, et qui le conduisit, en septembre, à soutenir les accords de Munich. Si bien qu’il trouva un soir, sur sa table de travail au Jour, une carte de visite de Pierre-Étienne Flandin, leader de la droite à l’Assemblée nationale, partisan du rapprochement franco-allemand et connu pour avoir, après Munich, adressé un télégramme de félicitations à Hitler. Sur la carte, Flandin lui disait en substance : « Ne pouvons-nous pas faire u bout de chemin ensemble ? En dépit de nos divergences, je poursuis la même action que vous. » Selon Daniel Guérin, qui militait avec lui au syndicat des correcteurs, Chazoff aurait accepté la rencontre.
En janvier-février 1939 il fut, avec Lucien Haussard, l’un des envoyés spéciaux de la Solidarité internationale Antifasciste (SIA) à la frontière pyrénéenne pour porter assistance aux réfugiés espagnols. Ils écrivirent des articles poignants pour le journal SIA sur la Retirada (9 février 1939) et sur le camp d’Argelès (16 février 1939).
De retour à Paris, il poursuivit son action au CSACG et milita pour que les envois d’armes à la République espagnole se poursuivent, tandis que d’autres estimaient que le gouvernement Negrin ne méritait plus de soutien. La polémique provoqua un certain remous dans les rangs de la SIA et de l’UA, et le CSACG décida de ne plus communiquer ni dans Le Libertaire ni dans SIA.
Au début de l’été 1939, Chazoff, comme d’autres militants de l’UA dont Louis Anderson, cessa de collaborer au journal SIA, insinuant que des ressources importantes destinées aux réfugiés espagnols auraient été détournées par Lecoin pour faire paraître SIA. Chazoff, contre lequel Lecoin multipliait les insinuations sur ses besoins d’argent, aurait affirmé, selon un rapport de police, être «  prêt à dévoiler les ressources de SIA et à demander comment avec 400 francs par semaine (taux de tous les appointés de SIA ) Lecoin avait pû se faire bâtir un pavillon de 120 000 francs ».
A l’époque, il publia un livre, La CGT colonie soviétique, aux Éditions de France, propriété de De Carbuccia, du journal d’extrême droite Gringoire. Cela lui valut les critiques de La Révolution Prolétarienne, auxquelles il répondit dans le numéro du 10 février 1939.
Sous l’Occupation, Chazoff, installé dans la région lyonnaise, joua un rôle important en réorganisant le Syndicat des correcteurs pour la zone libre. La police de Vichy le ficha comme franc-maçon.
Ne trouvant sans doute plus de travail dans la profession, il reprit son ancien métier d’électricien en zone occupée. Dénoncé comme « communiste » par son patron, il fut interné à la caserne des Tourelles du 2 juillet au 16 octobre 1941. Pendant sa détention, il fut transporté à l’hôpital Tenon pour y subir une opération à l’estomac. Il fut ensuite libéré pour « aller crever chez lui » selon les paroles du major allemand qui traitait les malades. Finalement il survécut et travailla ensuite aux restaurants communautaires de la rue Pierre-Lescot, aux Halles. Dénoncé comme « juif » par une collègue, il fut arrêté une deuxième fois le 18 novembre 1943. Interné au camp de Drancy en janvier 1944, il fut libéré par les troupes alliées le 18 août.
Devenu tuberculeux, très affaibli, Chazoff ne pouvait plus travailler ni militer. Mais jusqu’à son décès, il demeura anarchiste, et donna quelques articles au journal de Louis Louvet*, Ce qu’il faut dire. Sa carte d’interné politique fut délivrée à sa femme le 16 octobre 1957 sous le n° 1301 11403 par le ministère des Anciens Combattants et Victimes de la guerre.

ŒUVRE : Le Mensonge bolcheviste, Éditions de la Librairie sociale, 1924. — La CGT, colonie soviétique, Éditions de France, 1939. — Peuple, voici tes traîtres (sous le nom de Jacques Chazoff), L’Abeille, 1940.

SOURCES : Etat civil de Paris. — Arch. Nat. F7/13053, F7/13061, rapp. du 12 novembre 1912. — Arch. PPo BA/1513, 1664, 1665, 1899 et dossier Lecoin — Arch. IISG carton 112. - documents personnels confiés par Mme Chazanoff. — Le Libertaire des 23 mars, 11 juin, 17 juillet, 19 novembre et 10 décembre 1926, et du 3 juin 1927 — SIA des 9 et 16 février 1939. — Ce qu’il faut dire d’octobre 1946. — Yves Blondeau, Le syndicat des correcteurs, supplément au Bulletin des correcteurs n°99, 1973. — Jean Rabaut, Tout est possible !, Denoël, 1974. — René Bianco, Cent ans de presse anarchiste, op. cit. — Nicolas Faucier, Pacifisme et antimilitarisme dans l’Entre-deux-guerres, Spartacus, 1985 — Daniel Guérin, Front populaire, révolution manquée, Babel, 1997. — Sylvain Boulouque, « Les paradoxes des anarchistes face au sionisme et à la naissance de l’Etat d’Israël », Archives juives, 1er trimestre 2003. — Michel Falguières, Jean Jourdan, libertaire d’Aimargues, Comedia, 2008.

Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche, Rolf Dupuy et Édouard Sill

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