CAUVIN Gustave, Virgile

Par René Bianco et Antoine Olivesi, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

Né le 4 janvier 1886 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort en 1951 ; ouvrier coiffeur ; anarchiste, syndicaliste, puis socialiste, militant anti-alcoolique et néomalthusien.

À 17 ans, Gustave Cauvin quitta Marseille pour Lyon, puis Paris, où il apprit le métier de coiffeur. Exempté de service militaire — il avait, selon son frère Henri, simulé une crise de nerfs — il reprit le magasin de son père quand celui-ci mourut, en juin 1907. Cependant, selon un rapport de police de 1910, « la propagande qu’il faisait dans son magasin en faveur des idées antimilitaristes éloignèrent les clients ; sa mère dut vendre le fonds ». Il était alors membre de la Jeunesse syndicaliste révolutionnaire de Marseille avec entre autres son frère Henri et Auguste Berrier.

En novembre 1907, Gustave Cauvin fut engagé comme encaisseur à la compagnie des machines à coudre Singer, d’où il fut congédié pour détournement de fonds — selon son frère il avait en fait organisé un système de ventes fictives dont le bénéfice était destiné à la propagande. Il s’embaucha alors comme ouvrier journalier à l’usine Vallabrègue à Saint-Mauront, où il fit de la propagande anarchiste et antimilitariste.

En juin 1908, il prit la parole à la bourse du travail, lors d’un meeting de protestation contre la tuerie de Villeneuve-Saint-Georges.

Membre du Groupe intersyndical, d’inspiration libertaire, Gustave Cauvin fut le gérant de son organe, L’Ouvrier conscient, qui publia au moins 5 numéros, du 6 février au 16 mai 1909. Domicilié au 9 quai de la Fraternité, dans le même local que les Causeries populaires, le journal attaquait « les grosses légumes » du syndicalisme local et « leur goût des subventions » et dénonçait ceux qui « enfoncent le syndicalisme dans le bourbier puant de la politique, plutôt que de tenter de réveiller l’esprit de révolte ». Cependant, Cauvin collaborait également à L’Ouvrier syndiqué, organe de l’Union des chambres syndicales ouvrières des Bouches-du-Rhône, où paraissaient de nombreux articles d’inspiration libertaire signés entre autres par Édouard Barrat, Auguste Berrier, Auguste Durand, F. Pons, Augustin Sartoris, etc.

Il militait également au Comité de défense sociale (CDS), et prit part à la campagne pour la libération de Branquet et la révision du procès de Palma, condamné à vingt ans de travaux forcés pour le cambriolage du Crédit lyonnais à Marseille.

Correspondant de La Guerre sociale, il organisa le 6 mai un meeting de Gustave Hervé aux Chartreux qui attira 2000 personnes.

À l’automne 1909, durant la campagne en faveur de Francisco Ferrer, Cauvin provoqua en duel Guy de Cassagnac, patron du quotidien bonapartiste L’Autorité, qui avait insulté Ferrer. Lors de la manifestation du 13 octobre, il harangua la foule, juché sur une fenêtre de la préfecture.

En 1910, marié, sans enfants, il travaillait comme ouvrier coiffeur chez Cabassu, 42 allée du Meilhan.

Durant la campagne antiparlementaire du printemps 1910 (voir Jules Grandjouan), il fut candidat abstentionniste dans la 2e circonscription de Marseille-Saint-Louis. Pour s’en être pris physiquement au candidat Carnaud, le tribunal correctionnel le condamna, le 21 juin, à quinze jours de prison.

Gustave Cauvin se spécialisa ensuite dans la propagande antialcoolique et néomalthusienne et déploya une activité intense comme secrétaire adjoint de la Fédération ouvrière anti-alcoolique. Ayant découvert la force du cinéma lors d’une conférence antialcoolique où les images d’aliénés en proie à des crises de delirium émouvaient l’assistance, il organisa de nombreuses réunions publiques appuyées par des projections cinématographiques. En parallèle, il diffusait des méthodes anticonceptionnelles. Pour avoir distribué des imprimés intitulés « Comment se préserver de la grossesse », il fut poursuivi pour « outrages aux bonnes mœurs ». Jugé à huis clos le 21 mars 1912, il fut condamné le 16 avril à 300 francs d’amende.

En février 1912, il avait fait la promotion de La Bataille syndicaliste à la bourse du travail de Marseille, au cours d’une représentation du Théâtre social.

Fin 1912 il partit à Paris pour devenir le conférencier officiel de la Ligue antialcoolique. Il était accompagné dans ses tournées par Jean Calandri qui devait raconter à ce sujet : « ...J’ai fait partie...de la Ligue antialcoolique, patronnée par de vieilles rombières et même par le général D’Amade, ce vieux massacreur d’Africains. Mon ami Gustave Cauvin était le conférencier officiel et moi son aide bénévole pour la préparation matérielle de ses conférences avec cinéma. Mon rôle consistait à amener, depuis la gare des trains de banlieue la plus proche de la salle, le matériel qui consistait, outre l’appareil de projection, en une grosse bouteille de gaz acétylène pour la projection des films, car l’éclairage électrique n’avait pas encore remplacé le gaz de ville. Puis, à la cadence de mes bras, je tournais la manivelle pour le déroulement des bandes, pendant que Cauvin parlait. Nous avons fait ainsi presque le tour de Paris, et plus tard de Lyon. »

A l’automne 1913, il fut nommé administrateur adjoint de la coopérative Le Cinéma du peuple (voir Yves Bidamant).

Durant la Grande Guerre, il poursuivit ses tournées de propagande anti-alcoolique.

Après la Grande Guerre, Cauvin aurait adhéré au PS à Paris et milité à la Ligue de l’Enseignement.

Installé à Lyon en 1921, il y créa en 1924 l’Office régional du cinéma éducateur de Lyon (Orcel), qu’il anima jusqu’à sa mort avec l’appui du maire Édouard Herriot.

Habitant au 14, place Jean-Macé, il fut candidat du PS-SFIO aux aux élections législatives de 1928 dans la 2e circonscription de Villefranche-sur-Saône. Il fut battu au premier tour par l’inamovible radical Bonnevay par plus de 10 000 voix contre 2 601 (21 760 inscrits, 18 070 votants).

Après la Seconde Guerre mondiale, il aurait été adhérent du PCF.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153850, notice CAUVIN Gustave, Virgile par René Bianco et Antoine Olivesi, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche, version mise en ligne le 4 avril 2014, dernière modification le 29 décembre 2018.

Par René Bianco et Antoine Olivesi, notice complétée par Rolf Dupuy et Guillaume Davranche

ŒUVRE : Le Cinéma éducateur à l’école et dans nos œuvres, Orcel, 1928 — Persévérer, Orcel, 1929 — L’Enfer des gosses, Orcel, 1937.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M6/3355, 3404, 3412, 3851, 3852, 3860 (rapports des 1er juin 1910, 22 juillet 1910 et 7 avril 1912), 4478 4689 B, (rapports des 18 janvier 1910 et 24 décembre 1912). 10810 et II M3/46 et 47 — Arch. Dép. Rhône, élections de 1928 — Témoignage d’Henri Cauvin — La Guerre sociale du 6 avril 1910 — Le Petit Provençal du 1er mai 1910 — La Provence, deux articles de Gustave Cauvin : « Poursuivez... et merci ! » (16 janvier 1912) et « Néo-malthusianisme et syndicalisme » (22 janvier 1912) — Le Libertaire, année 1922 — Henry Poulaille, Mon ami Calandri, Spartacus, 1970 — René Bianco, « Le Mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône de 1880 à 1911 », thèse de IIIe cycle, université d’Aix-en-Provence, 1977 — René Bianco, « Cent ans de presse... », op. cit. — Raymond Borde et Charles Perrin, Les Offices du cinéma éducateur et la survivance du muet, 1925-1940, Presses universitaires de Lyon, 1992 — Tangui Perron, « Le contrepoison est entre vos mains, camarades. CGT et cinéma au début du siècle », Le Mouvement social de juillet 1995 — Isabelle Marinone, « Gustave Cauvin, the inventor of educational cinema », Cinema & Cie n°11, automne 2008.

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