CASERIO Sante Geronimo

Par Jean Maitron, notice complétée et corrigée par Rolf Dupuy

Né le 9 septembre 1873 à Motta-Visconti en Lombardie (Italie) ; guillotiné à Lyon le 16 août 1894 ; ouvrier boulanger.

Caserio (1894)
Caserio (1894)
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Sante Geronimo Caserio était l’avant-dernier d’une famille de six enfants. Son père était batelier. D’abord apprenti cordonnier dans son village, le jeune Sante, ne voulant pas être à la charge de sa mère, travailla ensuite chez un boulanger de Milan. Il devint anarchiste vers l’âge de dix-huit ans, à l’époque du procès de Rome contre près de 200 compagnons arrêtés après les manifestations du 1er mai 1891 (voir Amilcare Cipriani). Il organisa alors à Milan un groupe qui distribuait à la Bourse du travail du pain et de la propagande aux chômeurs.

Accusé d’avoir distribué des tracts antimilitaristes à la porte des casernes, il fut arrêté le 26 avril 1892 et lors du procès fut condamné à 12 mois de prison, peine réduite en appel à 8 mois. Laissé en liberté provisoire, il quitta Milan vers le printemps 1893 pour échapper à l’incarcération et au service militaire. Il gagna la Suisse et séjourna trois mois à Lugano ; il se peut qu’il ait aussi résidé quelque temps à La Chaux-de-Fonds. Puis il passa en France et, le 21 juillet 1893, il arriva à Lyon où il fréquenta l’anarchiste Sanlaville et travailla un temps comme portefaix.

De Lyon, il se rendit à Vienne (Isère) où il avait trouvé un emploi d’ouvrier boulanger, puis à Cette (auj. Sète, Hérault), où il s’embaucha à la boulangerie Viala et fut fiché par la police comme « anarchiste assez militant » mais considéré comme « pas dangereux » par le Préfet de l’Hérault. A Sète il fréquentait le Café du Gard, lieu de réunion des anarchistes locaux, était en contact avec Saurel, l’un des militants les plus connus de la localité, et recevait de nombreux périodiques dont Le Père Peinard, La Révolte et L’Insurgé publié à Lyon.

C’est à Sète que germa dans son esprit l’idée d’accomplir « un grand exploit » et de venger Ravachol et Auguste Vaillant qui avaient été guillotinés respectivement le 11 juillet 1892 et le 3 février 1894. Ayant appris la prochaine visite du président de la République à Lyon, il décida brusquement que ce dernier serait la victime et prit toutes dispositions pour mener à bien son projet. Le 23 juin 1894, dans la matinée, il acheta un poignard chez un armurier de Sète, et l’après-midi gagna Montpellier. De là, par chemin de fer, il se rendit à Vienne et c’est à pied qu’il arriva à Lyon, le 24 juin dans la soirée. Le 28 juin 1894, à Lyon, au cours d’une visite officielle faite à l’occasion de l’Exposition universelle, Sadi Carnot, président de la République, était frappé à mort par le jeune anarchiste. En portant son coup de poignard, le meurtrier s’était écrié : « Vive la Révolution ! » puis « Vive l’Anarchie ! » avant d’être arrêté. Le lendemain, la veuve de Sadi Carnot recevait une photographie de Ravachol, expédiée par Caserio avec ces simples mots : « Il est bien vengé. »

Le 3 août, Caserio comparut devant la cour d’assises du Rhône et, après un procès qui dura une douzaine d’heures et un délibéré de quelques minutes, il fut condamné à mort. À ses juges, Caserio affirma avoir agi de sa propre initiative et, reprenant son avocat commis d’office, déclara : « Eh bien, si les gouvernements emploient contre nous les fusils, les chaînes, les prisons, est-ce que nous devons, nous les anarchistes, qui défendons notre vie, rester enfermés chez nous ? Non… Vous qui êtes les représentants de la société bourgeoise, si vous voulez ma tête, prenez-la ! » Il accueillit sa condamnation au cri de « Vive la révolution sociale ». Á sa mère il écrivit : « Oh ma chère mère, ne pensez pas mal de moi ! Mais pensez que si j’ai commis cet acte, ce n’est pas que je sois devenu un malfaiteur… Si j’ai commis cet acte, c’est parce que j’étais las de voir le monde aussi infâme ».

Le recours en grâce fut refusé par le nouveau Président Jean Casimir-Périer et Sante Caserio fut guillotiné à Lyon le 16 août à quatre heures et demie du matin. Aux pieds de la guillotine, installée près de la prison Saint Paul et à la foule qui était venue assister à l’éxécution, il s’était écrié en italien « Courage camarades, vive l’anarchie ! ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153849, notice CASERIO Sante Geronimo par Jean Maitron, notice complétée et corrigée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 23 mars 2014, dernière modification le 25 février 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée et corrigée par Rolf Dupuy

Caserio (1894)
Caserio (1894)
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SOURCES : Arch. Nat. F7/12 511. — Arch. PPo., B a/996. — J. Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste en France, op. cit. — J. Berthoud, « L’attentat contre Carnot et ses rapports avec le mouvement des années 90 », Mémoire de maîtrise, Lyon, 1969, sous la direction de M. Gadille — Dizionario biografico degli anarchici…, op. cit.

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