Né le 29 octobre 1833 à Caluire (Rhône) ; chauffeur-imprimeur sur étoffes, marchand de lingerie, puis courtier en librairie ; anarchiste.

Henri Boriasse fut condamné le 12 décembre 1854, à 15 jours de prison pour bris de clôture.
Sans doute appartint-il à l’Internationale avant la Commune. D’ailleurs, le fichier des communards de Lyon comprend un Boréasse. Il y a probablement identité.
Toujours est-il qu’il fut le principal fondateur de la section « anti-autoritaire » de la Croix-Rousse, clandestinement reconstituée fin 1872 après le congrès de La Haye qui avait marqué la rupture entre marxistes et bakouninistes. Cette section comprenait notamment Bruy, Cottaz, Deville, Laurençon, Perroncel et Roussel. Boriasse était chargé, ainsi que Perroncel, de la correspondance et assurait la liaison avec la section de la Guillotière dirigée par Audouard. Les deux sections se bornèrent avant tout à répandre des brochures de propagande antimilitariste et antireligieuse, Boriasse faisant la contrebande des livres prohibés entre la Suisse et la France.
Boriasse représenta Lyon au congrès régional de Saint-Étienne organisé par Gillet le 8 juin 1873, participa à celui de Lyon le 15 août, puis assista au VIe congrès de l’Internationale, congrès « anti-autoritaire » tenu à Genève du 1er au 6 septembre. Au cours de ces congrès, il dénonça le « jacobinisme » de Camille Camet, à qui il reprocha de « marcher sur les traces autoritaires de Karl Marx ».
Par prudence, il ne figura toutefois pas au titre de délégué, et ce fut Jean-Louis Pindy* qui représenta Saint-Étienne et Lyon à ces assises. Le 31 août, Boriasse s’était chargé de faire passer secrètement la frontière à Paul Brousse* qui, venant de Barcelone, se rendait à Genève.
À partir d’octobre 1873, Boriasse fut supplanté à Lyon par Camet. Arrêté en décembre, il comparut devant le tribunal correctionnel de Lyon et fut condamné, le 25 avril 1874, à trois ans de prison, 50 francs d’amende et cinq ans de privation de ses droits civiques, dans le cadre de l’affaire du Complot de Lyon (voir Camille Camet).
Après avoir purgé sa peine, Boriasse reprit son activité militante. En mars 1881, il prit part à la formation de la Fédération socialiste révolutionnaire (FSR), née de la scission opérée dans les rangs de la fédération de l’Est du Parti ouvrier (voir Joseph Bernard).
Il reprocha rapidement à Bernard et à Bordat de diriger la FSR de façon jacobine, sans faire participer les huit sections de quartier où se groupaient les militants lyonnais. Le 5 octobre 1881, au cours d’une réunion restreinte de la FSR, il demanda l’autonomie des sections et proposa de confier la direction de la fédération à une commission formée de délégués investis par les sections. Le 10 octobre, lors d’une réunion de la section des Brotteaux, il renouvela ses demandes et reprit ses critiques contre Bernard et Bordat. À partir de cette date, les réunions de sections furent plus fréquentes, et plus rares celles de la FSR.
Le 20 juillet 1882, Boriasse fut condamné par le tribunal de simple police à 5 francs d’amende pour avoir fait partie du bureau d’une réunion rendue illicite suite à la dissolution prononcée par son président.
Boriasse fut des 12 compagnons lyonnais délégués de la FSR à une réunion anarchiste de caractère international qui se tint à Genève les 13 et 14 août 1882 sur l’initiative d’Élisée Reclus de la Fédération jurassienne (Voir Toussaint Bordat).
En octobre 1882, suite à la démission de plusieurs membres, Boriasse fut nommé à la commission du journal L’Étendard révolutionnaire, dont l’ultime numéro parut le 15 octobre.
Le 4 octobre 1882, à la suite d’une réunion orageuse organisée conjointement par la FSR et par le Parti ouvrier à la Croix-Rousse, le commissaire de police dressa plusieurs procès-verbaux destinés à être transmis au procureur de la République, en premier lieu contre les membres du bureau [Courtois, Péjot, femme Laurent, Causse, Boriasse] pour infraction aux articles 8 et 10 de la loi sur la liberté de réunion, ensuite tant contre la femme Madignier que contre Courtois, président du bureau, pour infraction à l’article 40 de la loi sur la liberté de la presse, et enfin contre les orateurs Chapouille de Bordeaux, Bordat et Cyvoct pour avoir directement provoqué à commettre les crimes de meurtre, de pillage, d’incendie. Toutefois, aucune suite ne fut donnée à ces procès-verbaux.
À la suite du double attentat commis à Lyon fin octobre 1882 (voir Cyvoct), Boriasse fut membre d’une commission de souscription pour les victimes de la répression bourgeoise et gouvernementale. Le coup de filet opéré par la police le 19 novembre suivant désorganisa la commission, qui se reconstitua en décembre, sans Boriasse qui avait prit la fuite. La veille de la rafle, un meeting de protestation, organisé par Boriasse, salle de l’Élysée à Lyon, le 18 novembre, avait réunit 500 personnes.
Impliqué dans le procès dit des 66, qui s’ouvrit le 8 janvier 1883 à Lyon devant le tribunal correctionnel, Boriasse fut rangé dans la 2e catégorie des prévenus (voir Toussaint Bordat). Il fut condamné par défaut, le 19 janvier 1883, à cinq ans de prison, 2 000 francs d’amende et dix ans de surveillance et cinq ans de privation des droits civils.
Boriasse s’était réfugié en Suisse, où il passa cinq ans. Le 26 avril 1888, il sollicita la régularisation de sa situation au consul de France à Genève. La prescription de cinq ans étant révolue, il put rentrer en France.
En 1890, il chercha, avec Polo, à organiser une nouvelle fédération des syndicats ouvriers de Lyon, dans laquelle aurait pu entrer le syndicat des hommes de peine réunis (de tendance anarchiste) que la fédération syndicale du passage Coste avait refusé en son sein.
Représentant du groupe anarchiste de la Guillotière à la commission d’organisation du 1er mai 1891, il fut chargé de la distribution de tracts annonçant le parcours de la manifestation et les raisons pour lesquelles il n’y aurait pas de revendications adressées aux pouvoirs publics. Lors de la manifestation, qui fut le théâtre d’incidents, un nommé Boriasse fut arrêté et condamné à 15 jours de prison pour rébellion. Toutefois, si quelques anarchistes se signalèrent au cours de cette manifestation, il n’est pas sûr qu’il s’agisse ici d’Henri : un extrait de casier judiciaire daté de 1894 ne mentionnant pas cette condamnation.
Début 1892, il fit partie du groupe antiparlementaire Les Ennemis de toute candidature, le plus important groupe anarchiste d’alors, groupant les militants de la Guillotière et des Brotteaux. Perquisitionné le 30 mars 1892 en même temps que 38 autres anarchistes lyonnais, il fut impliqué dans une poursuite pour association de malfaiteurs en avril-mai 1892. En conséquence, il fut arrêté lors de la grande rafle du 22 avril qui conduisit à 29 arrestations en prévision du 1er mai et du procès de Ravachol. Il fut toutefois relaxé le 5 mai.
Peu après les attentats de la rue des Bons-Enfants et du bouillon Duval, des perquisitions furent ordonnées le 20 novembre 1893 au domicile de 102 militants lyonnais, dont Boriasse.
Perquisitionné une nouvelle fois le 1er avril 1894, la police saisit une collection de La Révolte à son domicile, 12 rue d’Inkermann.
Pour deux discours prononcés les 21 et 30 avril 1894, salle Laroche à Lyon, il fut condamné à six mois de prison, inculpé de provocation au meurtre et au pillage et apologie de crime. Il lui fut accordé des circonstances atténuantes.
En 1897, il était dépositaire du Libertaire.
Le 18 janvier 1898, il prit part, aux côtés des anarchistes, de blanquistes et de guesdistes (environ 60 militants en tout) à la défense du journal socialiste Le Peuple, que des étudiants de droite avaient menacé quelques jours auparavant. Il prit également part aux échauffourées qui eurent lieu après la conférence nationaliste Syveton-Cavaignac le 30 juin 1901 (ou était-ce le 1er juillet ?). La foule, très certainement surévaluée à 4 000 personnes par la police, se précipita à la sortie de la conférence, et l’ancien ministre, « d’une pâleur cadavérique et manquant d’assurance », ne put regagner son hôtel que grâce à la présence d’un barrage d’agents.
Tout au long de la décennie 1890, Boriasse s’était activement occupé de l’organisation du 1er mai, rédigeant les affiches ou préparant les meetings auxquels participaient généralement entre 1 200 et 1 500 personnes. Sans doute, est-ce cette persévérance qui le conduisit, au début du XXe siècle, à siéger au conseil d’administration de la bourse du travail de Lyon.
En 1908, il habitait toujours au 12 rue d’Inkermann, et était lié avec l’antimilitariste De Richaud. En 1911, un rapport de police signalait son rôle dans les milieux socialistes révolutionnaires de la Croix-Rousse et le présentait comme hervéiste.

SOURCES : Arch. Nat. F 12/4 662 — Arch. Dép. Rhône, 4M246, 4M251, 4M254, 4M257, 4M292, 4M300, 4M307, 4M311, 4M312, 4M321, 10M371, 10M372, 10M373, 10M374, 2U566, 1Y237 et série U : procès-verbaux du tribunal correctionnel de Lyon, avril 1874 — Gazette des Tribunaux, 22-26 avril 1874 — Marcel Massard, « Histoire du mouvement anarchiste à Lyon, 1880-1894 », DES Lyon, 1954 — Lionel Bébin, « Les Tentatives de reconstitution de la Première Internationale et les débuts du mouvement anarchiste à Lyon 1871-1881 », mémoire de maîtrise, Lyon-II, 1996.

Jean Maitron, notice complétée par Laurent Gallet

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