Né le 9 février 1893 à Billy-sur-Oisy (Nièvre), mort le 14 octobre 1981. Comptable ; correcteur d’imprimerie.

Orphelin de père (mort dans un accident du travail) à l’âge de sept ans, Charles-Auguste Bontemps vécut pauvrement avec sa mère et sa sœur des subsides de son grand-père maternel qui disposait des revenus modestes de sa vigne et de son jardin et d’une pension annuelle de 1 200 F. qu’il recevait au titre d’ancien déporté de 1851. Son instituteur lui donna le goût de la lecture : " je dévorais [...] tout ce que je pouvais ingurgiter, mal ou bien, de Rousseau, du Voltaire conteur, de Vigny, d’Hugo, de Lamennais, de Claude Tillier, de Courier, de Jules Renard... " (Pro Amicis, p. 16-17.).
Il ne fut pas question, compte-tenu de la situation de famille, d’envisager des études au-delà de l’école primaire et l’enfant, très tôt, fut mis au travail, à Clamecy chez un libraire, puis chez un pharmacien comme préparateur ; sa mère voulut ensuite le confier à un parent cafetier à Paris, mais le jeune homme, qui avait dix-sept ans, refusa et gagna seul la capitale avec vingt francs en poche. Il trouva à s’employer ici et là comme comptable jusqu’à l’épreuve de la guerre. Comme il était ajourné, il n’eut pas à y participer du moins jusqu’en septembre 1917. " Récupéré ", il fut blessé puis démobilisé en avril 1919 et il travailla alors comme correcteur.
Dès son arrivée à Paris, tout en poursuivant des lectures et études " aussi passionnées que souvent décousues " (Pro amicis, p. 16), il avait participé, au hasard de fréquentations, à différentes réunions ou cénacles à Montmartre ou au Quartier latin et s’était exercé à parler et à écrire, voire à réciter des poèmes où à publier quelques articles. " Élevé dans la tradition familiale d’un radicalisme bon teint " (Pro amicis, p. 16), il fréquenta des milieux de gauche anarchisants et même anarchistes. Amené aux idées libertaires par Pierre Martin*, il allait construire une conception idéologique appelée "l’individualisme social". Pendant la guerre il publia dans Ce qu’il faut dire de Sébastien Faure* et de Mauricius* des poésies pacifistes.
En 1919, il collabora au Libertaire, journal de l’Union anarchiste, sous le pseudonyme de Chab. En 1920, il adhéra au Parti communiste (statuts publiés le 7 juin 1919), section française de l’Internationale communiste mais distinct du Parti communiste qui naîtra en décembre 1920 au congrès de Tours. Ch.-Aug. Bontemps collabora au Communiste, organe officiel du parti qui parut du 25 octobre au 14 décembre 1919 puis du 4 juillet au 8 août 1920. Avec lui collaboraient d’authentiques anarchistes comme Marie et François Mayoux* et Pierre Mualdès* et il appartint au Comité central ainsi qu’à la commission de propagande de l’éphémère parti.
Il assista, à titre individuel au 1er congrès de l’Union anarchiste qui se tint à Paris, 14-15 novembre 1920. À ce congrès, puis dans Le Libertaire du 28 novembre, Bontemps se déclara contre toute autorité, mais affirma en même temps que la dictature qui " est un mal, mais un mal nécessaire " peut seule " aider à installer un système communiste ". Il fut alors pris à partie dans Le Libertaire et, pendant quelques mois, cessa de collaborer au périodique anarchiste, mais y revint ensuite et définitivement.
De 1924 à 1926, il milita également au sein de la Ligue internationale des Réfractaires à toutes guerres. En 1930, il participa aux réunions organisées par l’Université populaire juive et fut membre en 1937 de la Solidarité internationale antifasciste (SIA). En 1939, il fut nommé vice-président de la Ligue internationale contre l’antisémitisme et, la même année, fut délégué au Comité français du Rassemblement mondial contre le racisme.
Mobilisé à Bourges en 1939, il fut libéré peu avant l’invasion et revint à Paris. Pendant l’Occupation, il ne cessa d’appartenir au syndicat des correcteurs de Paris et de la région parisienne.
À la Libération, il reprit son activité dans les milieux libertaires. Le 10 décembre 1944, il organisa avec Louis Louvet* une conférence au cours de laquelle fut présenté le mouvement "Ce qu’il faut dire" dont l’organe CQFD (Paris, 1944-1948), d’abord intérieur au mouvement anarchiste, devint public en 1946 et porta, à partir de 1947, le sous-titre : "Organe bimensuel de libre culture et d’action pacifiste". Les 6 et 7 octobre 1945, il participa à Paris au congrès de la Fédération anarchiste.
À la suite de la crise du mouvement en 1953 — disparition de la FA, constitution de la Fédération communiste libertaire avec Fontenis* — Ch. Aug. Bontemps fut de ceux qui demeurèrent fidèles à la conception non centralisée du mouvement. Le congrès de reconstitution de la Fédération anarchiste se tint à Paris les 25-27 décembre 1953, et l’on décida la parution du nouveau journal, Le Monde libertaire, dont le premier numéro sortit le 1er octobre 1954.
A l’automne 1952 il fut membre avec entre autres P. V. Berthier* du Centre de recherches philosociales, qui chaque samedi organisait des débats à la Salle des Sociétés savantes. Ch.-Aug. Bontemps collabora également à de très nombreux périodiques, libertaires ou non, dont celui de Louis Lecoin* Liberté, 31 janvier 1958-1er juillet 1971, Le Droit de vivre dont il fut rédacteur en chef, B. Lecache étant directeur, La Raison, le Réfractaire, etc.
C’est au Club du Faubourg, fondé par Leo Poldes, qu’il fréquenta pendant plus de cinquante ans, et dans un certain nombre d’études parues en brochures parmi lesquelles L’Esprit libertaire, 1946, L’Anarchisme et l’évolution, 1956, L’Anarchisme et le réel, 1963, qu’il définit son " individualisme social " — titre d’une plaquette parue en 1967 — et manifesta ses préférences pour une évolution vers un "collectivisme des choses et un individualisme des personnes".
Collaborateur assidu de toute la presse libertaire, il a développé ses vues dans des milliers d’articles et de nombreux livres : La Femme et la sexualité, L’homme et la race, L’Homme et la propriété, Le démocrate devant l’autorité, Ton coeur et ta chair, Œuvre de l’homme, "Destins (poésies), Félix de la Forêt, etc. L’essentiel de son œuvre poétique est réuni dans le volume Marginales (1979) et celui de sa pensée dans Miroir d’homme (1972). Ses œuvres ont été souvent illustrées par sa compagne Aline Aurouet*.
Frappé d’hémiplégie en septembre 1981, Charles Auguste Bontemps est mort à l’hôpital Bichat à Paris le 14 octobre et a été incinéré au Pére Lachaise le 21 octobre.

ŒUVRE : Articles, poèmes, essais. On en trouvera la liste très complète, sans doute exhaustive, dans Pro amicis. Notes biographiques et correctives, 64 p., 1974, ou sur le site Anarlivres. L’essentiel, pour ce qui intéresse le militant, est cité dans le cours de la biographie.

Les archives de Charles-Auguste Bontemps ont été déposées à l’Institut français d’Histoire sociale (Arch. Nat.).

SOURCES : Charles-Auguste Bontemps, Pro amicis, op. cit. — J. Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, 2 vol., Paris, 1975. — Le Monde, 21 octobre 1981 — Le Monde Libertaire, n°416, 29 octobre 1981 (nécrologie de P.V.Berthier) — Contre Courant, année 1952.

Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

Version imprimable de cet article Version imprimable