Née le 14 février 1877 à Gemaingoutte (Vosges), morte le 25 mars 1960 ; institutrice ; syndicaliste et anarchiste.

Julia Bertrand
DR
Militante féministe, libre-penseuse, antimilitariste et anarchiste, Julia Bertrand fut institutrice dans les Vosges à Gerbépal en 1905, à Biffontaine en 1907, puis à Charmois-l’Orgueilleux fin 1912.
En 1905, elle fut déléguée de Gerbépal au congrès international des libres-penseurs tenu au Trocadéro, à Paris, du 3 au 7 septembre.
Syndicaliste, elle participa activement à la mise sur pieds de la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs (FNSI), fondée en 1905 et liée à la CGT.
À partir de décembre 1906, elle collabora à La Femme affranchie, « organe du féminisme ouvrier socialiste et libre-penseur » fondé en août 1904 par Gabrielle Petit, et y apporta une touche libertaire. Le journal cessa de paraître en juin 1908.
En juillet 1911, elle hébergea Gabrielle Petit qui se trouvait alors sans toit, dans son logement de fonction à Biffontaine. Cela fit quelque scandale, et comme Julia Bertrand participait, en parallèle, à la campagne de la CGT contre la guerre, elle subit un déplacement disciplinaire. Fin 1912, elle se retrouva donc à la Neuve-Verrerie, près de Charmois-l’Orgueilleux, un village isolé de 61 habitants. Gabrielle Petit l’y rejoignit bientôt.
Elle présida une séance du congrès de Chambéry de la FNSI, les 16 et 17 août 1912, et François Bernard en fit cette description : « À la présidence, une figure étrange : Julia Bertrand. Ses cheveux courts qui tombent naturellement et frôlent à peine les épaules font un peu scandale, même pour les plus émancipés, tant ils contrastent violemment avec les chevelures opulentes de ses compagnes. On dirait un visage d’un autre temps. Passé ? Non. À venir. La physionomie, très douce, comme inspirée, est celle d’un apôtre. C’en est une en effet. Libertaire, elle s’applique à mettre ses actes en accord absolu avec ses paroles. Elle est secourable à tous, elle se prive du nécessaire pour soulager les souffrances qu’elle connaît ou devine, sans se demander si la détresse qui frappe à sa porte est accompagnée de la vertu » (Le Syndicalisme dans l’enseignement, op. cit. tome I, p. 187). En marge du congrès de Chambéry, Julia Bertrand participa à un meeting féministe avec Gabrielle Petit, Venise Pellat-Finet et Marie Guillot.
Dans le journal anarchiste La Vrille du 30 novembre 1913, publié par Victor Loquier*, elle cosigna un appel en faveur d’une filiale lorraine de l’Institut franco-allemand de la réconciliation. Avec Gabrielle Petit, elle sortit une édition spéciale de la Femme affranchie pour contrer la circulaire de Mme Dieulafoy, qui offrait les services des femmes en cas de guerre.
En août 1913, elle assista au congrès national anarchiste, à Paris, et y fit la promotion de l’Institut franco-allemand de la réconciliation au milieu de l’indifférence générale.
Dans Le Libertaire du 14 avril 1914, elle participa, avec Madeleine Pelletier et Pierre Martin, à une controverse sur la question du suffrage des femmes. Elle s’y affirma résolument favorable.
Après que la guerre eut éclaté, Julia Bertrand fut arrêtée le 21 août 1914 sur dénonciation du maire de Charmois-l’Orgueilleux. Internée dans un camp de suspects à Aurec (Haute-Loire), en application du carnet B, elle fut révoquée le 11 octobre 1914. La FNSI protesta et, le 18 février 1915, La Bataille syndicaliste annonçait sa mise en liberté. Cependant, en 1916, le conseil départemental confirma sa révocation. Elle vécut en travaillant comme éducatrice à la Ruche de Sébastien Faure à partir du 1er mai 1915.
Julia Bertrand se classa dans la fraction pacifiste de la FNSI. Avec Louis Bouët, Marie Guillot, Marie Mayoux* et Raffin, elle en fut une des protagonistes au congrès fédéral du 14 août 1915 à Paris, qui donna la majorité aux opposants à la guerre.
En octobre 1917 elle fut blessée à la tête d’un coup de revolver par l’individualiste Oscar Michel* qui voulait s’approprier une valise dont elle avait la garde et contre lequel elle refusa de déposer plainte et oeuvra même pour sa remise en liberté (Cf. Ce qu’il faut dire, n°75, 27 octobre 1917).
En novembre 1917, quand la Ruche ferma, Julia Bertrand perdit son emploi.
En 1919 elle était membre du groupe Vie pratique et communiste de Paris, animé par Louis Rimbault*, et d’un groupe crudivégétalien ; elle donna au moins une conférence sur "Les femmes et le végétarisme" en juin 1920, à la Maison du Peuple de la rue de Bretagne (Paris 3e arr.). À la même époque, entre 1919 et 1920, elle fut responsable avec Mariette Le Meillour* de la rubrique « Tribune féminine » du Libertaire. Proche également des Conseils d’ouvriers syndiqués (COS) animés par Louis Rimbault, elle participa, le 1er octobre 1921 (ou 1922 ?), au congrès de la « fédération des syndicats industriels » tenu au 49, rue de Bretagne.
Les 14 et 15 novembre 1920, elle participa au Ier congrès de l’Union anarchiste (UA), à Paris — et, dans Le Libertaire du 21 novembre, protesta contre le « tabagisme » qui avait dominé l’assistance.
Dans l’Entre-deux-guerres, elle collabora régulièrement au Libertaire où elle défendit notamment la cause féministe. En juin 1924, elle s’éleva contre la vivisection ; en juillet 1928, elle défendait la libre-pensée et soutenait les objecteurs de conscience. Elle donna également un article à L’En-Dehors n° 1 (31 mai 1922).
En 1924, elle fut responsable, pour Paris et sa banlieue, de la Ligue d’action anticatholique fondée par André Lorulot en 1919-1920. Cette Ligue était adhérente à la Fédération nationale de la Libre-Pensée.
En octobre 1925, grâce à une campagne de la FNSI, elle fut enfin réintégrée comme institutrice en Seine-et-Oise.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, elle perdit tout ce qu’elle possédait dans le bombardement que subit Noisy-le-Sec où elle habitait.
L’Idée libre et Défense de l’Homme de mai 1960 annoncèrent sa mort.
Principales féministes dans le Maitron
http://maitron-en-ligne.univ-paris1...

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 620, rapport du 29 janvier 1919 sur la Ruche — Arch. Dép. Vosges, 8 M 95 et 8 bis M 42 — CAC Fontainebleau 1994 0472 art. 148, Dossier Louis Rimbault — Renseignements fournis par J. Bossu. — La Lanterne du 18 août 1913 — Le Libertaire du 15 avril 1914 — Max Ferré, Histoire du mouvement syndicaliste révolutionnaire chez les instituteurs, des origines à 1922, Société universitaire d’éditions et de librairie, 1955 — François Bernard, Louis Bouët, Maurice Dommanget, Gilbert Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, Institut d’études politiques de Grenoble, 1969— Roland Lewin, Sébastien Faure et la Ruche, ou l’éducation libertaire, Éd. Ivan Davy, 1989 — Madeleine Laude, Une Femme affranchie. Gabrielle Petit, l’indomptable, Éditions du Monde libertaire, 2010. — Bull. de la société végétarienne de France, sept. 1920 — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Version imprimable de cet article Version imprimable