Née le 7 juin 1902 à Puteaux (Seine), suicidée à Paris le 4 juillet 1942 ; ouvrière métallurgiste ; syndicaliste et anarchiste.

Germaine Berton (1923)
Arch. PPo
Fille d’un mécanicien républicain et franc-maçon et d’une institutrice congréganiste très pieuse, Germaine Berton obtint le certificat d’études et fréquenta l’école des Beaux-Arts à Tours, puis devint ouvrière. En 1918, elle participa à la reconstitution du syndicat des Métaux à Tours. Elle fut ensuite renvoyée de l’usine Rimailho de Saint-Pierre-des-Corps pour son action syndicale. Son patron, Coste, la surnommait « la vierge noire ».
En 1920, elle fut secrétaire adjointe du comité syndicaliste révolutionnaire de Tours. Brièvement adhérente au PCF, elle écrivit des articles violents dans Le Réveil d’Indre-et-Loire, puis passa à l’Union anarchiste et au Comité de défense sociale.
Arrivée à Paris en octobre 1921, elle fut condamnée le 22 novembre à trois mois de prison pour avoir giflé le secrétaire du commissaire de police du quartier Saint-Gervais. Le dimanche 30 juillet 1922, elle prit part à la grande manifestation du Pré-Saint-Gervais pour l’amnistie des marins de la mer Noire. Lors des affrontements qui s’ensuivirent à Belleville, elle fut blessée d’un coup de sabre. En août, elle fut condamnée à quinze jours de prison pour port d’arme prohibé.
C’est à cette époque qu’elle quitta l’UA dont « les tendances étaient libertaires-communistes, alors que je suis une individualiste, expliqua-t-elle l’année suivante au juge d’instruction. Aussi ai-je adhéré au groupe des anarchistes individualistes du 14e arrondissement, rue du Château. J’ai travaillé quelquefois, mais, en dehors du produit de mon labeur, je reconnais que j’ai été soutenue par des camarades ; parmi les anarchistes individualistes, il y a des gens très riches ».
Le 22 janvier 1923, ayant pénétré dans les locaux de l’Action française, elle abattit de plusieurs balles Maurice Plateau, chef des Camelots du roi, faute de pouvoir atteindre Léon Daudet, puis retourna l’arme contre elle, mais ne parvint qu’à se blesser. À la police venue l’arrêter, elle déclara qu’elle avait voulu venger Jaurès, Almereyda et protester contre l’occupation de la Ruhr.
L’affaire fit scandale. L’Union anarchiste (UA) dans Le Libertaire du 26 janvier 1923, revendiqua « l’héroïque Germaine Berton ».
Le 24 décembre 1923, son avocat, Henri Torrès, parvint à la faire acquitter en invoquant l’acquittement de Raoul Villain, l’assassin de Jaurès.
Après son acquittement, elle entreprit avec Jules Chazanoff une tournée de conférences. À Bordeaux, le 22 mai 1924, la conférence fut interdite et les portes fermées par la police. Avec 1 500 auditeurs elle se rendit alors à Talence, où elle harangua la foule, qui revint ensuite vers Bordeaux pour exiger la libération de camarades arrêtés. Les affrontements avec la police durèrent jusqu’à deux 2 heures du matin et plus de 150 personnes furent arrêtées, dont Germaine Berton. Internée au fort du Hâ, elle démarra une grève de la faim. Le 26 mai, elle fut condamnée à quatre mois de prison, 100 francs d’amende et deux ans d’interdiction de séjour pour « port d’armes prohibées, menaces, outrages aux agents et excitation au désordre ». Le 30 mai, elle fut transférée à l’hôpital Saint-André et commença à se réalimenter le lendemain.
Le 1er novembre, à Paris, Germaine Berton tenta de se suicider, d’abord avec une arme à feu qui s’enraya, puis par empoisonnement. Elle fut transportée à l’hôpital Tenon. Avant de commettre son geste, elle avait posté une lettre à la grand-mère du jeune Philippe Daudet*, qui s’était suicidé le 24 novembre 1923. Elle y prétendait l’avoir « serré dans ses bras ». L’Action française jugea qu’il s’agissait d’affabulation. Dans Le Matin du 2 novembre, André Colomer* reconnut que depuis une semaine elle avait des idées suicidaires, mais nia qu’elle ait connu le jeune Daudet. « Je croirais plutôt à une sorte de tendresse mystique pour le malheureux jeune homme, lâcha-t-il. Depuis quelque temps, elle s’adonnait au spiritisme. » Il révéla également qu’elle portait toujours sur elle un médaillon avec un portrait de Philippe Daudet découpée dans un journal.
Après ce dernier épisode, Germaine Berton ne fréquenta plus l’UA et n’eut plus aucune activité politique.
Elle se maria à Paris 10e le 17 novembre 1925 avec Paul Burger, né en 1888 à Java, artiste peintre. Elle le quitta en 1935 pour vivre avec René Coillot, imprimeur. Elle se suicida le 4 juillet 1942 à Paris en absorbant une forte dose de Véronal.

SOURCES : Journal des débats du 25 février, des 19 et 20 décembre 1923 — Le Matin du 2 novembre 1924 — Fanny Bugnon, « Germaine Berton : une criminelle politique éclipsée », dans Nouvelles Questions Féministes, « Les logiques patriarcales du militantisme », vol. XXIV, 3, 2005 — Pierre-Alexandre Bourson, Le Grand Secret de Germaine Berton : la Charlotte Corday des anarchistes, Publibook 2008.

Guillaume Davranche, Anne Steiner

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