Né en octobre 1865 à Poitiers (Vienne, France), mort à Alger en mars 1934 ; littérateur puis journaliste ; anarchiste, puis socialiste.

Victor Barrucand (vers 1896)
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Auteur de plusieurs recueils de poésie dans les années 1880, ami intime de Félix Fénéon*, Victor Barrucand fit partie du groupe de littérateurs d’avant-garde qui, à partir de 1891, évolua vers l’anarchisme.
Quand Zo d’Axa* se réfugia à Londres en janvier 1892, Fénéon, Lucien Descaves*, Barrucand, Matha et Émile Henry assurèrent la publication de son journal L’En-dehors. Dans le numéro du 24 juillet 1892, Barrucand écrivit : « Ravachol apparaîtra peut-être un jour comme une sorte de Christ violent [...]. On le rapprochera peut-être de cet autre supplicié — Jésus le Galiléen — qui, à quelques égards, fut anarchiste, ainsi que le constate Ernest Renan. [...] Si la poursuite de ce parallèle n’offrait même qu’un intérêt paradoxal, il n’y manquerait, pas de coïncidences curieuses : cet âge de 33 ans où ils moururent et le traître qui les livra dans un baiser, Chaumartin tenant l’emploi de Judas de Kérioth ». Ce même mois de juillet, il s’était abonné à La Révolte de Jean Grave« croyez à mon entière sympathie pour les idées que vous revendiquez », lui écrivit-il (Archives Grave IFHS).
Par la suite, Barrucand fut mêlé au procès d’Émile Henry, qu’il avait rencontré à Forges-les-Eaux (Seine-Maritime) peu de temps avant qu’il pose sa bombe au Café Terminus. Trente ans plus tard, dans Mes Cahiers, Maurice Barrès devait révéler qu’avec Fénéon, il avait procuré à Henry la documentation pour bâtir son discours devant la Cour d’assises en avril 1894.
De mars 1894 au printemps 1900, Barrucand fut un collaborateur prolifique de La Revue Blanche.
Après la vague de répression de l’anarchisme, il collabora pendant quelque temps aux Temps nouveaux, lancés par Jean Grave en mai 1895.
Cette année-là, il triompha au théâtre avec l’adaptation du Chariot de terre cuite, un drame hindou antique.
Mais l’empreinte que laissa Barrucand dans le mouvement social fut surtout sa campagne pour « le pain gratuit », thème qu’il estimait mobilisateur pour le prolétariat. Il la lança en juin 1895 dans les Temps nouveaux et en juillet-août dans La Sociale d’Émile Pouget. Cette idée reçut le soutien de Kropotkine, de Joseph Tortelier et de Pouget, mais fut jugée irréaliste par Sébastien Faure et Élisée Reclus, qui écrivit à son propos : « Pour la rendre possible, il faudrait accomplir une révolution. »
La campagne aboutit à ce que le pain gratuit fasse l’objet d’une proposition de loi signée par 22 députés, puis l’idée tomba aux oubliettes. Dix ans plus tard par Charles Dhooghe* devait tenter de la relancer au congrès confédéral CGT d’Amiens, mais elle fut accueillie dans l’indifférence.
En 1897, Barrucand fut candidat à la députation sous l’étiquette « socialiste fédéraliste », et s’éloigna définitivement de l’anarchisme. Il fut délégué au congrès socialiste de la salle Japy, en 1899. Puis, porté par son engagement dreyfusard, il s’installa en Algérie en 1900. Sans être indépendantiste, il y sera un constant défenseur des droits des indigènes. Pour le parcours de Victor Barrucand après 1897, lire le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français et sa déclinaison algérienne.

ŒUVRE de sa période anarchiste : Le Pain gratuit, Chamuel, 1896.

SOURCES : Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Gallimard, 1975 — Larousse du XXe siècle — Céline Keller, « Victor Barrucand, dilettante de la pensée », Histoires littéraires n°8, octobre-novembre-décembre 2001.

Jean Maitron, André Caudron, notice revue par Guillaume Davranche et Marianne Enckell

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