BARBET Virginie (Madeleine, dite ?) [Dictionnaire des anarchistes]

Par Marianne Enckell

Née peut-être en 1824 ; tenancière d’un débit de boissons à Lyon ; membre de l’AIT et de l’Alliance internationale de la démocratie socialiste depuis 1869 ; exilée à Genève.

De la biographie de Virginie Barbet, on ne sait quasiment rien. Il est fort possible qu’il s’agisse de la même personne que la dénommée Madeleine Barbet, née le 20 février 1824 à Saint-Denis-lès-Bourg (Ain).

Son nom apparut à Lyon, en juillet 1868, parmi les signataires d’un manifeste de soutien à la Société parisienne pour la Revendication du Droit des Femmes (rédigé par André Léo à Paris) aux côtés d’autres femmes comme Mmes Richard, Palix et Blanc, dont les époux étaient membres de l’Internationale : « Pénétrées de cette vérité que l’ordre ne sera établi dans la société que le jour où la femme y sera ce que l’a faite la nature, c’est-à-dire égale à l’homme, nous nous unissons aux dames de Paris dans leur courageuse entreprise pour la revendication des droits religieux, moraux, sociaux et politiques de la femme. » Elle était tenancière d’un « cabaret », rue Moncey 123 à Lyon. Elle fut aussi trésorière de la Commission d’initiative pour la délégation lyonnaise au Congrès de l’AIT à Bruxelles, en 1868.

En octobre 1868, au congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté à Berne, elle parla au nom des femmes de la social-démocratie lyonnaise. C’est lors de ce congrès que Bakounine et ses amis quittèrent la Ligue pour fonder l’Alliance internationale de la démocratie socialiste. Virginie Barbet n’y entra pas tout de suite mais elle fut parmi les fondateurs du groupe lyonnais de l’Alliance, en juin 1869. Elle resta bien silencieuse tout au long de la grève des ouvrières ovalistes, qui réclamaient entre autres des augmentations de salaires : pour elle il s’agissait de « faire disparaître au plus tôt cette dernière forme de l’aristocratie ». En revanche, elle était proche de Bakounine quand elle écrivait : « Égalitaires convaincus, nous voulons arriver à l’égalité non par la liberté politique, liberté ridicule qui laisserait subsister cet esclavage civilisé qu’on appelle le prolétariat, mais par l’abolition du droit d’hérédité, moyen sûr et décisif dans ce temps où l’on a si grand besoin des moyens sûrs, décisifs. » Elle écrivit plusieurs articles dans les journaux de la tendance bakouninienne de l’Internationale en Suisse, l’Égalité et la Solidarité, sur la question de l’héritage, de la famille, de l’armée : « C’est par un acte révolutionnaire, celui du refus de la conscription, qu’on doit protester et non par d’inutiles réclamations. […] Faites cela, citoyens, le monde entier vous applaudira et vous aurez bien mérité de la révolution. »

En avril 1869, elle fut parmi les onze délégués de la section lyonnaise de l’AIT signataires d’une adresse de solidarité aux membres du Conseil général des sections belges de l’Internationale, lors de la grève des ouvriers puddleurs et chauffeurs de la fabrique de fer de la Société Cockerill à Seraing (Belgique), grève qui dégénéra en émeute à la suite de l’intervention de la troupe. L’adresse disait qu’il n’y aurait « pas de liberté, pas de fraternité, pas de paix possibles sans l’extirpation des racines mêmes du mal social, sans l’établissement de la solidarité humaine dans l’égalité économique ».

Elle signa encore un appel demandant aux femmes du Creusot de soutenir la grève des métallurgistes en avril 1870. Signèrent avec Virginie Barbet l’adresse aux femmes des grévistes du Creusot : Anaïs Aury, Éléonore Berlioz, Clotilde Comte, Marie Guillot, Anne Jacquier, Félicie Jacquier, Louise Jacquier, Marie Macon, P. Macon, Palix (femme), Marie Picoud, Marie Pingeon, Prost (femme), Marguerite Robergeon, Louise Tailland.

Mais son texte le plus élaboré est probablement la brochure Réponse d’un membre de l’Internationale à Mazzini qui parut peu après la fin de la Commune de Paris. Le titre est presque identique à l’article contemporain de Bakounine.

Le nom d’une "femme Barbet" apparaît parmi les condamnés contumax de la Commune du Creusot : s’agit-il de la même personne ? Un document des Arch. PPo lui donne le prénom peu vraisemblable de Luadaine. En revanche, les Archives fédérales suisses gardent la trace d’une Magdeleine Nesme, née Barbet. Ses œuvres sont toutefois toujours signées de son prénom Virginie.

En été 1871, elle était probablement exilée à Genève avec d’autres proscrits lyonnais ; elle y résidait en tout cas depuis 1873 et fut membre de la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste. En 1877, elle recevait des numéros du Bulletin de la Fédération jurassienne à mettre en vente dans son kiosque, place Chevelu. C’est aussi à Genève qu’elle publia sa brochure Religions et libre-pensée, en 1881. Elle participa à un débat, lors de la commémoration de la Commune de Paris le 18 mars 1881, qui réclama la mort pour le tsar Alexandre II (Le Révolté, 2 avril 1881). A cette occasion, la police interrogea une certaine Madeleine Barbet, qui résidait à Genève depuis 1873 : "J’ai parlé de la question sociale et j’ai fait ressortir les vices de la société dirigeante", déclara-t-elle. Elle se serait faite "remarquer par ses discours empreints d’exaltation mais paraissant peu dangereux". Il s’agit très probablement de la même personne.

Dernière trace, une V. Barbet a publié un petit ouvrage chez Auguste Réty, imprimeur-éditeur à Meulan (Île-de-France), en 1901 : Rayon d’avenir, l’abolition du paupérisme, puis chez le même éditeur La veuve rouge et ses amants. Le ton peut faire penser à notre Virginie, mais aucun document n’atteste qu’elle en soit l’auteure.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153797, notice BARBET Virginie (Madeleine, dite ?) [Dictionnaire des anarchistes] par Marianne Enckell, version mise en ligne le 6 mars 2014, dernière modification le 4 février 2019.

Par Marianne Enckell

ŒUVRE : Déisme et athéisme, profession de foi d’une libre penseuse, Lyon 1869, in-8°, 15 p. — Réponse d’un membre de l’Internationale à Mazzini, Assoc. typo. de Lyon, 1871, in-8°, 16 p. — Religions et libre-pensée, Genève, Imprimerie jurassienne, 1881, 36 p. — Et vraisemblablement : Rayon d’avenir, l’abolition du paupérisme, par V. Barbet, Meulan, 1901, 28 pp. (8° R, Pièce 8774). — La veuve rouge et ses amants, par V. Barbet, Meulan, 1902, 27 pp. (8° R, Pièce 9279).

SOURCES : IISG Amsterdam, archives de la Fédération jurassienne — Arch. PPo., B a/440. — Arch. féd. suisses AFS, E21 13905, et Flüchtlinge. Carton 53. — Claire Auzias, Annick Houel, La Grève des ovalistes, Lyon, juin-juillet 1869, Paris, Payot, 1982 — Antje Schrupp, Nicht Marxistin und auch nich Anarchistin : Frauen in der Ersten Internationale, Königstein 1999. — Virginie Barbet, une Lyonnaise dans l’Internationale, Lyon, Atelier de création libertaire, 2009. — Arthur Lehning, Archives Bakounine, I/2 — J. Langhard, Die anarchistische Bewegung in der Schweiz, Berlin 1903 — notes de Claire Auzias.

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