Né le 13 mars 1874 à Fontaine-Lavaganne (Oise), mort le 24 juillet 1923 à Villeurbanne (Rhône) ; cordonnier ; anarchiste et syndicaliste.

Henri Bécirard apparait sur le registre de recesement de Villeurbanne (Rhône) en 1901 au 25 route de Crémieu (actuelle rue Léon Blum).
Henri Bécirard avait trois frères qui partageaient ses opinions anarchistes. Il fut délégué par divers syndicats d’ouvriers en chaussures au congrès CGT d’Amiens, du 8 au 16 octobre 1906. Il fut un des signataires de la motion Griffuelhes, passée à la postérité sous le nom de « Charte d’Amiens ».
Le 10 septembre 1907, il fut arrêté alors qu’il collait l’affiche confédérale « Gouvernement d’assassins », puis fut remis en liberté.
En septembre 1912, il fut délégué au congrès CGT du Havre.
Henri Bécirard prit part au congrès anarchiste national tenu les 14, 15 et 16 août 1913 à Paris. Il en présida d’ailleurs la première séance. Le congrès donna naissance à la Fédération communiste anarchiste révolutionnaire (FCAR). Dans la foulée, Bécirard fut, avec Henri Toti, un des organisateurs du congrès régional tenu à Lyon les 1er et 2 novembre 1913, qui constitua la fédération anarchiste du Sud-Est, dont la moitié des groupes étaient affiliés à la FCAR (voir Henri Toti).
Son domicile, 5 route de Crémieux, fut ensuite le siège du groupe FCAR de Villeurbanne. Il était alors inscrit au Carnet B. Lors des élections législatives du printemps 1914, il fut candidat abstentionniste dans le cadre de la campagne antiparlementaire de la FCAR.
Exempté du service militaire en raison d’une atrophie de la jambe droite, Bécirard ne fut pas mobilisé en août 1914. Avant la fin de l’année, il œuvra à la création d’un restaurant communiste, d’abord rue Bonnefoi, puis au 193 rue Dugesclin à Lyon. Sous la houlette de Théophile Leclair, cet établissement devint, sous couvert d’entraide ouvrière, un remarquable instrument de diffusion des idées pacifistes et révolutionnaires.
En février 1915, lorsque le secrétaire de l’UD du Rhône, Francis Million, fut mobilisé, Henri Bécirard assura l’intérim. Sous sa direction, comme sous celle de Million précédemment, l’UD du Rhône fut un des principaux pôles de résistance à la guerre et à l’union sacrée.
En septembre 1915, Bécirard tenta, avec Théophile Leclair, de se rendre à la conférence pacifiste de Zimmerwald, mais la police les surveillait, et ils ne purent franchir la frontière.
En octobre 1916, il fut un des fondateurs de la section lyonnaise du Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI). À Lyon, le groupe fut surtout connu sous le nom de Comité d’action internationale et Nicolas Berthet en fut le secrétaire, Bécirard le secrétaire adjoint et Henri Toti le trésorier. Le groupe était en lien aussi bien avec CQFD de Sébastien Faure qu’avec les Amis du Libertaire qui menaient une action pacifiste à Paris (voir Jules Lepetit). Puis, quand le Comité de défense syndicaliste (CDS) se forma (voir Paul Véber), Bécirard y fit adhérer l’UD du Rhône.
Il utilisait la chanson comme moyen de propagande pacifiste dans le cadre de l’association Le Nid rouge. Le siège 20 rue Molière à Lyon fut perquisitionné par la police le 8 mars 1917.
Du 23 au 25 décembre 1917, il représenta l’UD du Rhône à la conférence CGT des bourses et des fédérations à Clermont-Ferrand, et y apostropha violemment le jusqu’au-boutiste Pierre Dumas*.
En janvier 1918, Bécirard sembla un peu dépassé par les grèves dans la Loire et dans le Rhône : il ne parvint pas à les coordonner en leur donnant des perspectives claires et il n’encouragea que maladroitement et trop tardivement les mots d’ordre pacifistes qui se mêlaient aux objectifs revendicatifs. Il fut alors inquiété par la police.
En mai 1918, il fut délégué au congrès organisé par le CDS à Saint-Étienne et, du 15 au 18 juillet 1918, il représenta plusieurs syndicats lyonnais au congrès confédéral de la CGT à Paris, où il se classa dans la minorité qui désapprouva l’action confédérale pendant la guerre.
Un Bécirard fut adhérent au Parti communiste de Raymond Péricat en 1919, mais il est possible qu’il s’agisse d’un des frères d’Henri, car dès la fin de 1918, celui-ci suivait Merrheim dans la réconciliation avec la majorité Jouhaux. Bécirard subissait beaucoup l’influence de Merrheim, comme le montre une abondante correspondance qui figure aux archives départementales du Rhône.
Devenu modéré, Bécirard fut plus en plus contesté dans le Rhône, mais parvint à retirer l’UD du Rhône du CDS. Sa position fut renforcée en mars 1919 par le retour de Francis Million, qui avait suivi la même évolution et, comme Merrheim et Georges Dumoulin, avait rejoint la majorité confédérale. Bécirard continua à figurer au bureau de l’UD du Rhône et soutint toutes les démarches conciliatrices de Million. Du 27 septembre au 2 octobre 1920, il fut délégué au congrès confédéral à Orléans à la fois par les cuirs et peaux de Lyon (majoritaires) et la chaussure de Lyon (minoritaire).
Il n’en avait cependant pas fini avec ses anciens amis qui, au sein des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR), eurent bientôt la majorité dans le Rhône. Million ne se représenta pas au poste de secrétaire de l’UD et, le 4 janvier 1921, l’anarchiste Henri Fourcade fut élu à sa place. Quant à Bécirard, qui se représentait au poste de secrétaire adjoint, il ne recueillit que 52 voix contre 56 au cheminot révolutionnaire Galland et 7 au terrassier Chabert. Au 2e tour Galland, après le retrait de Bécirard, fut élu. Cette élection confirmait le retour de l’UD du Rhône aux fondamentaux révolutionnaires qui avaient été les siens jusqu’en 1918.
Après la scission confédérale de décembre 1921, l’UD du Rhône passa à la CGTU. Henri Bécirard opta pour la CGT. Le 12 février 1922, une UD-CGT fut reconstituée avec quelques syndicats réformistes : Tramways de Lyon, Arsenaux, Livre, PTT, Textile. La nouvelle UD s’installa au 153, rue Cuvier. Le 24 mai Vivier-Merle en devint le secrétaire et Bécirard le trésorier.
En 1925, après la mort de Bécirard, le poste de trésorier était occupé par Villard.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13053, F7/13583 et F7/13613 — Arch. Dép. Rhône, 4 M4/535. — Archives du Rhône, 4 E 14357, acte de décès n° 444. — Arch. UD-CGT du Rhône. — Arch. de la Bourse du Travail. — Bulletin des syndicats ouvriers, 1920-1923 — Le Cri du Peuple du Sud-Est, 1921 — Alfred Rosmer, Le Mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale, t. II, 1959. — Pierre Berthet, « Les Libertaires français face à la révolution bolchevique en 1919, autour de Raymond Péricat et du parti communiste », mémoire de maîtrise, Paris-IV, 1993. — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014. — Note de Alain Belmont, LARHRA (UMR CNRS 5190). — Archives municipales de Villeurbanne.

Maurice Moissonnier, notice revue par Guillaume Davranche

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