Né à Dieuze (Moselle) le 17 avril 1833, mort le 26 (ou le 24 ?) novembre 1895 ; ancien employé de l’Assistance publique, puis journaliste et homme de lettres ; membre de la Commune de Paris ; membre de l’Internationale.

Issu d’une famille universitaire libérale, Arthur Arnould fit des études classiques puis se fit journaliste. Son opposition à l’Empire lui valut des condamnations à des amendes et des périodes de prison.
Après le 4 septembre 1870, il devint sous-bibliothécaire de la ville de Paris.
Élu à la Commune, le 26 mars, dans le IVe et le VIIIe arrondissement, Arnould opta pour le IVe et fut délégué à la mairie de cet arrondissement. Il fut membre de la commission des Relations extérieures, de la commission du Travail et de l’Échange, de la commission des Subsistances puis de celle de l’Enseignement. Le 1er mai, il fut désigné avec Vermorel pour la rédaction du Journal officiel. Il vota contre le comité de Salut public et, le 15 mai, signa la déclaration de la minorité : « La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public. »
Lepelletier, dans son Histoire de la Commune de 1871, le dépeint vers cette époque : « C’était alors un homme d’aspect plutôt sévère, paraissant plus que son âge, avec ses cheveux argentés qu’il portait assez longs, rejetés en arrière… Il avait l’allure vive et dégagée et la physionomie d’une intelligence éveillée. Son tempérament était d’un frondeur, ses propos d’un mécontent, mais nullement d’un violent… Arthur Arnould, dont l’arme était la plume et non le fusil, homme de cabinet dépaysé dans la rue, penseur assourdi dans une assemblée tumultueuse, lutteur hardi dans la polémique et timide dans l’action, était l’un des membres les plus instruits de la Commune. » Il appartint à la minorité modérée.
Par contumace, le 6e conseil de guerre le condamna, le 30 novembre 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée.
Selon une lettre à Jules Vallès du 22 juin 1872, « Un prêtre que je ne connaissait point me recueillit, me garda deux mois à Batignolles, chez lui, me procura un passeport et m’accompagna lui-même jusqu’en Suisse ». Réfugié à Genève, où il se fit appeler un temps Larive (ou Larrive), Arnould gagna sa vie comme correspondant de divers journaux. Sa femme Jenny et sa mère le rejoignirent bientôt. Il appartint à la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste de Genève, constituée, le 8 septembre 1871, sur l’initiative de proscrits français.
Envoyé par un quotidien parisien à Lugano pour y suivre le congrès de la Ligue internationale de la Paix et de la Liberté, il s’y établit au printemps 1873, dans la maison que venait de quitter Elisée Reclus, et se lia avec Michel Bakounine, retiré lui aussi dans cette ville.
En septembre 1874, Arnould ayant appris la peinture en bâtiment et Jules Guesde la comptabilité, tous les deux se dirigèrent sur Anvers (Belgique) afin de s’embarquer pour Buenos-Aires. Guesde ne reçut pas l’argent qu’il avait escompté et ne prit pas le bateau, mais Arnould partit avec sa femme et sa mère. Sans doute la situation qu’on lui offrit là-bas ne correspondait-elle pas à son attente, car son séjour en Argentine fut de courte durée et il revint à Lugano. C’est près de là qu’il participa à nombre de réunions, comme celle que relate Joseph Favre : « [cet entremets] fut servi pour la première fois dans une agape qui eut lieu l’hiver de 1875-1876 à Lugano (Tessin-Suisse), au pied du mont Salvator qui se baigne dans le lac del Cerisio [Ceresio] ; à la suite d’un conciliabule entre les citoyens Benoit Malon, Arthur Arnould, Malatesta, Jules Guesde, Elisée Reclus, Michel Backounine [sic] et moi ; à l’issue de la conférence je fis la cuisine… »
En 1876, Arnould appartint au comité composé de trois personnes à qui furent confiés les manuscrits laissés par Michel Bakounine décédé le 1er juillet ; il les transmit ensuite à James Guillaume . En 1877 il s’établit à nouveau à Genève. Pendant les quinze années suivantes, il publia une trentaine de romans populaires sous le nom de A. Matthey, nom de sa femme (morte en décembre 1886).
Il collabora au Bulletin de la Fédération jurassienne et aux revues genevoises La Commune et Le Travailleur. A Genève, il publia L’Etat et la Révolution (1877), puis une Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris (1878).
Retour d’exil, Arnould adhéra à l’éphémère Alliance socialiste républicaine qui rassemblait des radicaux d’extrême gauche et des socialistes, et dont le programme parut dans l’Intransigeant du 5 novembre 1881. Mais l’Alliance disparut dès l’année suivante.
Vers la fin de sa vie, Arnould changea beaucoup ; après la mort de sa femme Jenny, il se remaria avec la peintre Delphine de Cool (1830-1921) et se mit à fréquenter les milieux théosophiques. D’après le Dictionnaire de biographie française, il accepta d’être décoré en 1886 de l’ordre d’Isabelle la Catholique et, dans ses dernières années, s’occupa d’ésotérisme et devint le président de la Société théosophique de Paris et l’éditeur du Lotus bleu, l’organe de la secte. Il écrivit encore des souvenirs sur Bakounine dans la Nouvelle Revue du 1er août 1891.

ŒUVRE : Une campagne à « la Marseillaise ». Préface de H. Rochefort, Paris, 1870. — L’État et la Révolution, Genève, 1877 (réunion de ses articles parus aux droits de l’Homme). — Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris, Bruxelles, 1878, (2 tomes en un volume ; traduction flamande, Antwerpen, 1881). — Les Croyances fondamentales du bouddhisme, 1895. – Gustave Lefrançais et Arthur Arnould, Souvenirs de deux communards réfugiés à Genève, 1871-1873, présentation et notes de Marc Vuilleumier, Genève, Collège du travail, 1987.

Collaborations principales : La Marseillaise, 19 décembre 1869-9 septembre 1870. – Le Rappel (18 mars-23 mai 1871), La Nouvelle République (19 mars-1er avril), L’Affranchi (2-25 avril). – La Liberté, Bruxelles (feuilleton paru à partir du 18 mars 1872 sous le titre « Paris et la Commune. Notes et souvenirs personnels »). — La Révolution sociale, Genève, 26 octobre 1871. – Bulletin de la Fédération jurassienne. — La Commune, almanach socialiste pour 1877, Genève, 1877. — Le Travailleur, revue socialiste révolutionnaire, Genève, 20 mai 1877-avril-mai 1878.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/850, n° 7523. — Arch. Min. Guerre, 6e conseil. — Arch. PPo., B a/434 ; B a/438. — État civil, Dieuze. — Procès-Verbaux de la Commune de 1871, éd. critique sous dir. G. Bourgin et G. Henriot, 2 vol. Paris, 1924 et 1945, STHVP. — E. Lepelletier, Histoire de la Commune de 1871, 3 vol. Paris, 1911-1913. — L. Scheler, Le Proscrit, correspondance [de Vallès] avec Arnould [1852-1880], Paris, 1950. — Archives Bakounine, IISG, Leiden 1961, vol. I, 1re partie, p. LII.— La Comune di Parigi (G. Del Bo), Milan, Feltrinelli, 1957. — L. Descaves, Philémon vieux de la vieille, Paris, 1913, p. 76. — M. Vuilleumier, « Les proscrits de la Commune en Suisse (1871) », Revue Suisse d’Histoire, tome 12, fascicule 4, 1962 — M. Vuileumier, « Arthur Arnould », Dictionnaire historique de la Suisse, 2001. — Denis Andro, "De la Commune au Lotus bleu. Une évocation d’Arthur Arnould (1833-1895)", sur le site raforum.

Jean Maitron, notice résumée et révisée par Marianne Enckell

Version imprimable de cet article Version imprimable