Née le 4 février 1872 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; ouvrière du livre ; anarchiste et syndicaliste. Animatrice du Théâtre social à Marseille.

Ouvrière en imprimerie, Caroline Amblard fréquentait, en mai 1909, les Causeries populaires de Marseille, qui siégeaient au 9, quai de la Fraternité. Elle habitait 41, rue des Bons-Enfants et collaborait, au journal syndicaliste libertaire L’Ouvrier conscient (voir Gustave Cauvin), mais aussi à L’ouvrier syndiqué, organe de l’Union des chambres syndicales ouvrières des Bouches-du-Rhône.
Elle était l’épouse de Lucien, Paul Amblard, né vers 1870, monteur à Marseille, et était mère de deux fillettes à cette époque.
Du 3 au 10 octobre 1910, elle fut déléguée au congrès CGT de Toulouse par le syndicat des ouvrières d’imprimerie de Marseille, et intervint pour demander que son syndicat puisse être « confédéré isolément » puisque la fédération du Livre et celle de la Lithographie refusaient l’adhésion des femmes. L’admission fut votée à l’unanimité. Elle fut la très active secrétaire du syndicat dans les années qui suivirent. Une note policière du 27 janvier 1912 signalait qu’elle était « une des propagandistes les plus actives des idées antimilitaristes et révolutionnaires de la bourse du travail. »
Mais son nom est surtout attaché à la troupe du Théâtre social de Marseille, dont elle fut la principale animatrice en tant qu’auteure, actrice et organisatrice. Elle créa notamment une pièce en un acte, À travers l’émancipation ouvrière, le 20 avril 1912. Elle fut condamnée à une amende le 10 mars 1913 pour avoir passé outre à l’arrêté préfectoral interdisant de représenter les pièces antimilitaristes. Dans Le Chemin de Biribi, qu’elle interpréta, on plaignait « les mères d’élever des enfants pour les envoyer aux colonies et ensuite crever à Biribi ». La pièce se terminait par ces mots : « Ni casernes, ni drapeaux ! C’est la cause de tous nos maux. »
Outre qu’elle interprétait la quasi-totalité des rôles féminins, Caroline Amblard assurait la liaison avec le conseil d’administration de la bourse du travail qui, en janvier 1913, patronnait officiellement la troupe. Cependant, certains responsables de la bourse du travail contestèrent l’utilité du Théâtre social et accusèrent Caroline Amblard d’en tirer profit . Elle s’en défendit violemment — au point d’en venir aux mains avec Fernand Pons. Le Théâtre social poursuivit ses activités jusqu’en 1914.
Pendant la guerre, elle se joignit aux minoritaires de la CGT. En novembre 1917, elle présida un meeting syndical contre la vie chère qui rassembla 3 000 personnes. Le 1er mai 1918, elle participa également à un meeting des minoritaires de l’UD des Bouches-du-Rhône avec Audoye et Matton, se prononçant pour la grève. Le 3 mai, elle participait à une réunion dénonçant la politique confédérale, sur une position proche de celle de Bourderon.
Caroline Amblard serait morte après 1929.

ŒUVRE : Chansons, poèmes, comme Logique d’enfant et Mère et Fille dans L’Ouvrier syndiqué du 1er mai et du 1er décembre 1912. — À travers l’émancipation ouvrière, pièce en un acte résumée dans un rapport de police (M 6/3851, 21 avril 1912).

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/3412, 3851 (rapport de police du 8 décembre 1912), 3860, 10810, 10826, 10827 — Le Petit Provençal, des 14 novembre 1917, 26 avril, 2 et 4 mai 1918 — L’Ouvrier syndiqué des 1er novembre 1911, 1er mai et 1er décembre 1912, 1er juillet 1913 — Patrick Barrau et René Bianco, « Un essai de culture ouvrière : le Théâtre social, 1900-1914 », CIRA-Marseille, 1976 — René Bianco, « Le Mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône de 1880 à 1914 », Thèse de IIIe cycle, université d’Aix-en-Provence, 1977 — René Bianco « Cent ans de presse... », op. cit.

Antoine Olivesi, notice complétée par Rolf Dupuy

Version imprimable de cet article Version imprimable