ODÉON Pierre [PERRIN Pierre, Marie dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Edouard Sill

Né le 5 mai 1903 à Pontivy (Morbihan), mort en 1977 ; militant anarchiste, responsable de la Jeunesse anarchiste communiste, puis secrétaire adjoint de l’Union anarchiste communiste révolutionnaire ; insoumis. Rédacteur au Libertaire.

Pierre Odéon (1931)
Pierre Odéon (1931)
Arch. Louis Lecoin

Le nom de Pierre Odéon, dont le véritable nom était Pierre Perrin, qui demeurait 8 rue de l’Odéon à Paris (VIe arr.) et était depuis 1919 le secrétaire du groupe Ni Dieu ni Maître des jeunesses anarchistes du Ve et VIe arr., apparut pour la première fois dans le Libertaire en 1921, à la rubrique « tribunes des Jeunes ». Il était alors responsable des Jeunesses anarchistes et collaborait à leur organe La jeunesse Anarchiste (Bagnolet-Paris, 12 numéros du 15 mars 1921 au 15 avril 1922) dont la rédaction fut assurée entre autres par André Leroy, René Barril (ou Baril*) et G. Bouvet. Il fut arrêté pour une affiche incitant à « la désobéissance aux ordres de mobilisation » et, en cas de guerre, à l’insurrection (cf. le Libertaire, n° 121, 13-20 mai 1921). Condamné à six mois de prison, sa peine fut confirmée en appel. Il assista à Lyon, les 26 et 27 novembre 1921, au IIe congrès de l’Union anarchiste (UA) où il représentait la Jeunesse communiste anarchiste dont il fut le responsable pour les années 1922 et 1923.

Odéon, qui avait épousé, le 28 octobre 1922, Adrienne Mazataud avec laquelle il eut un enfant, fonda, à son retour du régiment à la fin de l’année 1924, les groupes des IIIe et IVe arrondissements.

À l’issue des travaux du congrès de l’UA qui eut lieu à Pantin du 31 octobre au 2 novembre 1925, il fut élu secrétaire de son comité d’initiative. Au congrès d’Orléans des 12-13 et 14 juillet 1926, il fut réélu au comité d’initiative et devint secrétaire de l’UA devenue l’Union anarchiste communiste (UAC). Il fut candidat antiparlementaire dans la deuxième circonscription de la Seine lors des élections législatives du 14 mars 1926.

Odéon, qui fut l’administrateur du Libertaire du 3 novembre 1925 à fin juillet 1927, était partisan de la « plate-forme » (plate-forme dite d’Archinov*) et par conséquent d’une organisation structurée. Le 12 février 1927, il représenta la Jeunesse anarchiste à une réunion-débat qui vit la création d’un comité provisoire d’organisation d’une internationale anarchiste sur les bases de la "Plate-forme" (voir Nestor Makhno). Le 20 mars suivant il participait à la réunion internationale tenue à L’Haÿ-les-Roses où il fit adopter une motion dans laquelle l’assemblée se déclarait en accord avec les grandes lignes de la plate-forme et reconduisait le bureau provisoire (Makhno, Maxime Ranko* et Wu Kegang* en fonction jusqu’au prochain congrès international que ce bureau était chargé de préparer.

Après le congrès de Paris (30-31 octobre 1927), congrès de scission qui amena la création, autour de Sébastien Faure*, de l’Association des fédéralistes anarchistes (AFA) opposée aux plateformistes, Odéon fut, avec Ferandel*, désigné comme responsable de la Fédération du Midi de l’UAC. À l’issue du congrès d’Amiens (12-15 août 1928), il fut élu membre de la commission administrative et secrétaire adjoint de l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR), Le Meillour* en étant le trésorier et L. Lecoin* le secrétaire. Odéon représentait à ce congrès, le XIIIe arr. de Paris.

Convoqué le 7 octobre 1929 pour accomplir une période militaire de réserve, il fut arrêté en décembre 1929. Il se déclara objecteur de conscience devant le tribunal militaire permanent le 29 janvier 1930, ce qui surprit son entourage car il avait accompli son service militaire en 1923-24. Il déclara au procès que s’il l’avait fait "c’est qu’il avait cédé alors aux supplications de sa compagne et de sa mère". Son camarade et ami Louis Lecoin* écrivit un certain nombre d’articles assez critiques sur l’objection de conscience tardive d’Odéon ; Lecoin était alors plutôt hostile à l’objection de conscience qu’il appelait "la méchante solution individuelle", mais soutint finalement Odéon dans les pages du Libertaire du 28 décembre 1929. « Odéon n’est pas un de ces objecteurs de conscience à la mode avec lesquels les gouvernants les plus guerriers pourront s’entendre ». Odéon fut condamné le 29 janvier 1930 à un an de prison. Il entama aussitôt avec d’autres insoumis ou objecteurs de conscience un bras de fer avec l’administration du Cherche-Midi, où ils étaient incarcérés, en refusant de s’alimenter tant que les visites leur seront interdites. Odéon, Guillot*, Bauchet*, Prugnat et Truignal obtinrent satisfaction au bout de deux semaines, notamment du fait de l’écho que rencontraient dans l’opinion publique les scandales concernant le « bagne militaire de Paris » du Cherche-Midi.

Le 15 décembre 1930 Odéon fut libéré et s’engagea activement dans la lutte pour la reconnaissance de l’objection de conscience et contre les prisons militaires. Le 23 février 1931 fut organisé aux Sociétés Savantes un grand meeting pour l’amnistie totale et la fermeture du « bagne militaire de Paris » le Cherche Midi ( « c’est Biribi en plein cœur de Paris ») avec Emile Rousset du Comité de Défense Sociale, Fernand Corcos (LDH), Victor Méric* (Ligue pour la Paix), Zyromski (PS), Georges Pioch, Pierre Le Meillour (UA) et Perrin Odéon, organisateur du meeting. En effet, il fut à partir de 1931 secrétaire du Comité d’Action contre le Cherche-Midi et pour l’Amnistie, dont Georges Girardin* de l’Union Anarchiste était le secrétaire. En 1933 le groupe se transforma, ou prit le nom de Comité d’Action pour l’Amnistie et la Libération de Gérard Leretour*, dont il demeura le secrétaire. Son intransigeance faillit faire capoter la libération de l’objecteur Leretour, très affaibli et qui finalement bénéficia d’une grâce présidentielle.

Il participa au congrès de l’UACR qui eut lieu à Toulouse les 17 et 18 octobre et y fut désigné comme membre du comité de rédaction du Libertaire et de la commission administrative de l’UACR dont il était secrétaire depuis déjà quatre mois. En 1931 et en septembre 1932, Odéon multipliait les condamnations pour insubordination, insulte à l’armée et ivresse, et fut de nouveau condamné à 8 jours de prison. Il était alors au secrétariat de la Ligue Internationale des Combattants de la Paix de Victor Méric, dont il fut exclu en 1935 pour une mauvaise gestion de la trésorerie (ou vol). Odéon eut en effet souvent des rapports compliqués avec l’argent. Exclu de l’UAC pour "malversations", il fit une demande de réadmission en 1933 qui fut repoussée par la Commission administrative de cette année-là. Il fut réintégré à l’automne 1934 dans le groupe de Bezons, sur une requête de Le Meillour à Lecoin, demandant "l’amnistie" de Perrin en échange de son acceptation de collaborer à nouveau au journal Le Libertaire. Les 12-13 avril 1936 il fut le délégué du groupe du 14e arrondissement au congrès tenu à Paris par l’UA. En 1937, le groupe d’Orléans de SIA, l’un des plus actifs, se plaignit également d’Odéon pour les mêmes motifs.

En 1934, il avait fondé le Tocsin (Antony), publication anarchiste-communiste, surtout préoccupée par la lutte contre le fascisme qui compta quatre numéros (2 mars-11 mai 1934).

Odéon fut au nombre des premiers Français à partir vers l’Espagne, sans aucun doute avec le premier groupe, notamment Ridel (Mercier*), Carpentier* et Cottin* de l’Union Anarchiste qui formèrent l’embryon du Groupe International de la colonne Durruti. Cependant, il ne semble pas qu’il participa aux premiers combats. Il fut immédiatement chargé des questions du ravitaillement en vivres, médicaments, armes et munitions du groupe, ce qui motiva sa présence à Barcelone très régulièrement durant l’année 1936. De plus, il s’occupa avec Lecoin du Comité de Ravitaillement des Milices Antifascistes et fut le délégué de l’Union Anarchiste au Comité de Liaison Internationale des Combattants Antifascistes du Front (à Paris) dont les activités étaient également l’achat et le passage d’armes vers la Catalogne et le recrutement de volontaires vers l’Espagne.

Le seul "convoi" mis sur pied plus ou moins publiquement par les libertaires français fut organisé par Odéon en octobre 1936, il s’agissait de la Centurie Sébastien Faure qui réunissait alors des volontaires anarchisants français et allemands essentiellement, et un certain nombre de trotskystes et de mineurs refoulés par les bureaux de recrutement des Brigades internationales. En Espagne, la Centurie donna son nom quelque temps au Groupe International de la Colonne Ortiz puis fut dissoute dans le Bataillon International de la 26e Division Durruti ; Odéon s’occupait encore du ravitaillement de celui-ci à sa disparition en juillet 1937. A cette époque, il fut la cheville ouvrière du Comité pour l’Espagne Libre (40 centres de ravitaillement en France dont 19 dans Paris et la région parisienne) puis de SIA qui prit sa suite à l’automne 1937, participant à la plupart des convois de camions en particulier avec Person et Lucien.

Début 1937, le CEL organisa également une colonie (Ascaso-Durruti) qui accueillit 178 orphelins de Madrid et de Malaga évacués dans un château réquisitionné de Llansà en Catalogne, non loin de la frontière française, qui fonctionna jusqu’en janvier 1939. Sa gestion était confiée à Paula Felstein* et Pierre Odéon. En juin 1937, lors d’un de ces voyages où il accompagnait un convoi de vivres pour les enfants de la Colonie de Llansa, il fut arrêté à Port-Bou, puis après sa libération à Barcelone par les communistes. Il ne fut libéré qu’après l’intervention du Comité régional de la CNT qui avait appris, par hasard, son arrestation. A l’automne 1938, il fit l’acquisition pour la SIA d’une nouvelle maison de campagne située à Manzanet de Cabrets, à 30km de Llansa, et y ouvrit une nouvelle Maison de convalescence pour les enfants, appelée Louise Michel et devant accueillir 40 enfants.

Le 15 mars 1939, lors d’une perquisition du siège de SIA, il fut contrôlé par la police : il demeurait alors 4 boulevard Brune et était le responsable à la correspondance du journal La Jeunesse anarchiste.

En décembre 1939 il aurait été emprisonné pour avoir refusé de rejoindre son régiment en tant que réserviste. Après sa démobilisation, il revint à Paris en 1940, très amer contre le pacifisme intégral de certains de ses camarades.

Pendant l’Occupation, il fut arrêté, semble-t-il pour avoir insulté des gradés allemands dans un café, et fut déporté au camp de Buchenwald et aux mines de sel de Wansleben. Le Libertaire d’août 1945 annonça son retour. Il créa par la suite un bulletin de liaison entre les familles de disparus et fut décoré de la Légion d’honneur. Le 2 novembre 1946 , il participa, avec de nombreux autres déportés français et espagnols à la manifestation tenue Salle des sociétés savantes pour « protester contre le régime d’oppression qui subsiste toujours en Espagne et honorer les milliers d’Espagnols morts pour la cause de la liberté ».

Le 31 janvier 1949, le nom de P. Odéon fut rayé de la liste des domiciles à surveiller en région parisienne.

Selon le Réfractaire de janvier 1978, il mourut en décembre 1977 dans sa soixante-douzième année et fut incinéré au Père-Lachaise (après une cérémonie religieuse, selon Espoir du 4-10 septembre 1978).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153758, notice ODÉON Pierre [PERRIN Pierre, Marie dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Edouard Sill, version mise en ligne le 30 mars 2014, dernière modification le 11 novembre 2017.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Edouard Sill

Pierre Odéon (1931)
Pierre Odéon (1931)
Arch. Louis Lecoin

SOURCES : Arch. Nat. F7/13056. — Arch. PPo. cartons 49 et 50 et BA 1899 & 1900 ; Dossiers GA L13 Lecoin et BA 1664. — J. Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit. — R. Bianco, « Un siècle de presse anarchiste… », op. cit. — Archives Nationales, CAC Fontainebleau, F7/19940508/1711. Dossier Perrin Pierre dit "Odéon" — Le Libertaire, année 1919 et du 21 août, 2 octobre, 27 novembre 1936, 1 Janvier, 8 avril, 1er Juillet, 15 juillet 1937. — SIA, 22 décembre 1938 — Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et force collective, Auto-édition, 1987.

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