MONOD François [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

Né le 20 décembre 1849 à Lyon, mort le 24 août 1907 à Besançon (Doubs) ; fripier, menuisier ; bagnard ; propagandiste anarchiste, il fonda le journal La Mistoufe.

Ancien membre du Parti ouvrier passé à l’anarchisme, Monod était au début des années 1880 en contact avec des compagnons de Genève. Il était qualifié par la police "d’agitateur" qui colportait la feuille La Tenaille, organe des travailleurs de la région de Saône-et-Loire et des comités révolutionnaires creusotins. En 1884 il fut l’auteur d’un placard signé des "Groupes anarchistes de Dijon" et participait aux mouvements des ouvriers sans travail à Dijon et à Lyon où en septembre il prit la parole et distribua le placard "Pourquoi il y a des anarchistes ? D’où vient la misère" qui avait été imprimé à Dijon à une dizaine de milliers d’exemplaires. L’année suivante la police signalait qu’il était abonné au journal communiste anarchiste Terre et liberté publié à Paris par Antoine Rieffel*. Il résidait à cette époque 40 rue Berthier à Dijon.

Lors d’une série d’attentats à Lyon puis à Dijon, son domicile fut perquisitionné en son absence par la police qui, selon Jean Grave*, alla jusqu’à fouiller même le berceau du bébé où elle trouva "un paquet bien ficelé... cette fois on le tenait. On avait découvert le pot aux roses ! Hélas, non. Si c’était odorant... ce n’était que de la m..dre, aurait dit le Père Ubu". Monod, "un grand gaillard, large d’épaules, colossal... un mélange de finesse en même temps que de naïveté", était à ce moment monté à Paris pour visiter Jean Grave au siège de La Révolte où il fut d’ailleurs brièvement arrêté.

En 1887 il fut poursuivi avec Naudet* devant la Cour d’assises de Dijon pour " détention de substance explosive" et "tentative d’assassinat sur le procureur de la République de Dijon" ce qui lui valut une condamnation à trois ans de prison. Pendant son incarcération ses enfants (auxquels il avait donné les noms de Babeuf, Marceau et Xérès) qui avaient été placés chez les bonnes soeurs subirent de mauvais traitements et furent baptisés de force.

En 1892 il fit sans doute partie du groupe anarchiste Les Résolus formé à Dijon. Il habitait alors 25 rue Saint-Martin. En 1893, il fut l’un des fondateurs de l’hebdomadaire communiste-anarchiste La Mistoufe (souvent orthographié Mistoufle) qui compta six numéros, le dernier était daté du 10 décembre 1893. Le journal portait en épigraphe L’Anarchie est l’avenir de l’humanité - Notre Patrie est la terre entière.

Le 25 juin 1894, Monod fut vu dans un café, en compagnie du provocateur Quessnel, se réjouissant du meurtre du président Carnot. Le prétexte était trouvé pour l’accuser d’association de malfaiteurs et le condamner, en août 1894, par la cour d’assises de la Côte-d’Or, à cinq ans de travaux forcés et à la relégation perpétuelle, en conformité avec les lois scélérates. Le registre du bagne le décrivait comme le « chef du parti anarchiste à Dijon, homme très dangereux du point de vue de la propagande » et lui attribuait une mauvaise conduite. Il y travailla comme menuisier et ébéniste.

L’émotion causée par la déportation de l’innocent Dreyfus fut mise à profit par la presse anarchiste et la presse libérale ainsi que par la Ligue des droits de l’Homme qui entreprirent une campagne en faveur des oubliés du bagne. Monod fut le premier forçat anarchiste qui bénéficia de cette campagne. Gracié le 11 novembre 1899, il débarqua à Saint-Nazaire le 28 janvier 1900 et à Dijon le 31.

De retour à Dijon, il reprit son métier de fripier et continua la propagande anarchiste. Membre du groupe anarchiste de Dijon, Monod fut en 1904 l’un des signataires d’un Manifeste contre la guerre en Extrème-Orient avec notamment Ch. Hotz*, Marestan*, Zisly* et E. Armand*. Il quitta la ville sans doute en 1906, et entreprit une tournée de conférences dans les départements du Jura et du Doubs.
En 1907, avec sa compagne A. Ramou, il faisait imprimer les feuilles anarchistes La Grève, La Misère qu’il vendait au profit des grévistes de la papeterie et de la soierie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153749, notice MONOD François [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell, version mise en ligne le 30 mars 2014, dernière modification le 2 août 2017.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

SOURCES : Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste..., op. cit.Le Père Peinard, mars 1898. — Le Libertaire, mars 1898 et novembre 1899. — Le Journal du Peuple, 1899. — Le Rappel socialiste, 7 septembre 1907. — Les Temps Nouveaux, 7 septembre 1907. — Magali Moreau, « Les Anarchistes dijonnais de 1884 à 1909 », mémoire de maîtrise, Dijon, 1994. — René Bianco, « Un siècle de presse anarchiste » — ANOM, matricule 26926 / 7991 / 5602 / 4345 – Arch. Dép. Côte d’Or 20M242 & 20 M246 — V. Bouhey, "Le mouvement anarchiste à travers les sources policières...", op. cit. et annexe 24 — J. Grave, Quarante ans de propagande..., op. cit. — Joseph Reinach, Rapport sur les cas de cinq détenus des îles du Salut (île Royale), présenté au comité de la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, Stock, 1899 — Emile Pouget, "L’application des lois d’exception de 1893 et 1894" in Les Lois scélérates, éd. de La Revue Blanche, 1899 – Yves Meunier, La Bande noire, propagande par le fait dans le bassin minier (1878-1895), L’Echappée, 2017 — note de Dominique Petit.

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