Née à Paris (12°arrt) le 4 octobre 1901, morte le 12 mars 1980 ; professeur d’Histoire et Géographie ; militante anarchiste et anarchosyndicaliste ; secrétaire de l’AIT.

Renée Lamberet (1952)
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Son père, conducteur de trains de la compagnie du Paris-Lyon-Méditerranée, d’une famille de libres penseurs, fut affecté très vite au dépôt de Villeneuve-Saint-Georges. Sa mère était une arrière-petite-fille de Pierre Joigneaux, député montagnard sous la Seconde République et agronome de renom. Renée Lamberet entra à l’École normale d’institutrices de Saint-Germain-en-Laye en 1917. Sortie en 1920, elle ne prit pas de poste d’institutrice. Réussissant au baccalauréat en 1922, elle prépara une licence d’histoire à la Sorbonne qu’elle obtint (1925), un diplôme d’études supérieures (1925) et réussit à l’agrégation d’histoire en 1928.
Renée Lamberet, professeur déléguée aux lycées parisiens Victor Duruy et Fénelon en 1926, fut nommée professeur aux lycées de jeunes filles de Valenciennes (Nord) en 1929, d’Amiens (Somme) en 1932 avant d’obtenir un poste qui venait d’être créé au lycée Jules Ferry à Paris en 1936. Affectée en 1940 au lycée Lamartine, elle retrouva le lycée Jules Ferry où elle prit sa retraite en 1966. Les rapports d’inspection la montraient « effacée », « très dévouée » et ayant une « haute valeur morale ».
Elle avait commencé à militer encore étudiante dans le groupe des Temps Nouveaux du Docteur Marc Pierrot* vers 1924. A partir de la fin des années 1920, elle apprit l’espagnol et se rendit chaque année en vacances à Lerida où elle s’initiait dans une famille de musiciens à la guitarre flamenca tandis que sa sœur Madeleine Lamberet* se consacrait à la peinture.
A l’été 1936, avec Madeleine, elle tenta par deux fois de passer en Espagne d’où les deux jeunes filles furent à chaque fois refoulées. Le 1er septembre, elle obtint l’autorisation du Comité révolutionnaire de Seo de Urgell, et s’installa dans un hôtel réquisitionné par la CNT où elle commença immédiatement à amasser de la documentation et à prendre des notes sur la révolution espagnole. Nommée professeur d’Histoire au lycée Jules Ferry de Paris, elle dut toutefois rapidement regagner la France où elle se mit immédiatement en contact avec Nicolas Faucier* et sa compagne qui animaient un comité d’aide à l’Espagne révolutionnaire auquel elle ne cessa dès lors de collaborer. Aux vacances de Noël 1936, elle retourna à Barcelone où, à la Casa CNT-FAI (ancien siège du patronat catalan réquisitionné), elle fit la connaissance de Bernardo Pou Riera, le secrétaire de presse et propagande de la CNT, dont elle allait devenir la compagne. Désormais, et sans doute grâce à Bernardo Pou, elle reçut régulièrement à son domicile de Villeneuve-Saint-Georges tous les documents concernant l’œuvre constructive de la révolution et en particulier de très nombreux comptes rendus et rapports sur les collectivités, mais aussi de nombreuses affiches et tracts.
Lors d’un nouveau séjour en août 1937, elle visita les mines collectivisées de Carbona, Sallent et la collectivité agricole de Balsareny. Parallèlement elle développait une intense activité au sein de la Solidarité Internationale Antifasciste (SIA) fondée en juin 1937 et plus particulièrement avec la colonie d’enfants Spartaco organisée à Ajentona par le syndicat CNT des chemins de fer et installée dans l’ancienne villa du directeur des chemins de fer catalans, et la colonie organisée à Llansa par la SIA pour accueillir des enfants réfugiés du Pays Basque, des Asturies et du front de Madrid. Pour aider les enfants orphelins ou réfugiés, la SIA avait également ouvert trois garderies à Barcelone, un foyer à Badalona installé dans un ancien couvent et des colonies à Masnou, Rabos, Cervera, Beguda Alta, Esparraguera, Sabadell (Catalogne) et deux foyers pour enfants à Madrid. Elle collabora à l’époque à de nombreux titres de la presse libertaire espagnole dont Solidaridad Obrera, Catalunya, Nuestro, etc. Lors de la retirada en février 1939, elle joua un rôle important dans l’aide apportée aux militants internés dans les camps du sud de la France.
Pendant l’Occupation allemande, elle resta en étroites relations avec les militants espagnols et participa avec sa sœur Madeleine et May Picqueray* à l’atelier de fabrication de faux papiers monté pour la résistance par le compagnon espagnol L. Cerrada. Elle prit part également aux réunions tenues autour d’Henri Bouyé* à la Bourse du travail de Paris et lors de sorties champêtres pour restructurer le mouvement libertaire français.
A la Libération elle fut nommée au Comité national de la Fédération anarchiste et collabora au Libertaire et, avec entre autres H. Bouyé, Giliana Berneri* et Roger Caron*, à la rédaction de la brochure Les anarchistes et le problème social (58 p., 1945). Chargée du centre de formation sociale et du secrétariat aux relations internationales, elle fut l’une des organisatrices de la conférence anarchiste européenne qui se tint en février 1947. Cette même année, elle adhéra à la CNTF et parallèlement à ses activités militantes continua son travail d’historienne en interrogeant de nombreux survivants de la révolution espagnole. En 1949, elle fut avec Jean Maitron et Edouard Dolléans membre fondateur de l’Institut Français d’Histoire Sociale.
A l’été 1951, elle fut membre, avec entre autres Vincey*, M. Joyeux*, Danon*, Lanen*, H. Bouyé, L. Louvet*, Louis Laurent, Roger et Marcelle Auchère et d’autres, d’une Commission d’Etudes Anarchistes (CEA) qui rassemblait les opposants à la tendance menée par G. Fontenis* et l’OPB dont les thèses venaient de l’emporter en mai au congrès de Lille de la Fédération anarchiste. Lors du 8e congrés de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) tenu à Puteaux les 19-23 juillet 1953, où elle était déléguée de la CNTF avec L. Bregliano*, R. Fauchois*, Molina, Muñoz, Riguidel*, Salembier* et G. Yvernel*, elle fut nommée secrétaire de l’Internationale où elle remplaçait John Andersson, poste qu’elle occupa jusqu’en 1956. Elle fut alors la responsable de la rédaction du Bulletin de l’AIT (Paris) de septembre 1953 à août 1954, date à laquelle elle fut remplacée par Raymond Fauchois. Ce bulletin qui avait fait suite au Service de Presse-AIT (Stockholm) parut jusqu’en juillet 1956.
A la fin des années 1960, Renée Lamberet était proche semble-t-il de l’Union Fédérale Anarchiste (UFA) fondée par H. Bouyé, Louis Laurent et René Leclainche et qui publiait Le Libertaire (Chailles-Paris, 1968-1972). Elle collabora également à Liberté (Paris, janvier 1958 - juillet 1971) de Louis Lecoin* puis au Réfractaire (Paris, avril 1974-décembre 1983) de May Picqueray.
Renée Lamberet fut l’auteur de très nombreux articles, en particulier sur la collectivisation, tant dans la presse libertaire française – dont Le Libertaire, SIA, Le Combat Syndicaliste, etc. – que la presse de l’exil espagnol : Solidaridad Obrera, CNT, Universo, Ruta, Espoir, etc. Elle préparait un Dictionnaire biographique des anarchistes (non paru). Elle participa également à de très nombreuses conférences et meetings du mouvement libertaire espagnol en exil. C’est grâce à elle qu’au début des années 1950, la CNT en exil put faire represser le disque A las barricadas – Hijos del pueblo dont elle avait conservé le disque original en 78 tours (original qui fut cassé lors du réenregistrement chez Philips).
En 1975, elle s’était associée au travail de l’équipe de jeunes cénétistes qui préparait une exposition sur l’œuvre constructive de la Révolution espagnole, les avait aidée à choisir dans ses riches archives les documents les plus significatifs avant de participer en mai 1976 à l’inauguration de l’exposition intitulée « Espagne 1936 ». En 1979 elle participa à Barcelone à un colloque sur la guerre civile.
Renée Lamberet est morte d’un cancer le 12 mars 1980 à l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges et fut enterrée le 18 mars au cimetière de Brunoy. Elle avait légué ses archives à l’Institut Français d’Histoire Sociale. L’équipe de jeunes à l’origine de l’exposition « Espagne 1936 » souligna dans un hommage « ses qualités personnelles rares, de simplicité, de gentillesse, d’honnêteté mais aussi d’énergie et de curiosité servies par une intelligence vive et une mémoire remarquablement précise » et concluait : « Notre perte à tous est immense mais nous voulons tout d’abord garder le souvenir d’une existence remarquablement remplie tant par l’estime si largement partagée qu’elle a su créer… que par l’œuvre accomplie en tous domaines. Pour nous Renée, debout, est d’abord énergie. Ce souvenir nous aidera, pour notre part à poursuivre dans la voie de toute sa vie, comme militante et comme historienne » (Combat syndicaliste, 3 avril 1980).

ŒUVRE : Mouvements ouvriers et socialistes, chronologie et bibliographie : l’Espagne (Ed. Ouvrières, 1953) dont une refonte complète a été republiée en Espagne à partir de 1985 par son collaborateur Luis Moreno Herrero — Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier espagnol (inédit) — "Les travailleurs espagnols et leur conception de l’anarchie au début du siècle" in Anarchici e anarchia nel mondo contemporaneo : atti del convegno promosso dalla Fondazione Luigi Einaudi : Torino 5,6,7 dicembre 1969, Einaudi 1971 — L’organisation des travailleurs des champs dans la première Internationale (idem) — Soledad Gustavo et sa place dans la société espagnole (idem) — Quelques études sociales : textes de Marc Pierrot recueillis et présentés par R. Lamberet (Ed. de la Ruche ouvrière, 1970, 234 p.). Elle fut également à l’origine de la publication en 1969 du manuscrit de Max Nettlau La première internationale en Espagne (Amsterdam, IIHS, 683 p.).

SOURCES : Etat civil de Villeneuve-Saint-Georges — Notes de R. Bianco — Témoignage de R. Lamberet — Le Monde, 22 mars 1980 — Le Réfractaire, avril 1980 — Interview de R. Lamberet à Radio Libertaire le 9 juin 1986 — Espoir, 30 mars 1980 — Le Combat Syndicaliste, 27 mars & 3 avril 1980 — G. Fontenis, L’autre communisme, op. cit.Bulletin du CIRA Marseille, n°23/25 "Témoignages...", op. cit. — R. Bianco, « Un siècle de presse... », op. cit.

Rolf Dupuy

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