MASTRODICASA Leonida [dit Numitore] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Notice complétée par Rolf Dupuy

Né à Ponte Felcino (Perugia, Italie) le 23 janvier 1888, mort en déportation le 20 mai 1942. Mécanicien. Militant anarchiste et anarcho-syndicaliste italien en France, Suisse et volontaire en Espagne.

Leonida Mastrodicasa avait commencé à travailler très jeune aux aciéries de Treni où il entra en contact avec le mouvement libertaire. En 1906 il fut l’un des fondateurs du groupe de jeunesse anarchiste de Ponte Felcino et connut ses premières arrestations. Appelé sous les drapeaux en 1909, il déserta au bout de quelques mois et se réfugia à Milan. Bénéficiant de l’amnistie de 1911, il revint à Perugia où il travailla dans un atelier de mécanique. Très vite il fut mobilisé lors de la guerre en Libye, déserta une nouvelle fois et passa en Suisse.

En 1914 il était à Genève, fréquentait le groupe de Luigi Bertoni* et collaborait à son journal Il Risveglio (Genève, 1900-1940). Lors de la déclaration de guerre, il refusa de rentrer en Italie et fut une nouvelle fois déclaré « déserteur » mais à ce titre il put rester en Suisse. Il fut responsable du Risveglio avec Porcelli et Matteozzi pendant le long emprisonnement de Bertoni en 1918-1919. Son militantisme lui valut en novembre 1919 d’être arrêté, interné au fort militaire de Savatan (Valais), puis en novembre d’être expulsé.

Dès son retour en Italie, il était envoyé au service militaire. Début 1920 il tenta une nouvelle désertion, mais fut arrêté les jours suivants et envoyé en Albanie. Après avoir attrapé la malaria et avoir été soigné il fut envoyé en décembre 1920 dans un régiment d’infanterie à Venise dont il fut démobilisé en janvier 1921. Revenu à Perugia, il trouva avec l’aide de son frère Maro un travail à la Société industrielle aéronautique et mécanique Italia centrale. Participant activement à la lutte contre la montée du fascisme, il fut poursuivi en avril 1921 pour « association de malfaiteurs et fabrication d’explosifs » et resta caché jusqu’à l’obtention en novembre d’un non lieu pour « insuffisance de preuves ». En 1922 il s’installa à Milan et milita à l’USI au congrès de laquelle il participa en juin 1925 à Gênes. En mai 1927 il émigra clandestinement pour la France avec l’aide d’un guide qui travaillait avec son frère Maro dans le Val d’Aoste.

Il resta alors à Marseille où il retrouva de nombreux autres militants dont Giulio Bacconi*, Angelo Diotallevi et Celso Persici*, puis s’installa en région parisienne, dans les Hauts-de-Seine, avec sa compagne Linda Tellini et leur petite fille. Il collabora alors au Réveil/Risveglio de Genève et surtout au journal La Lotta Umana (Paris, 1er octobre 1927-18 avril 1929) dont le gérant était Séverin Ferandel* et le directeur Luigi Fabbri et qui était publié par le groupe Pensiero e Volontà. Après la transformation du groupe en Union anarchiste communiste des réfugiés italiens (Unione comunista anarchica dei profughi italiani, UCAPI) il devint avec Bernardo Cremonini et C. Berneri* le directeur de son organe Lotta Anarchica (Paris, 6 décembre 1929-3 novembre 1933) dont les gérants furent Rebeyron puis Alban Fontan. Il utilisa à cette époque de nombreux pseudonymes dont Numitore, Mastro, P. Felcino, Maniconi et collabora également à Studi Sociali (Montevideo, 1930-1946) de Luigi Fabbri, à Fede (Paris - Bruxelles, 10 mai 1929 au 4 avril 1931), dont le directeur était V. Gozzoli* et le gérant Henri Lequin, et à L’Adunata dei Refrattari (New York). En 1933 il était membre du Comité national pour les victimes politiques d’Italie et de la Ligue italienne des droits de l’homme (LIDU) et participa à la fondation les 11-12 novembre 1933 à Puteaux de la Fédération anarchiste des réfugiés italiens (Federazione anarchica dei profughi italiani – FAPI) ; il devint l’un des rédacteurs de son organe Lotte Sociali (Paris, 15 décembre 1933- février 1935) qui défendait les thèses de la tendance organisationnelle du mouvement italien.

Le 22 décembre 1932 il fut l’objet d’un arrêté d’expulsion, mais obtint un sursis renouvelable. En 1935 il participa aux réunions avec d’autres organisations antifascistes pour mener campagne en faveur du droit d’asile et les 1er-2 novembre assista au congrès de Sartrouville réunissant une cinquantaine de militants venus de France, de Suisse et de Belgique et où fut fondé le Comité anarchiste d’action révolutionnaire dont les responsables étaient C. Berneri*, B. Cremonini, U. Marzocchi, C. Frigerio* et G. Mariani.

Le 19 janvier 1936 il était arrêté pour infraction au décret d’expulsion et condamné à 15 jours de prison pour utilisation de faux papiers. Il obtint ensuite une nouvelle autorisation de séjour ; il était alors domicilié 48 boulevard Louis Loucheur à Suresnes.

Dès le déclenchement du soulèvement militaire en Espagne, il fit partie avec V. Gozzoli et Umberto Tommasini du comité anarchiste chargé de recruter des volontaires. En novembre il partit pour Barcelone où il adhéra à la CNT-FAI et aurait été milicien dans la section italienne de la Colonne Ascaso. Il collabora de janvier à août 1937 à Guerra di Classe (Barcelone, 9 octobre 1936-30 novembre 1937). Après les évènements de mai 1937 et l’assassinat de Berneri par les staliniens, Leonida Mastrodicasa rentra en France où les 25-26 décembre 1937 il participa à Marseille au congrès national des anarchistes italiens de l’extérieur où fut décidé la transformation de la Fédération Anarchiste Italienne en Union Anarchiste Italienne (UAI) ; il fut nommé avec V. Gozzoli directeur de son organe Il Momento (Paris, 1er mai-28 juin 1938) dont le gérant était René Podevin, ainsi que correspondant du Bolletine d’informazione dell’UAI (Marseille, mars 1938 - décembre 1939).

Lors de la déclaration de guerre, pour échapper à l’expulsion et bien que tuberculeux, il s’engagea dans la Légion étrangère et participa à la défense de Paris. Arrêté par les Allemands en janvier 1941, il fut immédiatement déporté en Allemagne avec entre autres Giovanna Berneri*. Interné au camp de concentration de Trèves, il serait, selon la police, mort de tuberculose le 20 mai 1942 et aurait été enterré au cimetière du camp. A la libération le gouvernement français le décora de la légion d’honneur au titre de « résistance » et accorda une pension à sa compagne considérée comme « veuve de guerre ». En 1968, une rue principale de Ponte Felcino a été inaugurée par la municipalité de Perugia.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153701, notice MASTRODICASA Leonida [dit Numitore] [Dictionnaire des anarchistes] par Notice complétée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 30 mars 2014, dernière modification le 11 novembre 2017.

Par Notice complétée par Rolf Dupuy

SOURCES : Dizionario biografico degli anarchici…, op. cit. (notice de E. Francescangeli) — Ugo Fedeli, Un trentennio di attività anarchica, 1914-1945, Éd. l’Antistato, Cesena, 1953, 215 p. — Leonardo Bettini, Bibliografia dell’Anarchismo, vol. 1, tome 2, Éd. Crescita Politica, Firenze, 1976, 351 p. — René Bianco, « Un siècle de presse anarchiste », Thèse d’État, op. cit. — Arch. Dép. Gard 1M757 (Menées terroristes) — Chantier biographique des anarchistes en Suisse.

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