MARTIN René, Louis [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Françoise Fontanelli Morel

Né le 4 octobre 1887 à Saint-Servan-sur-Mer (Ille-et-Vilaine), mort le 13 décembre 1964 à Joinville-le-Pont ; ouvrier à l’arsenal de Brest (Finistère), docker, marchand forain ; militant anarchiste et syndicaliste.

Fils de René Alexandre Martin, marin, et de Fanny Berthe Morvan, René Martin fit partie en 1911-1912 d’un groupe antimilitariste et d’un cercle néo-malthusien. Avec Victor Pengam*, il participa à la création des Pupilles de la Maison du Peuple.

Il fut réformé après la Première Guerre mondiale pour tuberculose. Il travaillait à l’arsenal et demeurait 35, rue de Turenne à Brest. La police soulignait comme particularité : « Aspect d’un domestique par sa chevelure taillée en pattes de lapin ». Elle le retenait comme « un dangereux propagandiste anarchiste et antimilitariste ».

Le 9 avril 1920, il fut élu au bureau de l’Union départementale CGT lors du congrès régional tenu à Carhaix-Plouguer et, le 15 octobre, administrateur de la Maison du peuple dont la commission administrative comptait alors sept anarchistes sur 19 membres. Il fut également membre du Comité de défense sociale et en 1921 secrétaire du Comité Sacco-Vanzetti au nom duquel, le 19 octobre 1921, il organisa un meeting de solidarité où prirent la parole Fister* de l’Union anarchiste et Jules Le Gall* du groupe de Brest. Meeting à l’issue duquel un cortège se forma et se dirigea vers le Consulat des États-Unis où les vitres furent brisées à coups de pierres.

Adhérent des Jeunesses syndicalistes et du groupe libertaire reconstitué en janvier 1921 par Le Gall*, il adhéra, après le congrès régional tenu à Landernau en avril 1922, à la CGTU dont il devint le secrétaire de l’Union locale. Dans le premier numéro du Syndicaliste du Finistère (août 1922), il justifia son adhésion par la trahison de la majorité confédérale de la CGT pendant la guerre et rappela que « les partis politiques, communistes ou autres, doivent foutre la paix au syndicalisme ». Il fut inscrit au Carnet B le 11 octobre 1922. Le 30 novembre 1922, il fut condamné par le Tribunal correctionnel de Brest pour « apologie du meurtre » à trois mois de prison avec Pierre Gouzien*, Louis Marchand et Pierre Camblan pour la parution d’un article collectif intitulé "Plus que jamais vive Cottin".

Á l’été 1922, lors d’un meeting de soutien aux grévistes du Havre, il avait déclaré : "Dans l’avenir, il faudra pouvoir descendre autant de policiers et de gendarmes qu’il y aura de victimes ouvrières".

Le 27 mai 1923 il fut avec Gouzien et Quemerais* l’un des délégués anarchistes au congrès de fondation de l’Union régionale unitaire (URU) dont Quemerais devint secrétaire. Les 22-23 juillet 1923, avec Texier et Tircor, au Comité confédéral national de la CGTU, il dénonça le rôle des Commissions syndicales obligeant tout syndiqué du Parti communiste à appliquer la ligne du parti.

Le 6 juillet 1923, il participa à la fondation du Comité de vigilance et d’action contre les menées fascistes d’Action française et autres groupes réactionnaires, comité où il représentait la CGTU et dont le bureau était formé de six anarchistes et qiatre communistes. Il semble qu’à l’époque il ait été le secrétaire du syndicat unitaire du Bâtiment et ait diffusé le quotidien Le Libertaire, auquel il collaborait, avec une carte de colporteur. En novembre 1923, il participa au IIe congrès national de la CGTU tenu à Bourges, congrès qui vit la victoire du Parti communiste. Au congrès de 1924, après s’être opposé vainement à la prise en main de l’organisation syndicale par le Parti communiste, il quitta la CGTU et adhéra à l’autonomie. Secrétaire de la Bourse du travail autonome de Brest, il fut perquisitionné à de nombreuses reprises en particulier en juillet 1925 où la police saisit de nombreux journaux et tracts. En 1927, il réintégra la CGT.

Secrétaire du groupe anarchiste de Brest et partisan de la Plate-forme dite d’Archinov*, il fut l’un des rédacteurs et l’administrateur du journal Le Flambeau (Brest, 80 numéros du 1er juin 1927 au 5 juin 1934) dont le gérant était J. Treguer* et qui en 1929 tirait à 3.500 exemplaires et comptait 400 abonnés.

Le 9 mars 1928, suite à un article paru dans Le Flambeau et sur la plainte de l’évêque Pasquier de Sées (Orne), il fut condamné par le Tribunal correctionnel de Brest à 100 francs d’amende et à 3000 francs de dommages et intérêts pour injures publiques et diffamation. Dans l’impossibilité de payer, il fut emprisonné au nom de la contrainte par corps le 5 octobre 1928. Dans le numéro d’août-septembre 1927, il avait écrit : « Les prêtres et Pasquier enseignent aux fillettes autre chose que le catéchisme (…) 60 enfants pourront en témoigner ». En octobre-novembre 1928, une vaste campagne de mobilisation fut organisée par le Comité de défense sociale de Brest, animé par Le Gall et Treguer. Le 28 octobre 1928, sous la présidence de Le Gall, et en présence de 300 personnes, le CDS déclara « la guerre à la calotte, à la soutane et à la religion ». Le maire de Brest, Nardon, membre du parti socialiste, manifesta à la tribune contre « l’esprit de domination du clergé » et se fit inscrire en séance parmi les membres dudit comité. Selon Treguer, lors du jugement René Martin reconnut son erreur et déclara être prêt à faire une rectification dans son journal. Ce à quoi, l’avocat aurait répondu : « nous ne voulons pas la mort du pêcheur mais la disparition de son journal ». Tuberculeux à 100%, la Fédération des blessés du Poumon intervint en sa faveur à condition que la mobilisation ne revête pas un caractère politique. Il fut finalement libéré le 4 décembre 1928.

En 1934, il fut le responsable de l’édition de l’ouest de Terre Libre (Brest) et collabora aux éditions parisienne (1936-1937) publiée par Marchal* et Planche* et nîmoise (1937-1939) publiée par A. Prudhommeaux*.

Les 17-18 octobre 1931, il fut le délégué de Brest au congrès de l’Union Anarchiste à Toulouse, et participa également au congrès tenu à Paris les 29, 30 octobre et 1er novembre 1937. Il collabora pendant toute la décennie des années 1930 à l’organe de l’UA, Le Libertaire, ainsi qu’à l’organe pacifiste La patrie humaine (Paris, 1931-1939).

Au début de 1933, il participa à la formation de la Ligue Internationale des Combattants de la Paix (voir Victor Méric), groupement dont il fut l’un des principaux conseillers.

En avril 1935, il demeurait 6, rue Pierre et Marie Curie et était camelot, forain. En septembre 1935, il fut l’un des principaux animateurs de la protestation élevée en faveur de l’objecteur de conscience Pretre, puni de huit jours d’emprisonnement pour refus de fascicule de mobilisation. Pendant la Guerre d’Espagne, il fut responsable avec René Lochu* du Comité pour l’Espagne libre puis de la Solidarité Internationale Antifasciste (SIA) de Brest. En 1937, il accompagna Pierre Odéon* à la Colonie d’enfants Ascaso de Llansa, visite à la suite de laquelle il écrivit l’appel "Sauvez les gosses" (Libertaire, n°540, 18 mars 1937).

En 1940, il quitta Brest et s’installa à Asnières où il rejoignit sans doute sa fille qui en 1937 avait épousé Maurice Laisant* dont elle divorça en 1947. Selon J. Maitron, René Martin aurait pendant la Seconde Guerre mondiale rejoint Jacques Doriot et son groupe fasciste le Parti populaire Français (PPF).

René Martin est mort à Joinville-le-Pont, le 13 décembre 1964.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153697, notice MARTIN René, Louis [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Françoise Fontanelli Morel, version mise en ligne le 30 mars 2014, dernière modification le 30 mars 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Françoise Fontanelli Morel

SOURCES : Arch. Nat. F7/13586 et 13639. — Arch. PPo. 49-50. — Arch. Com. Brest. — Arch. Dép. Finistère 4 M 337 notice individuelle 27/06/1923, rapport du 13 avril 1935, 4 M 345 — J. Maitron, Histoire du mouvement anarchiste, op. cit. — R. Bianco, « Un siècle de presse… », op. cit. — Notes de D. Vidal — Libertaire années 1923 & 1928 — Jean-Luc Rélind, « Discours et propagande anarchiste en Bretagne, 1920-1929 », maitrise, Rennes II, 1994 — D. Berry, "French anarchists in Spain...", op. cit.

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