MARTIN Constant [Gabriel, Constant] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Né à Entrevaux (Basses-Alpes) le 5 avril 1839, mort à Paris le 9 juillet 1906 ; employé puis crémier ; membre des sections du Panthéon et de Paris 13e de l’Internationale ; blanquiste, puis anarchiste.

Constant Martin (1892)
Constant Martin (1892)
Album Bertillon, 1894.

Après le meurtre de Victor Noir*, le 10 janvier 1870, et l’arrestation de Rochefort*, le 7 février, Constant Martin fut de ceux qui engagèrent les ouvriers au calme afin de ne pas compromettre l’issue de la lutte par une action trop précipitée (appel du 9 février 1870).

Après la chute de l’Empire, il fut, en tant que délégué des vingt arrondissements, un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! »

Secrétaire de la délégation des vingt arrondissements, Constant Martin signa pour la délégation, en février 1871, la liste des « Candidats socialistes révolutionnaires, proposés par l’Association Internationale des Travailleurs, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières, la délégation des vingt arrondissements » aux élections législatives.

Durant la Commune, Constant Martin fut secrétaire de la délégation à l’enseignement. Il habitait à cette époque, 5, rue du Roule, dans le Ier arr. Il joua un rôle actif dans les derniers moments de la Commune, puisque Vaillant a rapporté dans l’Humanité du 18 mars 1908 que Constant Martin avait combattu le 27 mai sa proposition appuyée par Vallès de la reddition de tous les membres de la Commune restants avec garantie de liberté pour les combattants fédérés. Il aurait déclaré qu’une telle proposition serait une faute et « que ce qui constituait et ferait dans l’avenir la grandeur de la Commune, c’était sa fin dans le combat sans négociation ni capitulation avec les Versaillais ». Le lendemain, les derniers îlots de résistance étaient vaincus.

Selon la notice contumax, C. Martin était dit alors un « homme calme, estimé dans son quartier et d’une excellente conduite ». En marge, un rédacteur porta la mention « très dangereux ». Par contumace, le 17e conseil de guerre le condamna, le 25 novembre 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée.

À Londres, dès l’été 1871, Constant Martin entra au conseil général de l’Internationale. Du 17 au 23 septembre, il fut présent à la Conférence qui se tint dans la capitale londonienne sans être toutefois délégué officiel. Avec Rochat, il remplit les fonctions de secrétaire-greffier. Il n’assista pas, du moins en qualité de délégué, au 5e congrès de l’Internationale tenu à La Haye en septembre 1872. Avec ses amis blanquistes Ant. Arnaud, F. Cournet, Marguerittes, G. Ranvier et É. Vaillant, il signa la brochure Internationale et Révolution. À propos du congrès de la Haye, datée du 15 septembre 1872 et hostile à Marx et au conseil général. Deux années plus tard, il signa également, avec le groupe blanquiste « La Commune révolutionnaire », la brochure Aux Communeux, déclaration athée, communiste, révolutionnaire.

Constant Martin fit partie de la section internationale en rupture avec le Conseil général constituée à Londres après le congrès de La Haye — voir Dict., t. IV, p. 79. Il aurait été également un des membres fondateurs de l’École française organisée à Londres par les réfugiés et destinée aux enfants des proscrits (voir Huguenot).

Après avoir dirigé une usine à Birmingham, Constant Martin s’installa en Belgique à partir de 1874. À Bruxelles, il fit partie de la société de solidarité « Le Prêt mutuel ». Toujours militant actif, il portait le n° 274 dans la correspondance secrète qu’entretenaient les blanquistes (cf. Jean Maitron, Actualité de l’Histoire, n° 6, janvier 1954).

À son retour d’exil, Constant Martin s’installa à Paris. Après la mort de Blanqui — 1er janvier 1881 — il fut, avec Eudes, Granger, Vaillant et autres, un des fondateurs du « parti » blanquiste, le Comité révolutionnaire central. En 1882, il fut condamné à huit jours de prison pour outrages à agents au cours d’une manifestation blanquiste.

Sans que l’on sache exactement quand, il rallia le mouvement anarchiste. Dès 1884 son nom apparaissait comme collaborateur de l’organe communiste anarchiste Terre et Liberté (voir Antoine Rieffel). Selon un rapport du 28 mars 1895 relatif à sa comparution devant les assises de la Seine, il aurait répondu « c’est inexact » à l’affirmation : « Vous êtes passé à l’anarchie en 1882. »

En 1888, avec quelques anciens blanquistes passés à l’anarchisme et Émile Pouget*, il fonda le Ça ira, dont le premier numéro sortit le 27 mai. Ce bimensuel se positionna contre le boulangisme et attaqua les blanquistes ralliés au « brav’général ». Outre Martin et Pouget, le comité de rédaction annoncé dès le premier numéro était composé de V. Bernhart*, A. Dumas, Louis Duprat*, J. Gallais*, L. Jamin*, P. Le Noa, B. Morel et J. Ricard. Charles Malato* et Alexandre Tennevin* y participèrent également. En septembre, les promoteurs du journal lancèrent l’idée de la création d’un quotidien anarchiste et fondèrent à cet effet une société anonyme à capital variable qui émit 10.000 obligations à capital variable. Bien que l’idée ait été semble-t-il bien accueillie, elle dut être abandonnée en raison des poursuites engagées contre les responsables du journal suite à l’article « Silence aux pauvres » paru dans le dixième et ultime numéro paru le 13 janvier 1889.

En 1892, Constant Martin désapprouva la campagne de Sébastien Faure* contre le 1er mai et cosigna la déclaration affirmant que le « 1er Mai, lancé par des politiciens, est devenu révolutionnaire et à tendances anarchistes » (voir Jacques Prolo). Il habitait alors au 22, rue Cadet, à Paris 9e.

Il collabora à cette époque au numéro unique du journal Le Gueux (Paris, 27 mars 1892) dont le rédacteur en chef était Michel Zévaco*.

Constant Martin avait deux frères dont l’un était receveur des finances et l’autre commerçant. Selon Sébastien Faure (cf. le Libertaire du 12 juillet 1906), quand un juge d’instruction fit un jour état de cette parenté, Constant Martin aurait répliqué : « Que voulez-vous, monsieur, que j’y fasse ? […] Tant pis pour mes frères s’ils ont mal tourné » ! Il semble également avoir eu un fils de son premier mariage, qui avait émigré en Argentine et avec qui il restait en contact épistolaire.

Au moment de la répression anti-anarchiste qui suivit les attentats, Constant Martin tenait une crèmerie, 3, rue Jocquelet (actuelle rue Léon-Cladel) à Paris 2e, où les compagnons sans le sou trouvaient toujours à manger à crédit. La police y perquisitionna le 23 avril 1892 et l’arrêta quelques jours. Par la suite, elle ne devait plus cesser de le persécuter, au gré des vagues de répression. D’après Malato, il fut « arrêté ou perquisitionné, en un an, au moins une dizaine de fois ; c’était même devenu un indice atmosphérique : quand on perquisitionnait chez lui, le temps menaçait de se gâter ; quand on l’arrêtait, l’orage ne tardait pas à souffler ; la mise en liberté annonçait le retour du beau fixe ».

En février 1894, Constant Martin se réfugia à Londres où il habita au 18, Hampstead Road. Il y hébergea quelque temps la femme de Lucien Pemjean*. Sa présence à Brighton est brièvement signalée en 1894.

En partant de Paris, il avait confié la crèmerie à sa compagne, Madeleine Forti. Comme elle était italienne, le gouvernement l’expulsa du pays et elle dut rejoindre Constant Martin avec leur fils Alfred, à Londres. Comme la boutique périclitait, elle se résolut fin 1894 à un mariage blanc avec le camarade Clovis Sicard* afin d’obtenir la nationalité française. Martin, déjà marié, ne pouvait en effet pas le faire. Elle put alors rentrer à Paris reprendre l’affaire en main.

Considéré comme une figure dirigeante du mouvement, Constant Martin fut jugé par contumace dans le cadre du « procès des Trente » (voir Élisée Bastard). Le 31 octobre, il fut condamné à vingt ans de travaux forcés.

Il rentra à Paris en mars 1896, fit opposition à son jugement et fut acquitté. Avec Sébastien Faure et Matha*, il fut alors un des fondateurs du Libertaire (cf. La Voix libertaire du 1er mars 1930). Il fut gérant de l’hebdomadaire et l’était toujours quand le tribunal de commerce le déclara en faillite le 17 novembre.

En février 1897, Constant Martin joua un rôle actif dans la campagne de protestation contre la « nouvelle inquisition » en Espagne, qui fit suite à l’attentat de Barcelone de juin 1896. Il participa à des meetings ainsi qu’à l’édition de l’unique numéro de L’Incorruptible, consacré en intégralité aux événements espagnols. Il fut ensuite recruté comme enseignant pour le projet d’école libertaire de Janvion* et Degalvès*, qui ne vit pas le jour. La même année, dans son rapport sur l’anarchisme en France, le commissaire spécial Moreau considérait Constant Martin comme « le patriarche de la bande » ayant « conservé de son long séjour dans les rangs blanquistes une discrétion farouche, une méfiance toujours en éveil », se gardant « sans cesse contre tout et contre tous... la défiance faite homme ». Le rapport le considérait également comme le mentor d’Émile Henry*.

En 1898, Constant Martin fut le gérant du journal Le Droit de vivre, qui sortit 9 numéros du 23 avril au 15 juin, et qui publia les défenses de Georges Étiévant* devant les cours d’assises de la Seine et de Versailles.

L’Affaire Dreyfus battait alors son plein et, en décembre 1898 et janvier 1899, il publia 7 numéros de L’Anticlérical, « organe de la Ligue anticléricale », avec Michel Zévaco* et Jacques Prolo*. De février à décembre 1899, il suivit Sébastien Faure au quotidien Le Journal du Peuple. Il collabora également au Cri de révolte (Paris, 10 numéros du 20 août 1898 au 1er mars 1899) dont le gérant était M. Lamargue et qui diffusa sa brochure Inquisition et antisémitisme.

À la fin de sa vie, Constant Martin collabora à l’organe communiste anarchiste L’Ordre publié à Limoges d’octobre 1905 à avril 1907.

Décédé le 9 juillet 1906, il fut incinéré le 12 au Père-Lachaise. Les obsèques furent civiles et Édouard Vaillant y assista. Aucun discours ne fut prononcé. Les cendres furent déposées dans la case portant le n° 226. Avec lui disparaissait « un des derniers représentants du courant blanquiste au sein de l’anarchisme français » (cf. Les Temps nouveaux, 21 juillet 1906).

Si l’on en croit le dossier des Arch. PPo BA/1174, au cours de sa vie militante, Constant Martin avait pris les pseudonymes de Len Cromier, Georges Gasquet, Louis Gruny et Schmidt.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153695, notice MARTIN Constant [Gabriel, Constant] [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy, version mise en ligne le 22 mars 2014, dernière modification le 19 janvier 2019.

Par Jean Maitron, notice complétée par Guillaume Davranche et Rolf Dupuy

Constant Martin (1892)
Constant Martin (1892)
Album Bertillon, 1894.

ŒUVRE : Inquisition et antisémitisme, résumé de l’histoire juive, commentaires sur le mouvement antisémite, publié avec la poésie « Le Rêve » de Louise Michel, Paris, 1898.

SOURCES : Arch. Nat. BB 24/864, n° 6734 — Arch. PPo. BA/1174. — Arch. du Royaume belge, Bruxelles, n° 292108 — P.V. Commune, op. cit. — Le Ça ira n°1, 27 mai 1888 — La Presse du 23 avril 1892 — Le Journal des débats et La Presse du 2 janvier 1894 — Charles Malato, Les Joyeusetés de l’exil, Stock, 1897 — La Voix libertaire, 1er mars 1930 — J. Dautry et L. Scheler, Le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris, Éditions sociales, 1960. — Miklos Molnar, Le Déclin de la Première Internationale, Droz, 1963 — Jacques Freymond (sous la dir.), Études et documents sur la Première Internationale en Suisse, Droz, 1964 — Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France (1880-1914), Gallimard, 1975 — René Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. — Notes de R. Skoutelsky et de M. Enckell.

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