Né le 6 mars 1870 à Metz (Moselle), mort le 24 juin 1944 à l’hôpital d’Amiens (Somme) ; cordonnier, puis journaliste ; anarchiste néo-malthusien.

Eugène Humbert
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Eugène Humbert était depuis décembre 1890 le dépositaire-diffuseur de La Révolte à Nancy et, depuis 1891, l’animateur du groupe libertaire de Nancy aux côtés d’A. Joubert. Le groupe appelé en mars Guerre aux préjugés se reforma en juin sous le nom La Liberté et publia avec le groupe de Commercy trois numéros de L’Indépendant, journal des travailleurs, en juillet-août 1891.
Au début du vingtième siècle, il demeurait à Paris où, à son domicile du 27 rue de la Duée (20e arr.), il diffusait journaux et ouvrages néo-malthusiens. Il fut le gérant de Régénération (Paris, 43 numéros d’avril 1900 à décembre 1904, puis 46 numéros de janvier 1905 à novembre 1908), organe de la Ligue de régénération humaine fondée par Paul Robin* le 31 août 1896. En 1908, il fit la rencontre de Jeanne Rigaudin qu’il épousa en 1924 ; elle collabora aux divers organes fondés par son compagnon (voir HUMBERT Henriette, Jeanne).
Après le retrait de Paul Robin et l’arrêt du journal, E. Humbert, continuant la propagande, fonda en 1908, avec entre autres Sébastien Faure*, Victor Méric*, Fernand Kolney et Gabriel Giroud*, un nouvel organe, Génération consciente (Paris, 77 numéros du 15 avril 1908 à août 1914). Ce journal édita également un très grand nombre de brochures de propagande dont : M. Devaldés, La Chair à canon (plusieurs éd. en 1908 et 1913) ; S. Faure, Le problème de la population (1908) ; S. Faure, Nelly Roussel, Abbé Viollet, Défendons nous ! Pour le néo-malthusianisme, contre l’immoralité des moralistes (1910) ; Georges Hardy, Malthus et ses disciples (1910) ; F. Kolney, La Grève des ventres (1908) ; La société mourante et le néo-malthusianisme (s.d.).
Humbert organisa aussi de nombreuses conférences avec une équipe d’orateurs composée de Sébastien Faure, Nelly Roussel* et Auguste Courtois* et des distributions de moyens anti-conceptionnels. Cette propagande lui valut d’être poursuivi à plusieurs reprises, comme à Rouen en 1909 où, avec Liard-Courtois, ils furent condamnés pour avoir distribué des tracts dans des maisons privées, respectivement à deux mois de prison et 500 francs d’amende et à un mois de prison et 300 francs d’amende. En 1911 Humbert fut écroué à la Santé.
Lors de la déclaration de guerre à l’été 1914, il devint insoumis et se réfugia en Espagne où il participa activement à la lutte contre la guerre. Il fut l’un des organisateurs du Congrès international contre la guerre tenu à El Ferrol (Galice) du 30 avril au 2 mai 1915.
Rentré en France début 1921, il fut rapidement arrêté et condamné le 5 mai par le conseil de guerre de Paris à 5 ans de prison, le maximum prévu, pour « insoumission ». Le 29 décembre suivant, pour « provocation à l’avortement », il fut condamné à 2 ans de prison et 3000 francs d’amende.
Libéré le 13 janvier 1924, il entra au service de publicité des journaux Paris-Soir et Le Merle Blanc. En 1928, il fut le directeur de la Librairie du progrès et des livres pour tous, située 142 rue Montmartre (2e arr.), et l’année suivante fonda la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle. En 1931, il publia le journal La Grande Réforme (Paris, 100 numéros du 1er mai 1931 à août 1939) qu’il mit au service de la Ligue de régénération humaine dont il était par ailleurs le secrétaire en 1932. La Grande Réforme publia également au moins deux brochures : V. Margueritte, Education sexuelle (1931) ; M. Devaldés, Une guerre de surpopulation : les enseignements de la guerre italo-éthiopienne (1937).
Humbert collabora au numéro unique de L’Amnistie (Paris 14 janvier 1933) tiré à 120.000 exemplaires pour demander que le projet d’amnistie soit étendu aux victimes de la loi de 1920 : les militants néo-malthusiens et les condamnés pour des avortements provoqués. Il collabora à la même époque à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure.
Dans les années 1930, il fut également membre du bureau de l’Union des intellectuels pacifistes dont le président était Gérard de Lacaze-Duthiers* et qui publiait le journal La Clameur (Paris, 1932-1936).
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Humbert se réfugia avec sa compagne à Lisieux chez leur fille. C’est là qu’après avoir procuré un ouvrage néo-malthusien à quelqu’un, il fut arrêté et condamné à 18 mois de prison par le tribunal correctionnel de Vervins le 11 mars 1943, puis par la cour d’appel de Reims le 7 mai, à 2 ans de prison pour « propagande antinataliste ». Tombé malade à la prison d’Amiens, il fut transféré à l’hôpital civil. « Quelques temps après ce transfert, la prison est bombardée : la partie où se trouvait la cellule d’Humbert est détruite, et tous les détenus qui avaient été, dans cette cellule, ses compagnons de captivité, sont tués. Il l’a échappé belle. A l’hôpital Humbert éprouve un certain sentiment de sécurité… Le jour de la libération approche. Il prend des dispositions pour son retour, non pas à Lisieux, qui est en ruines, mais à Paris, où sa famille l’attend… Le dimanche 25 juin 1944, exactement la veille de sa mise en liberté, Amiens est à nouveau bombardé : une bombe tombe sur le pavillon de l’hôpital où se trouve Humbert qui est tué sur le coup. » (M. Devaldés in Ce Qu’il Faut dire, n°2, 10 janvier 1945).
Outre les organes qu’il avait fondé et ceux cités ci-dessus, Eugène Humbert collabora à plusieurs titres de la presse libertaire et pacifiste dont La Clameur (Paris, 1932-1936) de René de Sanzy, L’En Dehors (Orléans, 1922-1939), Simplement (Ivry, au moins 44 numéros de 1931 à août 1938).
Le journal La Voie de la Paix (Auberville-sur-Mer) d’Emile Bauchet* édita par ailleurs, en 1970 la brochure de Jeanne Humbert, Deux grandes figures du mouvement pacifiste libertaire : Eugène Humbert et Sébastien Faure.

SOURCES : APpo non versées — J. Humbert, Eugène Humbert, la vie et l’œuvre d’un néo-malthusien, 1947— R. Bianco, « Un siècle de presse anarchiste d’expression française 1880-1983 », Aix-Marseille I, 1987— La Révolte, année 1891 — Les Temps Nouveaux, n°44, 28 février 1896 — Ce Qu’il faut Dire, n°2, 10 janvier 1945 — Elinor Accampo, Blessed Motherhood, Bitter Fruit : Nelly Roussel and the politics of female pain in Third Republic France, Baltimore, The John Hopkins University, 2006. — D’importantes archives d’Eugène Humbert et d’Henriette Jeanne Humbert-Rigaudin ont été versées à l’IISG d’Amsterdam par Francis Ronsin, qui en a fait une présentation détaillée.

Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckel

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