GHISLAIN René [JISLA Jean Mathieu, dit]

Par Jean Maitron, Rolf Dupuy, Solofo Randrianja et Jean Sagnes

Né le 26 mars 1891 à Montpellier (Hérault), mort en octobre 1934 ; ouvrier puis employé de mairie ; militant anarchiste puis communiste.

De son vrai nom Jean Mathieu Jisla, René Ghislain travailla en usine durant son adolescence puis, à partir de 1912, fut employé de mairie à Montpellier. Le 6 septembre 1915, il épousa à Montpellier Marie, Julie Rabier. Il fit la guerre de 1914 à 1918 où il fut blessé à deux reprises, et, à son retour, en 1919, adhéra au mouvement anarchiste.

Il devint secrétaire du comité de défense sociale de l’Hérault qui adhérait à l’Union anarchiste (UA). De 1919 à 1932, il fut un des principaux militants anarchistes de l’Hérault et du groupe d’études sociales de Montpellier. Il était membre de la Fédération Révolutionnaire du Languedoc fondée à Béziers le 29 octobre 1924 et, lors du congrès tenu les 15-16 août 1925, il fut nommé secrétaire de la Fédération. Orateur de talent, il était un très actif propagandiste, secrétaire du comité antiparlementaire local, multipliant les prises de parole publiques, développant des thèmes anticolonialistes et portant la contradiction dans des dizaines de réunions communistes, socialistes, confédérées et unitaires. Il fut le 16 décembre 1926 l’un des organisateurs avec Louis Vaillaux du meeting tenu à Nîmes en faveur de Sacco et Vanzetti et des militants espagnols Buenaventura Durruti et Francisco Ascaso.

Il collabora au journal L’insurgé (Paris, 60 numéros du 7 mai 1925 au 26 juin 1926) publié par André Colomer après son départ de la rédaction du Libertaire. Il s’opposa notamment à Doriot, Monmousseau et Colomer, au retour d’URSS de ce dernier. Il écrivait également dans le Libertaire et dans Montpellier-Ouvrier (1927). En 1926 il fit paraître une brochure, Tu ne tueras point, et tenta, sans succès, de développer dans l’Hérault la CGT-SR.

En 1928, il était le secrétaire du Comité antiparlementaire local. Pour un article paru dans Le Libertaire du 13 avril 1929, il comparut devant la onzième chambre correctionnelle et fut condamné, ainsi que Edgard Delobel, gérant du journal, à treize mois de prison et à 2000 f d’amende ; à ses juges, après avoir rappelé l’exécution de Romanov le 17 juillet 1918, ainsi que celle des révolutionnaires, de Jeanne Labourbe à Sacco et Vanzetti, il déclara : « Nous saurons abattre les valets de la bourgeoisie, s’ils se mettent en travers de notre route » (cf. Libertaire, 17 août 1929). La peine fut confirmée le 13 janvier 1930 et Ghislain fut arrêté. Il fut emprisonné à Clairvaux où il côtoya notamment le responsable communiste André Marty.

Il participa comme délégué de Montpellier au congrès de l’Union Anarchiste Communiste Révolutionnaire (UACR) qui eut lieu à Toulouse les 17-18 octobre 1931. Sébastien Faure disait de lui qu’il était « en état d’exposer fort bien nos idées » (cf. Libertaire, 19 juin 1931). Mais, influencé par l’attitude de Colomer, il évolua peu à peu vers le communisme et, après un voyage en URSS, il adhéra au Parti communiste en 1932 ainsi qu’aux Amis de l’Union soviétique. Il apporta à son nouveau parti sa fougue et ses talents de propagandiste. Il devint également le responsable départemental du Secours Rouge International (SRI) et participa à la campagne en faveur de la libération du bagnard anarchiste Paul Roussenq.

Il fut l’un des premiers souscripteurs au journal anarchiste Terre Libre (n°1, mai 1934), organe de l’Alliance libre des anarchistes de la région du Midi, et avait conservé le drapeau noir du groupe montpeliérain Spartacus que les compagnons lui demandèrent de rendre lors des funérailles du militant anarchiste Paul Martin en 1934. En octobre 1934, il fut candidat du PC au conseil d’arrondissement dans le 3e canton de Montpellier. Quelques jours plus tard, il trouva la mort dans un accident de motocyclette.

René Ghislain avait également collaboré à L’Anarchie (Paris, 1926-1929) et au Réfractaire (Paris, 1927-1932) organe de la Ligue des réfractaires à toutes les guerres.

Jean Jisla est appelé Jiscla dans de nombreuses sources.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153677, notice GHISLAIN René [JISLA Jean Mathieu, dit] par Jean Maitron, Rolf Dupuy, Solofo Randrianja et Jean Sagnes, version mise en ligne le 30 mars 2014, dernière modification le 16 décembre 2018.

Par Jean Maitron, Rolf Dupuy, Solofo Randrianja et Jean Sagnes

ŒUVRE : Tu ne tueras point, Nîmes, 1926 — Contre le fascisme, La Brochure mensuelle, 1926.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13034, rapport du 1er décembre 1931. — Arch. SLOTFOM, cote 5 III C 29. — État civil de Montpellier. — Note de René Bianco. — L’Insurgé, 22 août 1925 (compte rendu du congrès) — Terre libre, n°8, décembre 1934 (nécrologie). — Arch. Dép. Gard 1M756. — R . Bianco, Un siècle de presse, op. cit. — Le Travailleur du Languedoc, n° 460, 3 novembre 1934. — Note D. Vidal. — Infos données par la famille.

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