TAFFET Alphonse [TAFFET Jean-Baptiste, Alphonse, Auguste] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Henri Manceau, notice révisée par Dominique Petit

Né le 31 décembre 1876 à Thin-le-Moutier (Ardennes), mort le 31 décembre 1949 à Souday (Loir-et-Cher) ; ouvrier lamineur ; syndicaliste révolutionnaire ardennais.

Fils d’un ouvrier mécanicien, secrétaire du syndicat de la Métallurgie à Mohon (Ardennes) en 1907, Taffet était un syndicaliste ardent, libertaire et révolutionnaire, dont la combativité, voire la violence, était célèbre auprès des patrons qui l’appelaient « le gréviculteur Taffet ». Lié avec Fortuné Henry, de la colonie libertaire d’Aiglemont, près de Charleville, Taffet écrivait dans le Cubilot, feuille de la colonie. Il fut délégué aux congrès confédéraux d’Amiens, octobre 1906, et de Marseille, octobre 1908.

Taffet participa très activement à Mohon, les 14 et 15 avril 1907, au premier contact entre les syndicats ouvriers ardennais en vue de créer une union départementale. Il fit voter une motion interdisant aux secrétaires de syndicats de se servir de leur titre pour faire de l’action électorale. Dans un article du Socialiste ardennais du 24 juin 1907, il précisait sa position : « Le syndicalisme est tout dans l’action, il est une philosophie de l’action et c’est vraiment ici que l’on saisit le bouleversement provoqué par le syndicalisme dans la conception révolutionnaire. » Il fit recevoir cette année-là à Mohon cinquante enfants évacués de Revin lors de la grève de cinq mois. Libertaire, il écrivait contre la fraction politique que le peuple est « une machine à voter et à cotiser ». Mais sa violence naturelle ne lui masquait pas la nécessité de l’organisation pratique syndicale : « Il faut changer de méthode, agir plus méthodiquement. Les excitations brutales ne sont rien » (1909).

Secrétaire de l’union des syndicats ouvriers des Ardennes après 1907, il participa à toutes les grèves du département, haranguait les grévistes, fut arrêté pour excitation à la violence (aux grèves de Revin de 1907, à la grève des mouleurs Hénon, de Charleville, en janvier 1908), condamné pour provocation de militaires à la désobéissance, il connut la prison. À cette époque il publia une brochure intitulée Historique de l’Union des syndicats des Ardennes, préfacée par Griffuelhes.

On le retrouve à Sedan en 1910. Il tenait un petit café, rue de l’Horloge, où il plantait le drapeau rouge le 14 juillet avant que la police s’en empare. Il se mêlait à toutes les réunions et manifestations des syndicalistes locaux, fonda le groupe révolutionnaire de Sedan avec le concours de quelques camarades et chercha à créer un journal, Le Réveil, qui serait un organe de propagande syndicaliste et révolutionnaire, en faveur duquel il faisait circuler des listes de souscription.

La police l’arrêta au moment des émeutes d’octobre 1911 contre la vie chère, mais pour une affaire dite de « traite des blanches » en rapport, peut-être, avec les théories des anarchistes sur l’union libre. Il fut condamné à six mois de prison et 50 f d’amende pour embauchage et excitation de mineurs à la débauche. Évadé de la prison de Sedan le 25 décembre, il fut arrêté à Montceau-sur-Sambre par la police belge en mars 1912, extradé et jugé à Nancy.

En 1919 et 1920, il était en région parisienne, secrétaire du syndicat des métaux d’Argenteuil où, « inscrit au contrôle des anarchistes » de Seine-et-Oise, il jouait un rôle important à la Maison du Peuple comme responsable du « Soviet » d’Argenteuil. Remarqué pour sa violence lors des grèves des cheminots en février 1920, il était aux côtés d’Ernest Girault* et de Louis Épinette*, conseillant en particulier aux ouvriers de n’obéir strictement qu’aux ordres de leurs syndicats. Quelques mois plus tard, en juin, il organisait la réunion dite « L’envers de la grève » avec Joseph Lardeux.

En 1923 il se fixa à Bonnière-sur-Seine (Seine-et-Oise) où il installa un atelier de mécanique (réparation d’autos et de machines agricoles). Il semblait alors s’être retiré de la vie politique.

Il s’était remarié en août 1909, à la suite d’un divorce ou du décès de sa première femme. Taffet mourut le 31 décembre 1949 à Souday (Loir-et-Cher).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153670, notice TAFFET Alphonse [TAFFET Jean-Baptiste, Alphonse, Auguste] [Dictionnaire des anarchistes] par Henri Manceau, notice révisée par Dominique Petit, version mise en ligne le 30 mars 2014, dernière modification le 14 septembre 2016.

Par Henri Manceau, notice révisée par Dominique Petit

SOURCES : Arch. Nat. F7/ 13 599 et F7/ 13 772. — Le Matin, 14 décembre 1911. — Terres ardennaises, n° spécial, n°46 : Visages du mouvement ouvrier, mars 1994.

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