Né le 5 octobre 1911 au Pré Saint-Gervais (Seine), mort le 24 juillet 1992. Sangleur de journaux, berger, ouvrier du bâtiment ; écrivain prolétarien. Militant de l’UA avant la guerre, puis catholique.

Fils d’un caoutchoutier, Roger Boutefeu eut une enfance miséreuse et fut très jeune sur le « trimard ». C’est sur la route qu’il eut ses premiers contacts avec des bûcherons libertaires. Il demeurait à Paris avant la Seconde Guerre mondiale et travaillait comme sangleur dans une entreprise de presse. Il fut, en 1933, gérant de Rectitude, organe de la Ligue des objecteurs de conscience , fondée par G. Leretour*, où il écrivait sous le pseudonyme de A. Duret.
Militant de la CGT de 1929 à 1936 puis de l’Union anarchiste (UA), il écrivit : "Je serais mort à moi-même, à la vie, si je n’avais poussé la porte de la CGT et des milieux libertaires... Je dois à la CGT la connaissance. Aux milieux libertaires, la propreté".
Volontaire en Espagne à l’été 1936, il envoya plusieurs articles et comptes rendus au Libertaire. Revenu en France il fut, de septembre 1937 à août 1938, gérant du Libertaire et, en 1939, membre de la commission administrative de l’UA. Il fut également un des secrétaires de la Jeunesse anarchiste et comptait parmi les orateurs du mouvement qui intervenaient régulièrement dans les meetings de l’UA et des Jeunesses. Il demeurait à cette époque 83 rue de Belleville (Paris 20e). En 1938, avec Georges Gourdin*, il fut le responsable du bulletin L’Exploité (Paris, n°1, 17 mars 1938), organe des groupes d’usines de l’Union anarchiste, dont un deuxième numéro devant paraître le 8 avril n’a pas été retrouvé.
Condamné en janvier 1939 à douze et dix-huit mois de prison pour « provocation de militaires à la désobéissance dans le but de propagande anarchiste », il se convertit au catholicisme pendant sa détention à la prison de la Santé. Il écrivit par la suite plusieurs ouvrages où il raconta sa joie d’avoir " rencontré Dieu " (cf. Je reste un barbare et Journal du barbare). Lors d’un entretien au CIRA de Marseille en 1980, il justifiait sa conversion par une vision qu’il aurait eu à sa sortie de prison : il aurait soudainement apperçu le visage du Christ dans le fessier d’une demoiselle qui marchait devant lui !
À sa sortie de prison le 2 septembre 1939, il ne semble pas s’être rallié au pétainisme.
A la Libération il collabora à la revue Maintenant (Paris, 1945-juin 1948, 10 numéros) fondée par Henry Poulaille, puis aux Cahiers du peuple (Paris, 1946-1947, 3 numéros) fondés par Michel Ragon.
En 1949, R. Boutefeu résidait à La Tanche (Isère). Marié au Pré-Saint-Gervais (Seine) le 17 juillet 1937 avec Lucie Couture puis à Paris (XVIIe arr.) le 26 novembre 1949 avec Jacqueline Baudouin, et père de six enfants, il mourut à Agey (Côte-d’Or) le 24 juillet 1992.
Renouant avec le christianisme social, Roger Boutefeu écrivait : "Charnellement, je suis lié aux faibles, aux exploités, sprituellement lié à leur âme collective, à leur idée de vie. La volonté de faire avancer l’heure de la justice, de la paix et de la fraternité me tient debout... Le fait d’être de l’Egilse, d’en faire partie intégrée et intégrante n’y change rien : le peuple est proche du Seigneur. Je ne puis aimer les pauvres et avaliser un système économique et social qui en fabrique par millions". Boutefeu que Michel Ragon qualifie d’appartenir à une espèce rare "un écrivain prolétarien chrétien" présentait "l’originalité d’être en plus d’un remarquable écrivain, l’un des meilleurs écrivains ouvriers de cet après-guerre, avec Navel*" (cf. M. Ragon, op. cit.)

ŒUVRE : Veille de fête (1950, autobiographie sur sa jeunesse et sa période anarchiste) — Mur blanc (Seuil, 1965, roman sur son expérience espagnole) — Je reste un barbare (1962) & Journal du Barbare (1972) sur sa conversion.

SOURCES : Arch. PPo. cartons 49 et 50, et BA 1899n, rapport du 8 août 1938. — Témoignage de N. Faucier. — Presse. — SIA, n°16, 2 mars 1939 — Entretien avec Boutefeu, année 1980 — M. Ragon, Histoire de la littérature prolétarienne de langue française, Albin Michel, 1986 — Précisions de l’un de ses fils (août 2012).

Jean Maitron, notice révisée par Rolf Dupuy

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