HALLÉ Maurice, Marie, Eugène [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron

Né le 17 octobre 1888 à Oucques (Loir-et-Cher) ; mort le 6 février 1954 à Paris 13e, fils d’un charron ; poète, chansonnier anarchiste ; cofondateur de La Vache enragée.

Maurice Hallé travailla tout d’abord avec son père, maître-charron à Oucques dans la Beauce. À quinze ans, il vint à Paris comme garçon de salle, mais ne pouvant supporter ce travail qui ne lui laissait aucun répit pour lire et s’instruire, il retourna chez son père.

En 1910, il réussissait à faire paraître une plaquette de vers, Au pays où qu’on parl’ ben. Il chantait le dimanche dans les cabarets du canton, mais ses vers satiriques ne furent guère appréciés des fermiers qui délaissèrent le maître-charron, et celui-ci dut liquider son atelier. Après la mort de sa mère, qui était cultivatrice, Hallé revint à Paris. Il se lia alors avec des chansonniers qui l’aidèrent et il chanta dans des cabarets. Il fréquentait également les milieux libertaires, ce qui lui valut des tracasseries policières et il connut même la prison. C’était en 1913 et il collaborait alors à la Muse rouge et à la Guerre sociale.

Réformé durant la Première Guerre mondiale, Hallé continua à se produire dans les cabarets. Le 18 mai 1917, il lança l’hebdomadaire La Vache enragée, et fonda, en 1919 " La Goguette de la Vache enragée " qui finit par s’établir place Constantin-Pecqueur, XVIIIe arr. Le cabaret était en même temps la mairie de la Commune libre de Montmartre que Hallé constitua avec le peintre Jules Depaquit et dont il était maire. En 1921, il créa avec le poète Roger Tozini la " Foire aux Croûtes ", exposition de peinture en plein air. La même année, il fit paraître un recueil de poèmes Par la grand’route et les chemins creux.

Des artistes, des lettrés fréquentaient la " Goguette de la Vache enragée ". Ils venaient entendre ce tout petit bonhomme flottant dans un vieux costume de velours et dont la voix fluette grinçait dans l’aigu " (cf. Contre-courant, 10 avril 1954, étude de Serge-Paul), le poète beauceron qui, dans ses chansons, avait conservé le parler du terroir, qu’il célébrât les vagabonds, ou qu’il s’élevât contre la guerre et les injustices.

En 1928, après de mauvaises affaires, Hallé fut expulsé de son cabaret. Il avait fini par trouver un emploi de correcteur au Journal Officiel. On devait l’entendre encore, après la Libération, dans des goguettes, au Balto, rue Custine, dans le XVIIIe arr., puis à " l’Acropole ", près de la Porte d’Orléans.Le 19 décembre 1922, M. Hallé avait épousé Marguerite, Marceline Veschambre. Une rue de la ville d’Oucques porte le nom du chansonnier.

Jean Maitron

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153654, notice HALLÉ Maurice, Marie, Eugène [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron , version mise en ligne le 15 avril 2014, dernière modification le 24 août 2017.

Par Jean Maitron

SOURCES : Contre-courant, 20 février et 10 avril 1954. — Espoir, 4 et 11 octobre 1970 (étude du Dr Herscovici). — Renseignements fournis par M. le maire de la ville d’Oucques, 26 novembre 1986 et par M. Jean Terrier d’Oucques — R. Bianco, Un siècle de presse, op. cit.

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