Né le 20 mars 1842 à Bastia (Corse), mort le 24 juillet 1901 au Tonkin ; enseignant ; secrétaire correspondant de la section de Barcelonnette de l’Internationale fondée en 1870, par la suite membre de la section de Marseille (Bouches-du-Rhône).

Aîné d’une fratrie de 12 enfants et issu, par son père médecin, d’une très ancienne famille Corse, Charles Alerini avait obtenu son baccalauréat ès sciences en 1862 au lycée de Bastia où l’année suivante il fut nommé aspirant répétiteur. Dispensé de service militaire comme membre de l’instruction publique, il fut ensuite transféré aux lycées d’Avignon et de Marseille
Maître répétiteur au lycée de Marseille, puis préparateur chimiste, il fut nommé en octobre 1869 professeur de sciences physiques au collège de Barcelonnette (Basses-Alpes). Charles Alerini était alors le secrétaire correspondant de la section de Barcelonnette de l’Internationale (AIT) fondée en 1870, et par la suite fut membre de la section de Marseille (Bouches-du-Rhône), et membre de la section exécutive de la Commission départementale insurrectionnelle des Bouches-du-Rhône (fin mars, début avril 1871).
Suspendu, en avril 1870, de ses fonctions au collège de Barcelonnette en raison de son action militante, Alerini devint gérant du Rappel de Provence. Désormais, il prit une part très active à l’action de l’Internationale à Marseille où il collabora étroitement avec Bastelica*. Le 20 mai, il fut arrêté pour adhésion à une société secrète (l’Internationale).
Le 8 août 1870, il participa à l’occupation de l’Hôtel de Ville de Marseillle et, notamment avec Combe Etienne* et Matheron, à l’organisation d’une éphémère Commune révolutionnaire ayant à sa tête Gaston Crémieux. Incarcéré après l’échec de cette tentative, il fut libéré le 4 septembre à la proclamation de la République.
Lors du mouvement insurrectionnel du 23 mars 1871, Alerini fit partie de la Commission départementale de douze membres. Le rapport de la notice-contumax, du 18 avril 1879, s’exprime ainsi sur son rôle dans ces circonstances (cf. Arch. Nat.) : « Alerini a été avec Crémieux et Mégy une des fortes têtes du comité ; énergique, actif, intelligent, il a mis ses connaissances de professeur au service de l’insurrection. Le 23 mars, il dresse avec les contrôles de l’Internationale la liste des membres de la Commission départementale : il fait partie du comité directeur ; se fait remarquer par son activité, rédige ou contresigne de nombreuses pièces et semble être le bras droit de Crémieux. Il organise activement la résistance armée, requiert des fusils, des munitions, et prend part à tous les actes de l’insurrection. Mais, le 4 avril, il est encore à la Préfecture quand les autres chefs ont depuis longtemps fui le danger ; il est allé en parlementaire près du général. »
Après l’échec du mouvement, Alerini passa en Espagne. Il fut condamné à mort par contumace, le 24 janvier 1872 et gracié sept ans plus tard, le 17 mai 1879. En attendant, il poursuivit son action militante. Vers décembre 1871, il avait été initié au groupe secret constitué par certains membres appartenant à l’Internationale, l’Alliance de la Démocratie socialiste, créée par Bakounine* au printemps 1870.
Tant sur le plan espagnol que sur le plan français, Alerini fut mêlé à la vie de l’Internationale « antiautoritaire » qui combattit l’Internationale « marxiste » après le Congrès de la Haye. J. Guillaume*, qui l’appréciait, parle de son « coeur chaud », de sa « droiture », de sa « vaillance simple et sans phrases ».
À La Haye, il fut au nombre des délégués de la Fédération régionale espagnole et signa la déclaration de la minorité bakouniniste. À l’issue du congrès, le 15 septembre 1872, il assista à la réunion antiautoritaire internationale tenue à Saint-Imier et dont il fut un des trois secrétaires. Le Conseil général « marxiste » l’exclut le 30 mai 1873.
Au printemps de 1873, avec Brousse* et en s’adjoignant Camet* venu de Zurich, il constitua à Barcelone un « Comité de propagande révolutionnaire socialiste de la France méridionale ». Tous les trois exposèrent leur programme dans une circulaire autographiée — « nous nous placerons sur le terrain de l’an-archie » — et publièrent le journal de langue française La Solidarité révolutionnaire, sous-titré "organe socialiste-révolutionnaire ; An-archie, collectivisme, matérialisme" qui eut dix numéros (10 juin-1er septembre), afin de préparer en France un mouvement insurrectionnel. Mais Brousse se fixa en Suisse, Camet rentra en France et le journal cessa de paraître.
Au congrès de Genève, 1-6 septembre 1873 (6e congrès de l’Internationale « antiautoritaire ») Alerini fut, avec Brousse, un des cinq délégués de la Fédération régionale espagnole ; il représenta également la section de langue française de Barcelone et, avec Pindy*, Montels* et Perrare*, plusieurs sections françaises illégales.
A son retour en Espagne il se montra très actif à Barcelone au Centre des Sociétés ouvrières. Par la suite, pendant plus de deux ans, il fut emprisonné à Cadix où il avait été arrêté lors d’une tournée de propagande. En septembre 1875, à la demande de Bakounine, Errico Malatesta alla à Cadix pour organiser son évasion. Mais après que les camarades locaux avaient préparé son embarquement et que les gardiens avaient été soudoyés, Alerini refusa finalement de partir. Selon Malatesta "Alerini avait peut être une petite amie locale ou était peu enclin à réintégrer la vie révolutionnaire" (cf. M. Nettlau, La vida de Errico Malatesta).
C’est encore en prison qu’il apprit la mort le 1er juillet 1876 de Bakounine et qu’il adressa en septembre à J. Guillaume une longue lettre publiée dans le Bulletin de la Fédération jurassienne (octobre 1876) sous le titre "Une page de vie de Bakounine".
En avril 1877, avec Pindy*, Brousse et Dumartheray*, il fit partie du Comité fédéral de la Fédération française de l’AIT qui tint congrès le 19 août 1877. Il en était encore membre en novembre avec Jeallot*, Hippolyte Ferré, Dumartheray et Pindy. Charles Alerini est ensuite parti pour Le Caire (Egypte). Il fut professeur à Alexandrie où il fut sans doute membre du Cercle européen d’études sociales et où en 1881 il donna deux conférences avec le compagnon italien Ugo Parrini "l’Orso", qui à cette époque avait fondé une petite imprimerie clandestine (voir La Protesta Umana, San Francisco, 21 novembre 1903).
Gracié de sa condamnation à mort le 17 mai 1879 , Charles Alerini rentra en France en 1881 où il fut nommé chef de cabinet de Péricles Grimanelli, Préfet dans les deux Sèvres et ancien avocat républicain de Marseille qui avait géré son dossier de grâce. De 1881 à 1888, il le suivit dans ses divers postes à Bastia (Corse), Annecy (Haute Savoie) et Nîmes (Gard) avant d’obtenir en 1888 un poste en Indochine comme administrateur et président d’un tribunal (1900). Selon les postes, il fut juge au civil, et/ou officier d’Etat civil, chagé d’établir les budgets et de l’exécution des travaux publics mais aussi de représenter la France auprès des visiteurs occidentaux. Il dénonça également les abus de l’administration
Charles Alerini, qui s’était marié en septembre 1880 à Alexandrie avec Marie-Catherine de la Rocca dont il eut 5 enfants – dont un fils prénommé Alerius –, est mort le 24 juillet 1901 à Vinh (Tonkin) des suites d’un paludisme chronique.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/866, n° 7841. — Arch. PPo., B a/440 et E a/5 (14). — J. Guillaume, L’Internationale, Documents et souvenirs (1864-1878), Paris, 4 vol., 1905-1910, passim. — Le Conseil général de la 1re Internationale. Minutes, 3e vol., Moscou 1964. — Notes de Rolf Dupuy et de descendants d’Alerini.

Antoine Olivesi, Jean Maitron. Notice révisée et complétée par Marianne Enckell

Version imprimable de cet article Version imprimable