MANARANCHE Robert [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né en 1919 en Algérie, mort début novembre 2004 en région parisienne ; responsable à Alger du syndicat CGT des typographes ; marié en 1943 à Lucette Larribère*, membre du Comité central du PCA ; soutien de l’action clandestine du PCA ; arrêté et interné en 1957, expulsé en France ; docteur es-sciences, enseignant à l’université de Paris 7 ; directeur scientifique de l’Association française contre les myopathies et président du laboratoire généthon.

Robert Manaranche
Robert Manaranche

Les grands parents de Robert Manaranche sont arrivés en Algérie en 1871 ou tout après ; marqués par le soulèvement des communards qui n’a pas eu lieu qu’a Paris ; le Commune d’Alger est très coloniale et colonialiste. Les parents en conservent le vote à l’extrême gauche et plusieurs membres de la famille adhèreront au parti extrême, donc après 1920 au Parti communiste.

Ayant perdu son père très jeune, l’enfant Robert Manaranche, grandit entre 1925 et 1935, chez des cousins colons à Fromentin entre Ténès et Orléansville (Chlef), qui avaient obtenus à bon compte des lots de colonisation. Robert Manaranche découvre comment chez ceux qui se disent « petits colons », on peut à la fois être communistes, exploiter la main d’œuvre agricole et manifester un racisme pratique et explicite.

Sa mère qui est vendeuse, ne peut assurer à Alger la poursuite de ses études secondaires ; il devient très tôt apprenti typographe, puis un typographe recherché ; mais son activisme syndical à la CGT lui vaut d’avoir à changer d’ateliers d’imprimerie. Fréquentant les cours à la Faculté d’Alger, les cours de philosophie en particulier ; après le débarquement allié de novembre 1942, il milite avec les étudiants communistes et adhère au PCA. En 1943, Lucette Larribère*, de cette famille Larribère des communistes oranais, achève à la Faculté d’Alger sa licence d’histoire-géographie ; les jeunes gens se marient en 1943 ; ils auront deux garçons, Pierre né en 1946 et Jean en 1952.

Robert Manaranche est principalement le secrétaire du syndicat CGT des typographes, très combatif particulièrement à partir de 1947 en temps de guerre froide. Il laisse les premiers rôles à Lucette Manaranche-Larribère qui est la responsable de l’Union démocratique des femmes, devient journaliste à Liberté puis à Alger Républicain, et entre au Comité central du PCA ; il est un des collaborateurs de la revue Progrès publiée par le PCA.

Le domicile à Alger reste conjugal et les enfants présents alors que se prépare et s’affirme la liaison entre Bachir Hadj Ali* qui monte à la direction du PCA et Lucette Larribère*. La maison va devenir un refuge très surveillé à partir de 1955 quand les dirigeants communistes sont en clandestinité. Pour sa part, Robert Manaranche apporte un concours considérable à l’établissement et au déplacement des éléments d’imprimerie et à l’impression des tracts et des journaux clandestins du PCA.

En janvier 1957, les parachutistes français investissent l’appartement. Robert Manaranche est retenu 4 mois au centre de tri de Beni-Messous, dans le plus total isolement ; on le croit disparu. Il est ensuite transféré au camp de Lodi (Draa Essamar) près d’Oran où il peut recevoir l’assistance de la famillle Larribère qui a recueilli les enfants à Oran comme ceux de Bachir Hadj Ali.*. Selon Henri Alleg*, amené un temps au camp de Lodi, Robert Manaranche excelle à donner des cours tant sa culture est étonnante, dans l’enseignement mis en place par René Justrabo* lui aussi détenu ; l’ancien maire de Sidi-bel-Abbès fait autorité dans le camp. Après trois ans de détention, il est expulsé vers la France où il s’installe avec ses enfants et se marie une seconde fois.

Ayant soutenu une thèse de doctorat en sciences, il enseigne à l’Université de Paris 7. Il conduit alors des recherches de génomique médicale et devient en 1991, directeur scientifique de l’Association française contre les myopathies et président de 1995 à 1998 du laboratoire Généthon, qui bénéficie de l’apport de l’argent recueilli par les campagnes médiatiques dites du téléthon. Lors de son inhumation le 4 novembre 2004 au cimetière de Villejuif au sud de Paris, aux hommages scientifiques, Henri Alleg* apporte le salut des communistes ayant milité en Algérie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153472, notice MANARANCHE Robert [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 15 février 2014, dernière modification le 31 décembre 2016.

Par René Gallissot

Robert Manaranche
Robert Manaranche

SOURCES : H. Alleg, La guerre d’Algérie, op. cit., t.1. – Témoignage de Paulette Larribère dans A. Dore-Audibert, Des Françaises d’Algérie dans la guerre de libération,. Karthala, Paris, 1995. –Lucette Larribère Hadj-Ali, Itinéraire d’une militante algérienne, Éditions du Tell, Blida, 2011. – L’Humanité, 9 novembre 2004, hommage d’Henri Alleg* aux obsèques. – Site internet Histrecmed, histoire de la recherche médicale en santé publique, "Entretien avec Robert Manaranche", 2002. — L’Humanité, 9 novembre 2004. —
http://www.histcnrs.fr/histrecmedco...
http://www.humanite.fr/node/246940.— Notes de Fabrice Riceputi.

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