L’HÉVÉDER Roger

Par Jean-Paul Nicolas

Né le 26 mars 1914 au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), fusillé comme otage le 14 février 1942 au frontstalag 122 de Compiègne-Royallieu ; inscrit maritime, mécanicien ; militant communiste ; engagé dans les Brigades internationales .

Roger L’Hévéder
Roger L’Hévéder
Musée de la résistance nationale. Fichier de l’Association des familles de fusillés.

Roger l’Hévéder était un marin communiste du Havre. On sait que les ports jouaient un rôle de premier plan dans le fonctionnement de l’Internationale communiste (komintern). C’était le cas du port du Havre et L’Hévéder ainsi que ses collègues navigants ou dockers : Gruenais, Famery, Vernichon, Domurado, Nicol, Toulouzan, Couillard étaient rattachés à l’IMD (Internationale des Marins et Dockers). Leur rôle international les amenait à occuper dans l’organisation communiste une place particulière avec parfois des missions directement commanditées par l’IC ou la direction centrale du PCF. Cette activité politique parallèle tenait les marins et dockers en marge des structures locales du Parti. On évoque à ce sujet la notion de double appareil. La guerre d’Espagne accentua ce phénomène avec la création de France-Navigation, la « société rouge » au pavillon français qui possédait plusieurs navires au port d’attache du Havre, recrutait des équipages entiers de militants communistes, en vue d’aider la République espagnole en péril à s’armer.
Une lettre du commissariat central de police du Havre destinée au préfet, datée du 29 novembre 1941 indiquait que Roger L’Hévéder, militant communiste convaincu (avant la guerre), « avait poussé ses convictions au point qu’il n’hésita pas à partir comme volontaire durant la guerre d’Espagne où il resta 21 mois ». Il fut embarqué sur des navires de la compagnie France-Navigation, financée par l’IC, dont le but était de fournir à l’Espagne républicaine le ravitaillement en armes lourdes soviétiques dont elle avait cruellement besoin contre le fascisme. Le pavillon français utilisé pour transporter les avions et chars soviétiques permettait d’éviter les torpillages par l’Allemagne nazie ou l’Italie fasciste. La police signalait également dans le même courrier la présence de L’Hévéder en 1938 comme « chef de cellule » (sic) à bord du Mostagadem, navire de France-Navigation.
Roger L’Hévéder fut-il mobilisé en 1939 ou début 1940 ? On peut tout au moins affirmer qu’il se trouvait au Havre à l’automne 1940, logé chez sa mère, 18 rue Bellot, sur le port. Dans cette période, le parti, illégal depuis plus d’un an, se réorganisait, sous occupation étrangère, autour d’éléments jeunes, ouvriers et instituteurs mais aussi d’anciens des brigades et de marins de France-Navigation. L’activité principale consistait à imprimer et à diffuser au Havre journaux et tracts clandestins. Le 7 décembre 1940, une perquisition de la police française au domicile de Roger L’Hévéder constata sa « détention d’imprimés communistes récents », et aboutit à la « découverte de six rames de mille feuilles blanches destinées à l’imprimerie ». Arrêté sur le champ par la police française, L’Hévéder fut condamné à un an de prison qu’il effectua au début à la maison d’arrêt du Havre. Sa peine le rendait libérable au mois de décembre 1941 mais la lettre du commissariat central citée plus haut indiquait au préfet :« pour toutes ces raisons, la libération de L’Hévéder n’est pas souhaitable actuellement ». Il fut transféré à la prison de Rouen puis livré plusieurs mois après aux autorités allemandes qui le transférèrent le 12 Janvier 1942 au Front-Stalag de Compiègne-Royallieu.
En représailles à des attentats dans la région normande, notamment celui d’Elbeuf le 21 janvier 1942 contre un soldat allemand, Roger L’Hévéder a été fusillé, comme otage, à Compiègne, le 14 février 1942, avec Lucien Levavasseur, Jacques Samson, Chaïm Porecki (dit Henri), tous du département de Seine-Inférieure.

Dans son dossier au ministère des Anciens Combattants, l’une des pièces dactylographiée par le service n’est autre que la dernière lettre qu’il adressa à sa mère :
_ « Compiègne, le 14.2.42 6 heures à Madame L’Hévéder, 18 rue Bellot, LE HAVRE, S.I. Ma chère Maman. On est venu me chercher hier soir et j’ai couché en prison cette nuit. Je viens de comparaître devant le tribunal Militaire allemand qui m’a condamné à mort. Hélas, ma pauvre Maman, que de peine je vais te faire aujourd’hui. C’est sans doute à cause de l’attentat de Rouen, et pourtant je n’y suis pour rien. Je serai fort, Maman et souhaite que tu le sois aussi en lisant ces quelques mots. Embrasse bien Jean et François une dernière fois pour moi, va chez Denise et Joseph et remercie-les des bontés qu’ils ont eues pour moi et reçois, ma vieille Maman avec ma dernière pensée les bons baisers de ton fils. Signé : Roger. Je pense que les marins te viendront en aide. »

Une rue du Havre porte le nom de « rue de L’Hévéder » (son prénom n’est pas mentionné), à proximité du port et du bassin Bellot.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153380, notice L'HÉVÉDER Roger par Jean-Paul Nicolas, version mise en ligne le 13 février 2014, dernière modification le 14 mars 2017.

Par Jean-Paul Nicolas

Roger L’Hévéder
Roger L’Hévéder
Musée de la résistance nationale. Fichier de l’Association des familles de fusillés.

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime, cote 51W 428 (les fusillés), 51W419 (arrêtés). – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3. – Marie-Paule Dhaille-Hervieu, Communistes au Havre, PURH, 2010. – Grisoni, Hertzog, Les brigades de la mer, Grasset, 1979.

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