PRIVAT Colette [née MOAT Colette, Élisabeth]

Par Jacques Girault, Gilles Pichavant

Née le 14 novembre 1925 à Paris (XVe arr.) ; maître-assistante d’Université ; militante communiste à Paris puis en Seine-Maritime ; député ; conseillère générale ; maire de Maromme (Seine-Maritime).

C. Privat, Roland Leroy, Louis Aragon à la fédération du PCF en 1967.
C. Privat, Roland Leroy, Louis Aragon à la fédération du PCF en 1967.

Son père était ingénieur à la Thomson-Houston. Sa mère, secrétaire de direction avant son mariage, cessa de travailler, puis, après le décès de son mari en 1941, devint sous-économe du centre d’apprentissage de Clamart (Seine/Hauts-de-Seine) où elle habitait. Comme ses deux sœurs, Colette Moat poursuivit des études secondaires puis supérieures. Après des études au lycée de Sèvres (Seine-et-Oise/ Hauts-de-Seine), bachelière, elle suivit les classes de lettres et première supérieure au lycée Fénelon à Paris, au cours desquelles elle obtint trois certificats licence de lettres classiques (littérature française, latin, grec) à la Sorbonne. L’admissibilité à l’École normale supérieure lui donna un certificat de philosophie. Pour pouvoir se présenter à l’agrégation, il fallait avoir une licence d’enseignement. Elle obtint le certificat de grammaire et philologie qui lui manquait à la faculté des Lettres de Lille, où elle avait été affectée comme boursière. Elle fut reçue en 1949 à l’agrégation de lettres classiques préparée à la fois à Lille et au cours Sévigné à Paris.

Nommée à Rouen, elle enseigna au lycée Jeanne d’Arc dans les classes secondaires puis dans la classe de lettres supérieures, jusqu’en mars 1967, date de son élection comme députée. En 1968, elle fut nommée assistante à la Faculté des lettres de Rouen, puis maître-assistante jusqu’à son nouveau mandat parlementaire en 1978. En 1981, elle fit valoir ses droits à la retraite de l’Éducation nationale.

Elle milita à la FEN-CGT jusqu’au milieu des années 1950 et fut la responsable de l’organisation dans son établissement à partir de 1949. Elle adhéra alors au Syndicat national de l’enseignement secondaire et, par la suite, au Syndicat national de l’enseignement supérieur.

Colette Moat rejoignit l’Union de la jeunesse républicaine de France le jour de sa création en 1945. Militante de l’Union des Vaillants et des Vaillantes à partir de sa création en 1946 à Paris, elle fut membre de son bureau national. Depuis 1949, comme elle avait gardé des attaches avec l’Union, avec l’accord de la fédération du PCF, elle contribua à la mise en place du mouvement, notamment dans les municipalités communistes (Petit-Quevilly, où elle participa à l’organisation de la Journée de l’enfance en juin 1950, Sotteville, Saint-Etienne-du-Rouvray) et sur le port de Rouen, où le syndicat CGT des dockers fit un « accueil chaleureux à l’initiative » (Colette Privat). En août 1951, elle emmena une forte délégation d’enfants de dockers, alors en grève car refusant de décharger du matériel de guerre à destination de l’Indochine, au Festival mondial de la jeunesse à Berlin.

Elle se maria le 23 février 1952 à Clamart avec Robert Privat, militant communiste, fils de bouquinistes, ouvrier mécanicien de précision à l’Institut d’Astrophysique à Paris, puis dessinateur industriel dans le réseau technique de l’équipement à Rouen. Ils eurent trois enfants.

Colette Privat adhéra au Parti communiste français en 1946 à la section du VI ème arrondissement de Paris. Elle fut affectée à la cellule du Muséum d’histoire naturelle (V ème arr.) en 1946-1947 puis à la cellule Hautefeuille (VI ème arr.) en 1947-1949. A son arrivée à Rouen, intégrée dans le comité de la section communiste en 1950, puis, à partir de 1961, membre du comité de la section de Rouen-rive droite et en 1962, elle devint membre au bureau de la section de Rouen-Ouest.

Elle milita à l’Union des femmes françaises, avec Germaine Pican*. Deux grandes manifestations marquèrent leur coopération. Les « Assises des femmes du textile » à Elbeuf et à Maromme, dénoncèrent l’exploitation des jeunes ouvrières et les « Assises des mères de soldats », tenues à Gonfreville-l’Orcher.

Candidate en quatrième position sur la liste « d’union ouvrière et démocratique. Pour la Défense des Intérêts Communaux et des Libertés, du Pain, de l’Indépendance Nationale et de la Paix » aux élections municipales de Rouen, Colette Privat fut élue (14eme dans l’ordre du tableau) dans la minorité communiste, le 26 avril 1953, et participa à la contestation de la politique du maire, l’armateur Chastellain. En 1959, elle figurait sur la liste du PCF qui obtint un bon résultat mais n’eut pas d’élus en raison de la modification du mode de scrutin. Pour les élections au Conseil général de 1955, elle fut proposée pour être éventuellement candidate dans le cinquième canton de Rouen, si la candidature de Victor Blot n’était pas ratifiée, ce qui ne se produisit pas. Candidate à Rouen (premier canton), arrivée en tête avec 498 voix sur 5 455 inscrits, elle était battue avec 654 voix le dimanche suivant.

Colette Privat entra au comité de la fédération communiste, devint membre du bureau fédéral puis de son secrétariat. En 1954, le PCF envisagea de lui faire suivre l’école communiste de quatre mois, mais en raison des besoins du PCF en Seine-Inférieure, elle ne fut pas retenue. "Afin qu’elle puisse davantage se consacrer à sa spécialité intellectuelle et au travail parmi les intellectuels de Rouen", selon l’avis de la section de montée des cadres, elle ne fut pas maintenue au secrétariat fédéral pour des raisons familiales. Elle resta membre du bureau fédéral jusqu’en 1990.

Au début des années 1960, elle était une des responsables du comité universitaire du Mouvement de la Paix. Elle se consacra à l’organisation d’un comité de soutien, pour tenter d’arracher à la mort le couple Guerroudj, instituteurs, condamnés par le gouvernement français à la peine capitale, pour leur participation à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Jacqueline Guerroudj était rouennaise. Le comité rassembla bientôt syndicats CGT, autorités chrétiennes et juives, enseignants du secondaire et du supérieur. Il organisa des meetings et des pétitions. Elle signa avec le secrétaire de l’union départementale CGT une lettre-pétition pour leur libération ; l’initiative fut un succès qui réunit de nombreux signataires dont des élus socialistes selon les Renseignements généraux. Ces diverses actions firent reculer le gouvernement qui accorda la grâce au couple en 1962.

Dans le bureau fédéral du PCF, elle fut successivement la responsable du travail en direction des intellectuels à partir de 1957, puis en direction des femmes à partir de 1961, enfin à nouveau en direction des intellectuels à partir de 1962, domaine qui avait sa préférence. Dans les années 1960, elle proposa à la fédération du PCF, la création d’un cercle d’études marxistes – le Cercle Politzer – qui organisa à Rouen de nombreux débats sur la politique, l’histoire, l’économie, la religion, les sciences, auquel participèrent des philosophes, des écrivains, des historiens, régionaux et nationaux. Elle fut chargée de suivre les questions idéologiques et les divers groupes de travail et d’études au début des années 1970. A partir de 1977, son champ de responsabilités s’étendit aux questions de la culture. En 1990, elle devint membre du seul comité fédéral et de la commission de contrôle financier.

A la suite de Germaine Pican* qui ne se représentait pas, candidate communiste dans la quatrième circonscription (Cleres-Pavilly, comprenant aussi les cantons de Maromme, et de Duclair) aux élections législatives en 1967, elle arrivait en troisième position avec 15 265 voix. La FGDS ne présentait pas de candidat et avait refusé d’investir André Marie, candidat radical, arrivé en deuxième position. Ce dernier se retirait en appelant ses électeurs à voter contre le général Chérasse, député gaulliste sortant. Après le désistement du candidat PSU, elle fut élue député au deuxième tour avec 26 661 voix. Pendant ce mandat, étant aussi conseillère générale, elle intervint dans les mouvements sociaux qui agitèrent la circonscription, en particulier dans le textile et les chantiers navals du Trait.

Après la dissolution de l’Assemblée nationale, candidate en 1968, elle arriva en première position avec 18 476 voix, et fut battue bien que réunissant 23 499 voix au deuxième tour sur 66 787 inscrits. En 1973, dans une quatrième circonscription modifiée, sur 73 660 inscrits, le même scénario se reproduisit (18 646, première place, 27 427 deuxième position au deuxième tour). En 1978, sur 89 280 inscrits, après avoir recueilli 21 677 voix, elle fut élue de justesse avec 38 066 voix (50, 40 % des suffrages exprimés), les reports des voix de gauche ayant été « peu satisfaisants » d’après la presse communiste. Elle siégea quelques mois comme vice-présidente de l’Assemblée nationale. Après la dissolution, en 1981, elle ne fut pas réélue.

Après avoir été battue aux élections cantonales de 1964 à Rouen, elle se présentait pour le Conseil général dans le canton de Maromme, le plus peuplé de la Seine-Maritime, en 1967, recueillant 9 044 voix (deuxième position) puis fut élue au deuxième tour avec 11 880 voix. Elle siégea au conseil général jusqu’en 2004. Elle fut réélue en 1973 (8 807, 11 266 voix), en 1979 (13 409, 17 570), en 1985 (3 406, 4 927 voix), en 1991, en 1997. Pendant ces mandats, elle présenta des rapports sur l’Éducation nationale et participa aux campagnes pour la réalisation du lycée de la Vallée du Cailly, ainsi que pour l’échangeur routier de La Vaupalière.

Élue maire de Maromme en 1977, réélue jusqu’en 1998, année où elle céda la place à son premier adjoint, Boris Lecoeur, avec son équipe, elle conduisit la reconstruction du centre-ville, « détruit à la suite d’une opération désastreuse due à Paribas » (Colette Privat), dota la commune d’équipements culturels, sportifs, sociaux, scolaires, créa deux zones industrielles. Les « Rencontres du Livre », organisées chaque année à l’automne, avec des écrivains célèbres, marquèrent la vie culturelle du département jusqu’au milieu des années 2000.

De 1981 à 1983, Colette Privat devint membre du cabinet de Marcel Rigout*, ministre communiste de la Formation professionnelle, chargée de mission pour la formation professionnelle des femmes. Avec des partenaires issus de l’enseignement, des chambres de commerce et des syndicats, elle mit en application l’opération « un métier pour réussir », expérience pilote à l’intention des 16-18 ans qui fut présentée officiellement à Rouen.

A l’origine de la création en 1994, d’une antenne rouennaise des « Amis de l’Humanité », elle devint une des vice-présidentes nationales de l’association. Par la suite, elle manifesta à diverses occasions son accord avec le Front de Gauche.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article153183, notice PRIVAT Colette [née MOAT Colette, Élisabeth] par Jacques Girault, Gilles Pichavant, version mise en ligne le 3 mars 2014, dernière modification le 7 juin 2016.

Par Jacques Girault, Gilles Pichavant

C. Privat, Roland Leroy, Louis Aragon à la fédération du PCF en 1967.
C. Privat, Roland Leroy, Louis Aragon à la fédération du PCF en 1967.
 C. Privat chez Aunay-Fortier, usine textile à Déville-lès-Rouen en 1968.
C. Privat chez Aunay-Fortier, usine textile à Déville-lès-Rouen en 1968.
 C. Privat, lors d¹un meeting au Houlme avec Gilbert Grenier, son suppléant, 1978.
C. Privat, lors d¹un meeting au Houlme avec Gilbert Grenier, son suppléant, 1978.
 C. Privat en 1990
C. Privat en 1990
C. Privat, au stand des Amis de <em>l’Humanité</em> à l¹Armada, port de Rouen, juin 2013.
C. Privat, au stand des Amis de l’Humanité à l¹Armada, port de Rouen, juin 2013.

SOURCES : Arch. Nat., F7 15741 (Dossier des Renseignements généraux de Benoît Frachon). — Arch. Dép. Seine-Maritime. — Archives du comité national du PCF et de la fédération de Seine-Maritime du PCF. — Arch. de l’UD CGT de Seine-Maritime. — Presse nationale et Paris-Normandie — Hebdomadaires communistes successifs en Seine-Maritime comme l’Avenir. — Renseignements fournis par l’intéressée. — Notes de Claude Mazauric.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément