CHÂTELAIN Eugène, Pierre, Amable

Par Jean Maitron

Né le 6 décembre 1829 à Paris, mort en 1902 à Paris ; ouvrier ciseleur, puis journaliste et agent d’affaires à Neuilly ; poète et homme politique socialiste, de 1848 jusqu’au début du XXe siècle. Membre de la Première Internationale.

Châtelain Eugène appartenait à la jeune génération qui combattit sur les barricades parisiennes de juin 1848 et sur celles des 3 et 4 décembre 1851. Les chansons qu’il avait déjà écrites et qui étaient à la composition chez l’imprimeur ne furent pas imprimées du fait du coup d’État.

Sous l’Empire, il évolua d’un proudhonisme vague vers des positions socialistes révolutionnaires de plus en plus affirmées. Sa collaboration à La République de l’ancien saint-simonien Eugène Bareste, antérieurement au 2 décembre est trop peu distincte pour qu’on puisse lui donner sous la Seconde République une couleur précise. Disons qu’il était proche des démocrates socialistes, mais sans partager probablement toutes leurs illusions et toute leur confiance en une victoire prochaine.

Agent d’affaires et publiciste pour vivre, à la fin de l’Empire, Châtelain fut, en 1870-1871, un des militants socialistes importants de la garde nationale parisienne, membre du Comité central républicain des vingt arrondissements comme du Comité central de la garde nationale. Il avait été en novembre 1870 un des fondateurs, dans le Ier arr. de la Ligue de Défense à outrance.

Il figure également sur une liste des adhérents de la section du Panthéon de l’Internationale et comptait parmi les principaux membres de la section du XIIIe arrondissement de la même organisation..

Eugène Châtelain habitait alors, 129, rue Saint-Honoré. Tolain dira – Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars 1871, p. 424 — « Il est possible que la Fédération de l’Internationale se soit faite chez Châtelain, rue Saint-Honoré ».

En tant que délégué des vingt arrondissements, il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! » Voir Ansel.

Châtelain avait du talent politique et du courage. Il combattit pendant la Semaine sanglante, puis réussit à passer la frontière. Le 4e conseil de guerre le condamna par contumace, le 14 juillet 1874, à la déportation dans une enceinte fortifiée.

Réfugié un temps dans l’île de Jersey, où il appartint à la Société des républicains socialistes fondée en 1872, il médita sur les raisons de l’échec, chanta la geste communaliste et son espoir d’une Commune victorieuse :

Quand les temps seront venus,

Aucune famille

N’aura plus d’enfants pieds nus,

Traînant la guenille.

Tout le monde aura du pain,

Du travail et du bon vin.

Vive la Commune,

Enfants !

Vive la Commune !

(Extrait de Les Exilées de 1871.)

En février 1879, Châtelain était réfugié à Londres. Marié, il s’était séparé de sa femme. Il vivait avec une concubine dont il avait eu un ou plusieurs enfants. Le 27 novembre 1879, il bénéficia de la remise de sa peine.

De retour à Paris, Eugène Châtelain ouvrit un cabinet d’affaires, 45, rue de la Tournelle, qui fut le siège social du Coup de Feu, cercle et revue politiques et littéraires, fondés en 1885. Vers août-septembre 1887, une scission entraîna la naissance du « Coup de Feu libre » qui regroupa les adversaires de Châtelain. De 1889 à 1891, La Revue européenne, toujours sous la direction de Châtelain, succéda au Coup de Feu.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article152801, notice CHÂTELAIN Eugène, Pierre, Amable par Jean Maitron, version mise en ligne le 29 janvier 2014, dernière modification le 3 février 2019.

Par Jean Maitron

OEUVRES PRINCIPALES : Réponse aux calomnies. La vérité sur M. Eugène Châtelain (précédée d’une notice biographique par M. Julien Morizot, Paris, 1867, in-8°, 15 pages (Bibl. Nat., Ln27/23202). — Il s’agit de Châtelain agent d’affaires, qui avait édité, en 1865, l’Annuaire cantonal de Neuilly, Boulogne, Clichy, Levallois... (Bibl. Nat., Lc 31/3465. – Les Exilées de 1871. Poésies, fables, chansons..., Paris, 1886, in-16°, 324 pages. (Bibl. Nat., 8° Ye/2516). Les poèmes, la préface d’Achille Le Roy et la lettre jointe d’Isidore Langlet fournissent de précieuses données biographiques, en particulier sur le combattant de la Commune que fut Eugène Châtelain. – Mes dernières nées. Poésies, fables, chansons..., Paris, 1891, in-16, 210 pages. (Bibl. Nat., 8° Ye/2844)
.Citons également parmi ses collaborations : La Commune de Paris, 10-12 septembre 1870, journal qui voulait être quotidien mais n’eut que trois numéros. — L’OEil de Marat, Moniteur des XIXe et XXe arr. (deux numéros : 29 novembre, 2 décembre 1870). — L’Almanach socialiste, édité en 1876 par L’Ami du Peuple, organe socialiste-révolutionnaire belge. – Le Coup de Feu, revue mensuelle, 1885, dont il fut le rédacteur en chef.
Il fut le secrétaire de rédaction de la revue internationale Le Droit Humain (n°1, juin 1897) dont l’administrateur était D. Perrodet (est-ce Dominique Perrodet, ancien communard ?) et ouverte à tous les courants du socialisme.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/854, n° 1713. — Arch. PPo., B a/439. — E. Bellot, Poètes et chansonniers socialistes, 1892. — Jean Varloot, Les Poètes de la Commune, Paris, 1951, pp. 44-46. — Jean Dautry et Lucien Scheler, Le Comité Central Républicain des vingt arrondissements, Paris, 1960.—La Comune di Parigi (G. Del Bo), op. cit. – Dictionnaire de Biographie française.

ICONOGRAPHIE : Portrait dans Les Exilées de 1871.

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