ZENATI Rabah [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né en 1877 à Taourirt-el-Hadjadj (commune mixte de Fort-National, Larbaa-Nath-Irathen), mort le 15 octobre 1952 à Constantine  ; instituteur, citoyen français depuis 1903  ; dans sa jeunesse, membre de la SFIO  ; cofondateur de La Voix des Humbles et collaborateur de la revue jusqu’en 1929, fondateur et animateur de La voix indigène (1929-1947), devenue La voix libre (1947-1952).

Né dans une famille de petits paysans, Rabah Zenati passe par l’École normale de Bouzaréah (1892-1895). Toute sa carrière d’instituteur se situe dans le département de Constantine : Aguemoune (commune mixte de Guergour), Ikhelidjen (commune mixte de la Soummam), puis Constantine de 1903 à sa retraite en 1928  ; il était devenu directeur d’école.

Il participe en 1922 à la création de La voix des humbles, bulletin de l’Association des instituteurs d’origine indigène, dont il deviendra le secrétaire général en 1925. En 1924, il est un des fondateurs de l’Amicale des citoyens français d’origine indigène, lancée à Constantine par le docteur Taïeb Morsly  ; il en devient vice-président en 1930 et multiplie les discours en faveur de l’assimilation par la citoyenneté française sur les tribunes de la célébration du centenaire de la prise d’Alger.

Au printemps 1929, il avait quitté La voix des humbles pour fonder La voix indigène, hebdomadaire dont le numéro un est daté du 13 juin 1929  ; il se présente comme « journal d’union franco-musulmane et de défense des intérêts indigènes », ayant pour but : « le rapprochement, l’assimilation, une Algérie définitivement française. ». En juin 1931, de caractère impérieux, R. Zenati se brouille avec ses associés et fait du journal sa chose et celle de son fils Akli, avocat.

La voix indigène soutient l’action du docteur Bendjelloul, président de la Fédération des élus musulmans du département de Constantine. Le journal s’associe aux protestations contre la circulaire Michel au printemps 1933  ; R. Zenati devient secrétaire général du Comité de défense des libertés indigènes  ; il accompagne à Paris la délégation des Élus en juin 1933. Après les émeutes anti-juives d’août 1934 à Constantine, par crainte d’une agitation xénophobe, R. Zenati prêche l’apaisement. Le Dr Bendjelloul l’accuse de s’être vendu aux juifs puis à l’administration  ; c’est la rupture. En août 1935, la Fédération des élus lance son propre journal : L’entente franco-musulmane, auquel Zenati déclare la guerre en affirmant la nécessité d’un choix clair entre l’assimilation dont il est partisan et l’association.

C’est cette même équivoque que R. Zenati reproche en juin 1936, au Congrès musulman qu’il réprouve. Devant l’inaboutissement, il abandonne la campagne en faveur du projet Blum-Viollette  ; il se rallie au projet de l’élu colonial Paul Cuttoli, soutenu au centre et aussi à gauche par des radicaux-socialistes, préconisant la citoyenneté française automatique pour l’élite, complétée par l’octroi d’une représentation particulière pour la masse, soit deux collèges. Il se rapproche de l’administration et donne, entre 1937 et 1940, de nombreux articles dans Le Républicain de Constantine, journal d’Émile Morinaud. En 1938 il publie « Le problème algérien vu par un indigène » dans Les renseignements coloniaux, supplément du Bulletin de l’Afrique française, revue du lobby colonial, qui fera l’objet d’un tiré à part, et sous le pseudonyme de Hassan, fait paraître un petit livre : Comment périra l’Algérie française.
Pendant la guerre, il ne cesse de mettre en garde contre le succès de la propagande allemande auprès des masses algériennes. Il publie en 1944 un roman Bou-el-Nouar, le jeune Algérien, en collaboration avec son fils Akli, bâtonnier de l’ordre des avocats à Guelma. Le roman obtient le grand prix littéraire de l’Algérie. Avec des interruptions, il s’efforce de continuer La voix indigène.

Le 12 février 1947, il change le titre de l’hebdomadaire qui devient La voix libre et paraît jusqu’au 6 novembre 1952. Très seul depuis la mort de son fils Akli en 1949, et de plus en plus isolé, il pressent nettement le drame qui vient : « l’Afrique du Nord est dans une situation révolutionnaire caractérisée [...] les dirigeants actuels de la politique algérienne entassent erreur sur erreur ». Il meurt désespéré, en octobre 1952. Il était officier de la Légion d’honneur, et de l’instruction publique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article152643, notice ZENATI Rabah [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 21 janvier 2014, dernière modification le 21 janvier 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : Notice de L.-P. Montoy et G. Pervillé, Parcours, op. cit., no 0, 1983. –J.Dejeux, Dictionnaire biographique des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Karthala, 1984.

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