SPORTISSE Lucien

Par René Gallissot et Jean-Louis Planche

Né le 2 octobre 1905 à Constantine, résistant abattu à Lyon le 24 mars 1944 ; instituteur en 1930 dans le Constantinois, activiste des Jeunesses communistes et syndicaliste CGTU ; sanctionné puis révoqué de l’Education nationale en avril 1935 ; permanent de la CGT à Oran, membre du Comité central du PCA en 1936 ; réintégré instituteur en France ; clandestin communiste, interné en 1941 dans des camps et évadé ; tué par un milicien de la Ligue antibolchevique.

Aîné des six enfants vivants, Lucien Sportisse fait ses études à Constantine, obtient le Brevet supérieur et réussit à titre individuel, hors établissement scolaire donc, le baccalauréat, mais ne peut poursuivre les études d’histoire qu’il voulait entreprendre. Il a adhéré à la SFIO en 1925 et envoyé des articles au périodique de la Fédération socialiste : L’Etincelle. Il quitte la SFIO en 1927. Pendant ses vacances passées en famille à Constantine, Lucien Sportisse milite ensuite vers 1930 aux Jeunesses communistes, malgré les perquisitions destinées à intimider sa famille. Il est le plus actif dans la relance des JC à Constantine, parmi lesquelles les jeunes Juifs tendent à être majoritaires, et seconde le docteur Cattoir*, cardiologue réputé, aux Amis de l’U.R.S.S., organisation de masse du PC qui diffuse des films soviétiques,organise des bals, des fêtes champêtres où les militants, sympathisants et électeurs de gauche se retrouvent.

Si la section socialiste de Constantine n’a alors pas grande influence, les Jeunesses socialistes sont actives, et sont en rapport avec les Jeunesses communistes au travers d’un comité de liaison. Arnould, un ouvrier ébéniste, est leur secrétaire. Certains socialistes de gauche sont très conviviaux avec les communistes, tel Bouteau, dont la fille deviendra la femme de René Soler*. Arnould adhérera au P.C.A. en 1943. Massieu, militant du Parti Socialiste, employé du Trésor venu de France, sera élu conseiller municipal de Constantine en 1945 et adhérera au P.C.A.

Après le Service militaire, Lucien Sportisse demande à être instituteur. Il est envoyé dans le bled constantinois, à Aïn-Beida, puis déplacé sur la côte près de La Calle, à Jemmapes (Azzaba) ensuite et en 1932 à Akbou en Kabylie. Actif aux Jeunesses communistes et à la CGTU, il est suivi à la trace par les services policiers et l’administration qui le sanctionne. Il est censé avoir dirigé une grève des ouvriers boulangers de Constantine en octobre 1930, organisé le syndicat CGTU des dockers de Philippeville (Skikda), et fait de la propagande communiste dans le Nord Constantinois côtier. Il est d’abord exclu du SNI ; et reprend l’agitation syndicale et communiste en Kabylie jusqu’à son arrestation en 1934, à la suite d’une tournée d’une délégation de la CGTU venue de Paris avec Lucien Monjauvis, dirigeant communiste. Les Croix-de-feu, ligues d’extrême droite très coloniales, l’accusent d’avoir parlé de l’indépendance de l’Algérie à un meeting du 1er Mai. Son arrestation qui intervient en septembre 1934, a peut-être aussi un lien avec le massacre de Juifs qui vient de se produire à Constantine, en portant l’attention sur un « juif communiste », à défaut de comprendre la complexité des affrontements. L’inspection académique le révoque en avril 1935.

Il va s’employer en Oranie ; faisant le maçon, il conduit les luttes du syndicat des ouvriers du bâtiment à Oran. Emprisonné 4 mois au régime du droit commun, il fait une grève de la faim de 18 jours. La poussée du Front populaire le libère ; à la réunification syndicale, il devient permanent de la CGT et entre au bureau de l’UD d’Oran, participe aux grèves de l’été 1936, et en octobre au Congrès constitutif du PCA qui le nomme à son Comité central ainsi qu’Alice Cremadès-Sportisse* qu’il vient d’épouser. La séparation va bientôt le désespérer.

En 1937, l’administration le réintègre dans l’enseignement public à condition qu’il accepte un poste en France métropolitaine. Il est alors affecté à Puy-Saint-Vincent dans les Hautes-Alpes. Il sera ensuite nommé en région parisienne à Sevran où il devient secrétaire de la section du PCF. Il vit en France avec sa nouvelle compagne, Marguerite Raberin, professeure de français. Après avoir été mobilisé dans un régiment alpin, rendu à la vie civile, il est révoqué par Vichy, par retour sur son passé et par application des lois raciales. Il gagne la Résistance communiste en Ardèche, où en août 1941, il est arrêté une première fois. A nouveau arrêté, il passe par les prisons ou les camps de détention de Fort-Barraux et de Sisteron dans l’Isère puis de Saint-Sulpice dans le Tarn dont il sort dans une évasion fameuse d’une cinquantaine de détenus, en juillet 1943, par le tunnel qu’ils ont creusé.

Il rejoint les FTPF en Haute-Vienne, puis est envoyé à Lyon pour prendre la responsabilité du journal clandestin du Front national (appellation communiste) de la zone Sud-Est : Le Patriote assisté à l’imprimerie clandestine par Joseph Boukobza qui sera fusillé, et sa femme Paulette. C’est ainsi ce petit groupe des "Algériens de Lyon", Juifs repliés d’Algérie, qui défendent la Patrie française en parlant de libération nationale de la France et non pas de la nation algérienne.

Lucien Sportisse est abattu sur les escaliers du bureau central des PTT à Lyon (24 mars 1944) par un milicien de la Ligue antibolchevique, comme communiste juif algérien et syndicaliste, ce que tient à rappeler un rapport de la police lyonnaise : « signalé comme un des chefs communistes de France, nous savons qu’il était juif algérien et exerçant à Oran la profession d’instituteur d’Etat. A ce titre, il s’était signalé aux autorités par son activité dans l’Union départementale des syndicats ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article152323, notice SPORTISSE Lucien par René Gallissot et Jean-Louis Planche, version mise en ligne le 12 janvier 2014, dernière modification le 12 janvier 2014.

Par René Gallissot et Jean-Louis Planche

SOURCES : -Arch. Outre-mer, Aix-en-Provence, 9H49. -Arch. Wilaya d’Oran. - Presse libre, 20 août, 13 décembre 1934. – F. Albarelli, Les militants des Hautes-Alpes, mémoire de maîtrise, 1974, notes de Jean Maitron. -J-L. Einaudi, Un rêve algérien. Histoire de Lisette Vincent, une femme d’Algérie. Dagorno, Paris, 1994, et Un Algérien Maurice Laban. Le cherche midi éditeur, Paris, 1997. -–William Sportisse, Entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani. Le Camp des Oliviers. Parcours d’un communiste algérien. Presses universitaires de Rennes, 2012.

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