Nous avons la tristesse d’apprendre le décès, le 5 janvier 2014, d’Anthony Lorry, bibliothécaire et web-master au CEDIAS-Musée social et un des principaux animateurs de l’équipe du Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone.
Compétent, savant, chaleureux, amical, passionné d’histoire, c’est une grande perte pour ses proches, ses amis, et tous ceux qui collaboraient avec lui, et pour la bibliothèque du Musée social.

Anthony Lorry dans un bureau du CEDIAS
Portrait d’Anthony Lorry
Né le 4 décembre 1972 à Clichy-la-Garenne, Anthony Lorry avait été remarqué par l’historien Jacques Girault alors qu’il était étudiant de licence à Paris XIII (Paris Nord). L’année suivante, en 1996, il fit sous sa direction un mémoire de maîtrise intitulé « Recherche sur les anarchistes et les syndicats en banlieue Nord de Paris », texte qui ne comptait pas moins de 319 pages ! Lorsqu’il postula au prix Jean Maitron, son évaluateur, Maurice Agulhon, fit un rapport très favorable. Il fut bien classé, sans obtenir le prix. Il fit un DEA surLes monographies de familles de l’École de Le Play (1855-1930).
Déjà engagé politiquement et socialement du côté libertaire, il décida d’effectuerun service civil comme objecteur de conscience. Colette Chambelland, qui en était alors la conservatrice, lui suggéra de le faire à la bibliothèque du CEDIAS-Musée social. Au terme de son temps de service, où il avait eu l’occasion de faire preuve de sa rigueur, de sa méticulosité et de son sens des contacts humains, le CEDIAS décida en 1998 de le recruter et de l’intégrer dans le personnel de la bibliothèque. Bien lui en prit car Anthony Lorry fut, avec Michel Prat, le garant de la continuité de la bibliothèque du Musée social et celui qui organisa la modernisation informatique. Il s’affirma aussi comme un actif porteur des coopérations dans le cadre du CODHOS (Collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale).
Passionné d’informatique, il avait créé et animé le site Pelloutier.net consacré à l’histoire du syndicalisme révolutionnaire et de l’anarcho-syndicalisme. Il avait également mis ses compétences au service de plusieurs revues et organismes, tels la Société d’études jaurésiennes, la revue Mil neuf cent ou la Société d’économie et de sciences sociales, pour les aider à se doter d’un site Internet.
Attiré par le mouvement libertaire, il était toutefois toujours resté à la lisière du militantisme organisationnel. Après avoir demandé son adhésion à Alternative libertaire au milieu des années 1990, sans concrétiser, il s’était rapproché de la CNT. Il s’était finalement contenté d’un engagement dans le comité de rédaction des Temps maudits du n° 1 au n° 18 (1997-2004), revue où il donna plusieurs recensions. C’est dans le cadre professionnel, en tant qu’historien, qu’Anthony s’était montré le plus actif, voire suractif, se démultipliant pour participer à de nombreux projets.
Enthousiasmé par l’idée de Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone, il organisa les réunions au Musée social, créa un site de gestion du chantier et mit sa compétence et sa gentillesse au service de tous les participants. Le volume à paraître le 1er mai 2014 lui sera dédié.
Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 10 janvier au funérarium d’Herblay, commune du Val-d’Oise où il habitait, en présence d’une centaine d’amis, puis au cimetière de Fontenay-sur-Conie (Eure-et-Loir), village de Beauce d’où était originaire sa famille.

OEUVRE :
Collectif, Le syndicalisme révolutionnaire, la Charte d’Amiens et l’autonomie ouvrière, Paris, Ed. CNT Région parisienne, 2009, 271 p.

Recherche sur les anarchistes et les syndicats en banlieue Nord de Paris (1880-1912), mémoire de maîtrise d’histoire, Université de Paris-Nord, 1995, 319 p.

Les monographies de familles de l’École de Le Play (1855-1930), mémoire de DEA d’histoire, Université de Paris 1, 2002, 139 p. (sous la dir. de Michel Dreyfus et Jean-Louis Robert)
« Les publications du mouvement leplaysien, 1857-1948 », Les Études sociales, n° 129, 1er semestre 1999, p. 41-72.
« Les monographies des Ouvriers européens (1855 et 1877-79) et des Ouvriers des deux mondes (1857-1930). Inventaire et classification », Les Études sociales, n° 131-132, 1er et 2e semestre 2000, p. 93-181.
« Éléments pour une bibliographie internationale », in Confédération nationale du travail (éd.), De l’histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire. Actes du colloque international « Pour un autre futur », Paris, Nautilus-Ed. CNT-Région parisienne, 2001, p. 289-299.
« Marxistes contre libertaires. Une lettre inédite de Fernand Pelloutier à propos du congrès de Londres (1896) », Les Temps maudits, n° 11, octobre 2001, p. 81-97.
« Anarchisme et syndicalisme avant 1914 », in Michel Pigenet et Pierre Robin (dir.), Regards sur le syndicalisme révolutionnaire. Victor, Émile, Georges, Fernand et les autres… Actes du colloque tenu à Nérac, le 25 et 26 novembre 2006 : « La Charte d’Amiens a cent ans », [Narrosse], Ed. d’Albret, 2007, p. 49-70.
« De la résolution à la ‘Charte’. 1908, l’invention de la Charte d’Amiens », in Miguel Chueca (ed.), Le syndicalisme révolutionnaire, la Charte d’Amiens et l’autonomie ouvrière, Paris, Ed. CNT-Région parisienne, 2009, p. 231-246.
On trouve certains de ces articles ainsi que d’autres textes originaux d’Anthony Lorry sur le site Pelloutier.net.

SOURCES : Communiqués du DBMLF, de l’Association des archives français, du CODHOS. — http://www.pelloutier.net/welcome/index.php. — Notes de Michel Prat.

Filmographie : Anthony Lorry, apparaît dans le film de Patrice Spadoni, Fernand Pelloutier et les Bourses du travail, DVD de 59 mn, 2002.
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