PRONTEAU Jean, Sylvain, Albert

Par Massimo Asta

Né le 31 août 1919 à Paris (XIVe arr.), mort le 12 juin 1984 à Paris ; licencié en philosophie ; combattant ; résistant ; responsable national FUJP ; lieutenant-colonel FFI ; adhère au PCF (1942) ; dirige le secteur du Quartier Latin durant la Libération de Paris ; délégué à l’Assemblée consultative provisoire à Paris ; député de l’Assemblée nationale constituante ; membre du comité central du PCF (1950-1961) ; responsable de la section économique du PCF (1951-1961) ; directeur de la revue Économie et politique (1954-1961) ; député de la Charente (1946-1958) ; fondateur des éditions Anthropos ; adhère au PS (1973) ; membre du Comité directeur du PS (1975-1984) ; membre du bureau exécutif du PS (1981) ; responsable au sein du PS de l’ISER, du Groupe des experts et du Groupe d’analyse et de propositions ; président de la Caisse nationale de l’énergie (1982).

Le parcours politique de Jean Pronteau est plutôt lié aux tentatives échouées de déstalinisation internes au PCF. Résistant et dirigeant politique au profil intellectuel, communiste, puis socialiste, spécialiste de questions économiques, éditeur, il représenta une voix critique, mais pas tout à fait hérétique, au sein de l’univers communiste poststalinien. N’ayant jamais revêtu des positions de premier plan au niveau national, et pourtant toujours placé à des postes clefs au sein des organismes de parti, il appartint malgré tout au PCF pendant près de trente ans. Une partie centrale de son itinéraire biographique, qui laissa de profondes traces et influença ses aptitudes et son rôle pendant sa seconde vie politique au sein du PS.

Issu d’une famille de la petite bourgeoisie, second enfant d’Antoinette et d’Albert Sylvain Pronteau, Jean passa une partie de son enfance à Sainte-Croix-Vallée-Française, petit village du sud de la France où il fréquenta l’école communale. Le père, combattant de la Première Guerre mondiale, hospitalisé en 1917 pour avoir contracté le paludisme, fut représentant de commerce avant d’être nommé, en 1936, directeur technique et commercial de fabrication d’une usine de jouets d’Orléans.

Dès 1932, Jean Pronteau côtoyai le lycée Lakanal de Sceaux comme interne. Il entra ensuite au lycée Henri IV à Paris en 1936, où il redoubla sa Première, puis passa en hypokhâgne, s’inscrivant la même année à la faculté des lettres de Paris, avant que le déclenchement du conflit mondial ne l’oblige à interrompre provisoirement ses études.

Il s’inscrivit donc à l’École militaire d’application de l’armée de l’Air à Versailles, en tant que volontaire pour la durée de la guerre, prêt à y s’engager « pas à la légère », comme il l’écrira dans une lettre adressée à ses parents (JP 2a). Après avoir tenté dès son arrivée d’opter pour la spécialité du bombardement ou, à défaut, de la reconnaissance, il se résigna à y suivre le cours qui lui semblait le moins exaltant : l’observation, et il en obtint le brevet en mai 1940.

Un tournant décisif s’amorça avec la défaite de la France. Deux mois après la signature de l’armistice, Pronteau communiqua à ses parents : « Je ne peux plus me permettre de gâcher de gaîté de cœur les mois qui vont venir […]. Après la tempête, et je ne pense pas du tout, quoiqu’on dise, qu’elle soit terminée, il y aura peut-être encore de bonnes raisons de vivre et d’espérer… pour l’instant nous pouvons seulement nous préoccuper du lendemain sans regarder bien loin dans l’avenir » (JP 2a). Ce fut alors qu’il décida de s’engager dans la Résistance. Il entra en contact pour la première fois avec les réseaux de la Résistance à Perpignan, où son unité vint d’être disloquée. Le petit mouvement Liberté de tendance démocrate-chrétien lui confia la tâche de distribuer des tracts clandestins. Néanmoins, sa décision de se faire démobiliser au mois de novembre coïncida avec le départ de Marseille pour Paris de sa petite copine Jeanne (fille de son enseignant au lycée Henri IV de Paris, Ernest Maille), qu’il épousa quatre années plus tard.

Installé à Toulouse, il acquit très vite un rôle de dirigeant dans les mouvements de résistance du Sud de la France. D’abord, en devenant responsable des départements du Sud-Ouest au sein du mouvement Combat, puis en étant en charge de la région R 4 au sein de l’Armée secrète et, enfin, en essayant d’implanter l’Organisation de la résistance européenne en Allemagne, structure des Mouvements Unis de la Résistance ayant pour but d’opérer parmi les déportés.

Retourné à Paris, il réussit à décrocher sa licence de philosophie générale et de logique. Puis, il passa l’hiver 1943-1944 sous fausse identité dans les Hautes-Alpes, contraint à se déplacer pour des raisons de sécurité.

Quand, en octobre 1943, naquirent les Forces unies de la jeunesse patriotique, formation liée au PCF regroupant plusieurs organisations de la jeunesse, il en devint membre du secrétariat et l’un des chefs les plus influents. Son rôle de premier plan au sein de cette organisation révèle le degré de confiance dont il bénéficiait au sein du PCF. Son adhésion au parti remontait à l’été 1942, et resta initialement secrète. Cependant, les sources disponibles ne permettent pas d’indiquer dans quelles mesures son activité au sein des FUJP résulta d’une simple exécution des directives de parti, et dans lesquelles, au contraire, elle s’inscrit, au moins au début, dans un rapport plutôt que de contrôle, d’influence, voire de noyautage, où il garda une marge d’autonomie.

Parallèlement, connu désormais sous le pseudonyme de Colonel Cévennes, il devint l’un des responsables de la jeunesse de l’Organisation civil et militaire (OCM) et, en juin 1944, alors que la stratégie du PCF n’avait pas encore subi le virage imposé par Moscou, délégué militaire des FUJP auprès de l’état-major national des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

Après l’insurrection où il dirigea le commando du secteur du Quartier latin à Paris, il fut en tant que membre des FUJP, délégué à l’Assemblée consultative où il s’occupa surtout de questions militaires, en participant notamment aux séances de la Commission nationale militaire. Puis, il se consacra au même sujet d’intérêt, ainsi qu’aux questions de la jeunesse, au sein de l’Assemblée nationale, où il fut élu comme candidat tête de liste du Mouvement unifié de la Résistance française.

A forger son image de symbole de la jeunesse résistante contribua le PCF. Militant communiste désormais déclaré, il fut nommé membre du comité directeur de l’OCM, puis du secrétariat national de l’UJRF. À l’occasion de la remise de la Croix de guerre et Légion d’honneur, le bureau politique du PCF chargea Léon Mauvais d’intervenir auprès de l’UJRF à fin de garantir le caractère militaire de la cérémonie. Ce qui sera fait le 26 février 1946, dans la cour des Invalides, par les mains du gouverneur militaire de Paris, le général Paul Gentilhomme.

Avec les élections de 1946, il fut élu député d’Angoulême, une fonction qu’il conserva de façon continue jusqu’en 1958. Pour accéder au Comité central en tant que membre suppléant, il devra toutefois attendre le XIIe congrès du PCF (avril 1950). La même année, il effectua son premier voyage dans un pays de l’Europe de l’Est en se rendant à Budapest. Pendant cette période, les tons de ses interventions publiques dans la presse, notamment à l’Assemblée nationale où il fut parfois porte-parole du groupe communiste à partir de la seconde moitié de la deuxième législature, ou encore aux cérémonies officielles, comme celle de la célébration des 50 ans de Maurice Thorez pendant laquelle il lui dédia un discours flatteur, répondirent sans faille aux coutumes répandues et imposées par l’époque stalinienne.

En 1951, le parti lui confia la direction de la section économique, contrôlée jusque-là par Jacques Duclos et Léon Lavallée en tant que secrétaire. Dépourvu d’une formation universitaire en économie, il s’engagea dans cette nouvelle tâche en s’appuyant sur les lectures que lui suggéra Marcel Servin, ainsi que sur l’expérience et l’autorité de Jean Baby. Dans l’apparente immobilité du PCF thorézien de l’immédiat après-Staline, la section économique dirigée par Pronteau représenta le secteur du parti le plus susceptible d’accueillir les stimulations culturelles du dégel. Le premier numéro de la revue économique de parti, Économie et politique, qu’il dirigera pour dix années, parut en avril 1954. Il la conçut comme un instrument ne servant pas uniquement à orienter les cadres du parti et les syndicalistes, mais aussi comme un support destiné à être diffusé dans le milieu intellectuel, notamment auprès des étudiants de la faculté de droit et des professeurs de l’enseignement technique et secondaire. Il envisagea également la possibilité d’y accueillir des articles d’économistes non marxistes - même si ce souhait n’aboutira pas - et plaida pour un lien plus étroit avec les propositions du syndicat. Dans le premier éditorial de la revue il affirma : « La science économique nous apprend qu’il n’existe pas de possibilité de planification de l’économie capitaliste, fondée sur l’anarchie de la concurrence, sur la lutte pour le partage du profit, sur les intérêts contradictoires des classes antagonistes. Cela ne veut pas dire ni que ces plans sont sans effets, ni qu’il n’est pas possible d’agir sur l’activité économique pour l’orienter, même en régime capitaliste, dans un sens plus favorable aux intérêts des travailleurs et de la grande majorité de la nation » (Economie et politique, avril 1954). C’était le signe d’un certain infléchissement par rapport aux interprétations répandues pendant les années de la guerre froide au sujet du rôle de l’État en économie.

Ce rôle de porte-parole de l’innovation de la culture économique, Pronteau le maintint de façon plus déterminée après 1956, même après l’éviction voulue par Thorez du rédacteur en chef de la revue, Jean Baby, et d’autres collaborateurs de la section économique à cause de leurs positions au sujet de la paupérisation.

En mars 1957, il se rendit pour la première fois en Union soviétique. Le projet du voyage avait été abordé à Moscou pendant le XXème congrès du PCUS à la suite d’un entretien entre la délégation communiste française et le dirigeant du groupe dit « antiparti » Kaganovich. Au moment où il arriva à Moscou, le scénario au sein du PCUS était en effet encore en plein évolution. Le but de la mission reste donc probablement à encadrer dans les tentatives du PCF de se rallier aux dirigeants soviétiques opposés à la déstalinisation entreprise par Khrouchtchev. « Inutile de te dire – écrivit à Pronteau, le 12 avril 1957, Fernand Nicolon*, permanent de la section économique dont il était très proche - que je suis d’accord pour la lutte contre le réformisme et pour coordonner en ce point nos efforts avec nos amis soviétiques » (JP 30). D’ailleurs, d’après Philippe Robrieux (Histoire intérieure…, t.4, p. 461), Pronteau aurait eu la tâche de délivrer un message à Kaganovich. D’autres documents démontrent, en revanche, l’influence déterminante des idées des communistes italiens (JP 27) et sa précoce aptitude à accepter, au moins dès octobre 1956, le tournant du XXe congrès (JP cité par M. Lazar, Le Parti communiste français… p. 286-287). Léon Lavallée, militant très proche de Jacques Duclos conservant un rôle important au sein de la section économique, reprocha à Pronteau non pas d’avoir tenu une ligne erronée, mais plutôt d’avoir « manqué de fermeté dans la direction », tenant des positions dont lui-même n’était pas pleinement convaincu (JP 28).

Quoi qu’il en soit, les quatre mois passés en URSS durent être déterminants. Dès son retour, il afficha des idées de plus en plus hétérodoxes par rapport à la direction thorézienne en se montrant convaincu de la portée radicale et révolutionnaire des changements amorcés en URSS, tant au niveau de l’évolution du socialisme soviétique que de celui de ses conséquences pour l’Occident et la France, tout en considérant la politique de coexistence pacifique entre les deux blocs comme un phénomène irréversible.

Ses positions à l’égard de la déstalinisation khrouchtchévienne, de la politique interne et extérieure de De Gaulle et, par conséquent, du degré d’autonomie de l’Etat de « monopoles », ainsi que de la croissance économique dans les pays capitalistes et de la transition vers le socialisme, furent assimilées à celles dénoncées dans l’« affaire Casanova-Servin », la revue Économie et politique étant accusé d’en fournir la « base théorique ». L’écartement de Pronteau du parti se produira toutefois graduellement. En 1958, il ne fut pas réélu dans sa circonscription d’Angoulême. Deux ans plus tard, il fut provisoirement remplacé de facto à la tête de la section économique par Nicolon, puis par Henri Jourdain. Accusé d’opportunisme et d’« esprit de groupe » dans la presse de parti, le XVIe congrès du PCF (11-14 mai 1961) décida de son exclusion du comité central. L’article d’autocritique signé par Pronteau publié dans Économie et politique, et repris par l’Humanité, texte préparé à trois par lui, Fernand Nicolon et Michel Hincker, ne fut pas jugé suffisant pour sa réhabilitation.

Le 24 mai 1961, il communiqua à l’historien de l’Académie des sciences de Moscou Génia Ambarkoumov, son ami fraternel : « Je vis les jours les plus durs de ma vie » (Jean Pronteau, Éléments pour… p. 20).

Néanmoins, Pronteau continua pendant encore quelque temps à participer aux activités publiques du PCF de la Charente et à intervenir parfois aux réunions du bureau fédéral. Un rapport pour la section de montée cadre constata même la présence d’une sorte de « culte Pronteau » en Charente. Dans son fief, son exclusion du comité central ne fut pas « comprise » et les militants le considérèrent comme « une victime » de la direction du Parti (SMC, 261 J 21 / 16). Dans l’immédiat, il sembla aussi conserver de bons rapports avec Waldeck Rochet, dont le secrétariat d’ailleurs, se ralliera à certaines de ses positions. En octobre 1961, lors d’un échange de vue plutôt franc et cordial, Pronteau lui exposa la nécessité pour le PCF de « faire un grand effort pour trouver des mots d’ordre, un style d’organisation mieux adapté » aux temps et « capable de mouvoir les masses » (JP 30 cité par M. Lazar, op. cit. p. 288).

Libéré des tâches politiques, il se tourna vers d’autres activités, et reprit ses études universitaires. Avec le soutien de Georges Friedman et de Pierre Cot, il fut chargé de conférence à l’Ecole pratique des hautes études, et commença à collaborer avec le groupe de recherche « Sociologie politique du développement », tout en préparant son doctorat sous la direction de Michel Debeauvais. À la recherche d’un travail, il présenta sa candidature à l’UNESCO et, en 1965, devint directeur aux éditions Anthropos, petite maison d’édition qui réédita entre autres des inédits de Karl Marx et des œuvres du socialisme utopique. Il fonda avec Serge Jonas L’Homme et la société, revue international de recherche et de synthèse en sciences sociales, périodique visant à développer des réflexions autour d’un matérialisme se plaçant au-delà du positivisme, ni déterministe, ni structuraliste, et dont il sera co-directeur jusqu’en 1974.

Pendant la seconde moitié des années 1960, il s’engagea dans un autre projet éditorial : un ouvrage collectif d’ampleur international, en deux tomes, intitulé Les communismes dans le monde aujourd’hui, qui aurait dû être publié par les Éditions Robert Laffont, et dont Jean-Paul Sartre avait accepté de rédiger la préface. La structure des chapitres de l’œuvre, qui cependant ne verra jamais le jour, dévoile la centralité pour Pronteau de la coexistence pacifique comme élément structurant le mouvement communiste mondial et sa lecture du PCF, qui traversait, d’après lui, la phase de l’« éclatement du monolithisme ». Dans une note pour les auteurs, tous à l’exception de Sartre membres de partis communistes, il interpréta la crise du communisme, en citant de façon tacite Gramsci, comme le produit d’« une situation caractérisée à la fois par un déclin et par un renouveau, une situation où certaines valeurs ne sont plus assurées, mais où d’autres sont en train d’émerger ». Une phase historique dans laquelle « la relation dialectique entre la crise idéologique et théorique dans le mouvement ouvrier et la crise politique du système socialiste paraît suffisamment évidente pour qu’il soit inutile d’y insister ». La voie pour sortir de cette impasse apparaissait encore à Pronteau comme celle du « retour à Lénine » et de la critique mirant à préfigurer une réforme du mouvement communiste mondial. Des difficultés d’ordre pratique propres à un projet ambitieux, mais notamment les événements de Prague, bouleversèrent toutefois le terrain sur lequel un ouvrage visant à « rendre accessible au lecteur la compréhension du phénomène communiste de nos jours et dans ses devenirs possibles », avait été conçu (JP 39).

Le détachement définitif du PCF survint seulement en 1970 avec son expulsion de la cellule communiste Maïakovski (Maine-Montparnasse), décidée à cause de la publication d’une déclaration publiée dans Le Monde intitulée « Il n’est plus possible de se taire », signée par Pronteau, avec Roger Garaudy, Charles Tillon et Maurice Kriegel-Valrimont et dans laquelle ils condamnaient la répression soviétique en Tchécoslovaquie et critiquaient le centralisme démocratique du PCF modelé sur le soviétique.

Treize ans après son voyage en URSS, son jugement de l’époque khrouchtchévienne fut lui aussi modifié, de fond en comble. Ses annotations en marge du texte des thèses formulées par le groupe communiste italien du Manifesto démontrent la complète rupture avec le communisme incarné par l’Union soviétique. Tout en appréciant les « aspects positifs et à long terme de la révolution d’Octobre », il imputait désormais à Khrouchtchev d’avoir « développé la ligne stalinienne jusqu’au bout », menant « une politique intérieure et étrangère néo-impérialistes », dont Yalta aurait été le premier jalon (JP 51).

La décision de rejoindre le PS arriva seulement fin 1973, lorsqu’il adhéra au courant mitterrandien. Dans une lettre du 28 septembre à François Mitterrand (qu’il avait déjà rencontré pendant l’été en présence de son ami, l’historien tchèque Karel Bartošek,) Pronteau présenta sa décision sous le signe d’une continuité révolutionnaire avec son précédent parcours politique : « Après trente années de lutte pour le socialisme au sein du PCF j’avais estimé nécessaire, après 1970, de me cantonner dans une certaine réserve. Il me paraît maintenant qu’elle ne s’impose plus » (JP 54).

Élu au Comité directeur du PS en 1975, Pronteau s’installa rapidement à la direction des structures d’expertise internes au parti créées après Épinay. D’abord, il lui sera assigné la responsabilité de la direction de l’Institut Socialiste d’Études et de Recherches (ISER), organisme chargé d’alimenter la réflexion théorique et idéologique du parti et dans lequel il collabora pour quelque temps avec l’ancien directeur Gilles Martinet. À partir de 1976, il dirigea le Groupe des experts, structure placée à la directe dépendance du premier secrétariat voulue par Mitterrand pas secondairement pour contraster la précédente domination dans la sphère de l’expertise du CERES, en particulier celle économique. Enfin, il s’installa au Groupe d’analyse et proposition, qui remplaça temporairement entre 1979 et 1981 le Groupe des experts, ayant pour mission à partir de mars 1981 de rédiger des notes quotidiennes sur l’allure de la campagne électorale.

Sa profonde connaissance du monde communiste fut également très appréciée par la direction du PS. Après la rupture entre socialistes et communistes (septembre 1977), il fut chargé de suivre les « réactions du PC et suggérer des déclarations du PS » en s’adressant directement à Jospin et Bérégovoy. Cet apport précieux, pour sa part, Pronteau le mettra à profit du processus de rapprochement entre PCF et PS en cherchant de valoriser les positions les plus dialoguant présentes dans les deux gauches. « Si on n’avait peur des grandes phrases – il écrivit dans un rapport d’octobre 1977 destiné à Jospin - on pourrait dire que le PS a une mission historique à remplir, à savoir : renforcer la tendance eurocommuniste au sein du PCF et y affaiblir parallèlement – et si possible durablement – le clan des durs ; puis reconstruire l’Union de la gauche, vaincre ensemble aux législatives, […] faire la preuve qu’il n’y a pas antinomie entre socialisme et démocratie, et enfin apparaître comme un mauvais exemple aux régimes d’Europe Orientale » (JP 58bis).

La fascination pour la stratégie eurocommuniste conduite par Berlinguer s’inscrit naturellement dans son chemin politique. Le PCI resta pour lui un modèle duquel s’inspirer, « force décisive de la société italienne » dont les « vues sont proches » voire « communes » à celles du PS (L’Unité, 28 mars 1975).

En tant que figure hybride de politique-expert, il fut appelé à la direction de la Caisse nationale de l’énergie après la victoire de la gauche. Nommé responsable du secrétariat aux études lors du congrès du PS de Valence (23-25 octobre 1981), Pronteau défendit publiquement la nécessité et l’importance de la fonction des experts au sein du PS, mais il demeura soucieux des excès de technocratie en critiquant la massive « cooptation de petits groupes parisiens irresponsables » (JP 58bis).

Devenu membre du bureau exécutif du PS en juin 1981, il y prit parole assidûment en intervenant aussi sur les questions économiques. Ses thèses en politique économique, dans un cadre de crise économique mondiale qu’il jugeait « extrême » (6 FP 25), penchèrent pour l’immédiate application, dans sa conception la plus radicale, du programme des nationalisations ainsi que pour l’adoption de mesures visant à rendre plus protectionniste l’économie française. Avec le transfert de pouvoir décisionnel du PS vers Matignon et l’Élisée, il revendiqua la centralité de la fonction du parti et de ses organismes dirigeants.

Il resta, jusqu’à la fin, accroché à une idée de socialisme comme rupture avec le capitalisme.

L’Unité lors de sa mort lui rendit hommage avec ces mots : « Ce front si bombé, cette voix rugueuse, ce regard largement ouvert, présent aux autres, au fond duquel pourtant se préservait, comme derrière une brume, la méditation, tout cela révélait au premier abord la maturité d’une expérience originale greffée sur un tempérament d’une vigueur peu commune » (L’Unité, 22 juin 1984).

Le 8 juin 1982, à l’Élysée, lui avait été décerné le grade d’officier de la Légion d’honneur par François Mitterrand.

Pronteau eut avec Jeanne Maille deux filles, Claire, née le 17 janvier 1949, et Catherine, née le 14 mars 1950. Le 30 avril 1980 il épousa Caroline Dufour. Ils eurent deux fils, Sylvain et Lionel.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article152142, notice PRONTEAU Jean, Sylvain, Albert par Massimo Asta, version mise en ligne le 8 janvier 2014, dernière modification le 21 mai 2014.

Par Massimo Asta

SOURCES :
ARCHIVES : CAS-FONDATION JEAN JAURES : Fonds Robert Pontillon, 8 FP 3/199 ; Fond Marie-France Lavarini, 6 FP ; Fonds du Premier secrétariat François Mitterrand ; Fonds du Premier secrétariat Lionel Jospin ; Fonds Secrétariat aux études ; Fonds du Comité directeur. IHTP : Fonds Jean Pronteau, JP. Archives nationales : Fonds Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch, 626AP. Archives départementales de Seine-Saint-Denis : Archives du PCF : Section montée cadres, 261 J 21 ; Fonds Secrétariat, 261 J 5 ; Fonds Claude Willard, FRAD093/212J.
PERIODIQUES : L’Unité ; l’Humanité ; Cahiers du communisme ; Pour une paix durable, pour une démocratie populaire ; Économie et politique ; L’Homme et la société.
BIBLIOGRAPHIE : M. Lazar, Le parti communiste français, De Gaulle et la modernisation de la France, dans id., S. Courtois (sous la dir. de), 50 ans d’une passion française. De Gaulle et les communistes, Paris, Balland, 1991, p. 277-294. — Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, Fayard, Paris, 1981, tome 4, Biographies, chronologie, bibliographie. — Jean Pronteau, « Eléments pour une biographie (1919-1984) », dans Bulletin Institut d’histoire du temps présent, n. 74, novembre 1999, pp. 8-51. — Claude Willard, « Henri Claude et les débuts de la section économique du CC du PCF », dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n. 62, 1996, p. 145-152 ; René Bassole, Pierre Gonod, Fernand Nicolon, Eugène Dumoulin, « Retour sur l’histoire des débuts de la section économique du CC du PCF », dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n. 69, 1997, p. 119-130. — Maurice Kriegel-Valrimont, Mémoires rebelles, avec Olivier Biffaud, Éditions Odile Jacob, 1999. — Paul Noirot, La mémoire ouverte, Stock, Paris, 1976. — Philippe Buton, Les lendemains qui déchantent. Le Parti communiste français à la Libération, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1993. — M. Fulla, Le Parti socialiste face à la question économique (1945-1981) : une histoire économique du politique, thèse de doctorat en histoire, IEP, Paris, 2013.

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