ROUZÉ Michel pseudonyme de KOKOZCYNSKI Michieslazc [Dictionnaire Algérie]

Par Jean-Louis Planche

Né à Paris le 27 août 1910, mort le 18 février 2004 ; journaliste, membre de la SFIO (1934-1937) puis du Parti socialiste ouvrier paysan de Marceau Pivert (1938-1939) ; rédacteur en chef d’Oran Républicain en 1937, écarté en 1938 ; en 1943 à Alger, participe à la relance d’Alger Républicain ; rédacteur en chef jusqu’en 1947 ; collaborateur pendant plusieurs années de revues proches du PCF ; créateur de l’Association française pour la recherche scientifique.

La famille vient de la partie polonaise de l’empire russe. Les grands-parents allaient à la synagogue, du moins du côté de sa mère native de Kalice, son père étant de Lodz. Membres du Bund, l’Union des ouvriers juifs parti qui rejette le sionisme allié du parti social-démocrate de Russie, ses parents quittent le pays polonais à la suite de la révolution de 1905, pour la Suisse d’abord, puis pour la France où ils s’installent à Paris dans le quartier Plaisance.(XIVe arr.). À la maison on était athée, et parlait polonais. Le jeune homme fut en classes supérieures à Louis-le-Grand puis fait des études de lettres et de philosophie en Sorbonne au début des années 1930 ; il milita à la Ligue d’Action Universitaire Républicaine et Socialiste (LAURS), fondée par Pierre Mendès-France, et s’inscrit aux Étudiants socialistes. Il écrit dans l’Université Républicaine, le journal de la LAURS., d’abord sous son nom, puis sous le pseudonyme de Michel Rouzé. Cet agrégatif de lettres classiques, participa aux affrontements, souvent violents entre les formations d’extrême droite et les mouvements de gauche.
Il était marié avec Georgette Ango depuis novembre 1931. Militante anarchiste, elle s’engagea dans la guerre d’Espagne.

Par nécessité de gagner sa vie, il entra au Quotidien, ancien organe du Cartel des Gauches, tombé, après des vicissitudes, entre les mains du patron de droite Hennesy, comme secrétaire de rédaction, ce qui impliquait à l’époque d’être autant au marbre qu’à la salle de rédaction. Le journal disparut alors qu’il fait son service militaire en 1935-1936. Il fut alors militant à la SFIO , sa femme KOKOCZYNSKI Georgette venait d’être tuée dans une embuscade franquiste en Espagne où elle était infirmière à la colonne anarchiste Durruti, quand fin 1936 Charles-André Julien, prévenu par ses relations entretenues avec les socialistes d’Afrique du Nord, lui proposa le poste de rédacteur en chef d’Oran Républicain dont le lancement se préparait. Sans rien connaître à l’Algérie, mais voulant changer de monde, à la recherche d’un emploi, Michel Rouzé accepta.

Il débarqua en Oranie en ayant encore quelque illusion sur le rôle civilisateur de la colonisation. Il chanae vite de façon de voir. Il fut reçu comme un personnage important, car personne n’ignorait qu’il avait été envoyé par Charles-André Julien*, secrétaire du Haut comité méditerranéen et proche de Léon Blum. Ainsi arrivant chez le sous-préfet de Mascara, un homme de gauche, est-il ébahi de le voir, sous ses yeux, mener son chaouch à coups de pied au cul, au sens propre. Il partagea les orientations d’ouverture aux "musulmans" de Maurice Viollette et s’engagea dans la campagne en faveur du projet Blum-Viollette.

Chaque soir, il rédigeait l’éditorial d’Oran Républicain et l’apportait à Edmond Auzas, directeur du journal qui ne le retouchait jamais. Au journal, organe du Front populaire d’Oranie, socialistes et israélites ont une position prédominante. Très lié aux socialistes de la Révolution d’Espagne, Michel Rouzé participa à l’opération financière par laquelle l’Espagne républicaine investit une somme importante dans le journal.

Par sensibilité au courant de la Gauche révolutionnaire, lorsqu’en 1938 Marceau Pivert fonda le Parti socialiste ouvrier et paysan, Michel Rouzé adhèra et créa une section à Oran. Il y a beaucoup de monde à la réunion inaugurale, et cela déplut fortement à Oran Républicain. Il futlimogé avec les honneurs, restant correspondant du journal à Paris, où il fut également rédacteur à Prenza Espana, l’agence de presse de la République espagnole, jusqu’à ce que celle-ci disparaisse en mars 1939.

En France, en juin 1940, il fut fait prisonnier par les troupes allemandes et incarcéré à Troyes (Aube) d’où il réussit vite, parlant allemand et étant interprète, à se faire libérer. L’atelier de faux papiers organisé au camp porte sur son livret militaire qu’il est infirmier, car les Allemands libèrent les infirmiers dont ils n’ont plus besoin dans les camps, conformément aux conventions de Genève. À Paris, il trouva un emploi d’infirmier à l’hôpital militaire Bégin jusqu’en février 1941, puis se replia sur Marseille avec nouvelle sa femme et sa petite fille, car il y a de la famille. Il exerça divers petits métiers, fut employé au centre américain de secours, organisé par le consul des U.S.A. qui s’occupait de faire sortir d’Europe les gens menacés.

À la fin de l’hiver 1942, il accepta de rejoindre en AlgériePaul Schmitt, socialiste venant d’Oran Républicain et homme de renseignements pour le gouvernement de la France libre à Londres. Il charge Michel Rouzé du travail de renseignements pour le département de Constantine au cours de l’été 1942, au moment où les Alliés anglo-saxons envisageaient que le débarquement qu’ils préparaient en Afrique du Nord puisse s’étendre jusqu’aux frontières de la Tunisie.

Mobilisé une semaine à Alger au début de l’été 1943, Michel Rouzé est tout de suite démobilisé sur intervention de ses protecteurs de gauche gaullistes et socialistes, pour préparer la relance d’Alger Républicain. En 1939,Paul Schmitt avait été nommé "liquidateur" (financier) du premier Alger Républicain. ; pour la reparution, il a pour premier souci d’apurer le passif. L’imprimerie et la plus grande partie du matériel d’édition ont été conservés, mais une somme d’un million de francs est nécessaire. Elle est prêtée par le groupe Combat, René Capitant la remettant lui-même au journal. Le 2 octobre 1943, Alger Républicain reparaît, géré par un Comité composé de Paul Schmitt, René Capitant, Eugène Collomb, Victor Prouteau, Louis Sabatié, Pierre Tabarot, Michel Rouzé étant rédacteur en chef, sur une ligne France Combattante, mouvement républicain et patriote, à l’origine gaulliste mais de plus en plus dominé par les communistes.

Michel Rouzé n’appartenait pas au PCA ; il semblait en assez bons termes avecAndré Marty, arrivé de Moscou pour suivre les partis communistes d’Afrique du Nord ; Marty lui fit confiance. Celui-ci n’aurait pas hésité à taper sur la table lorsqu’à la suite de Mai 1945, Michel Rouzé aurait été attaqué au Comité central du PCA pour son refus de voir traiter le PPA de parti hitlérien. Une violente algarade l’aurait en effet opposé à Joseph Parrès, membre du Comité central, chef de l’imprimerie et homme à tout faire du journal, lorsque Rouzé vit au tirage un tract du PCA intitulé "Messali l’hitlérien". Envisageant de rentrer en France, Michel Rouzé voulait adhérer au PCF mais André Marty, qu’il rencontrait souvent, le lui déconseilla le temps qu’il était rédacteur en chef d’Alger Républicain. La cellule du PCA du journal refusa qu’il participe à ses réunions, appréciant peu qu’il donne de temps à autre, des articles à Combat.

À son retour en France fin 1947, Michel Rouzé devint rédacteur en chef-adjoint de Ce Soir, quotidien du soir parisien contrôlé par le PCF, tout en étant correspondant à Paris d’Alger Républicain. Mais il sentait le soufre, et perdit son poste de rédacteur en chef-adjoint, tout en restant membre du PCF auquel il avait adhéré. Il fut employé par le Mouvement de la Paix, collabora à la revue Horizon (s ?) deClaude Morgan, dirigea la revue Diagrammes, . Il s’orienta vers la presse de vulgarisation scientifique dans laquelle il réussit parfaitement.

De 1964 à 1966, il anima le Magazine des sciences à l’ORTF. De 1966 à 1968 il devint chroniqueur régulier des revues Constellation et Sciences-Progrès-Découvertes.
Il était du petit groupe de ceux qui, autour de Victor Leduc (un des ses amis d’études), fondèrent Raison Présente dont le premier numéro sortit fin 1966. Rouzé se proposa de tenir une rubrique " Autour de la Science" dont il assura ponctuellement la rédaction trente années durant, traitant de l’actualité scientifique et y faisait écho à des problèmes comme la défense de la recherche fondamentale, le décalage dramatique entre le progrès des connaissances et celui de l’organisation et des valeurs sociales ou l’éthique face aux nouvelles techniques médicales. Il faut, bien sûr, ajouter la dénonciation des supercheries à prétention scientifique dont il s’était fait le censeur vigilant.

En novembre 1968, il créa la revue de l’AFIS, dont les lecteurs se constituèrent quelques années plus tard en association. Il se consacra à l’association des journalistes scientifiques de la presse d’information et en fut longtemps le trésorier. Il fut rédacteur en chef de la revue Science et pseudo-sciences.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article152095, notice ROUZÉ Michel pseudonyme de KOKOZCYNSKI Michieslazc [Dictionnaire Algérie] par Jean-Louis Planche, version mise en ligne le 7 janvier 2014, dernière modification le 28 août 2018.

Par Jean-Louis Planche

SOURCES : F. Soufi, Oran Républicain et les problèmes algériens, 1937-1938. Mémoire de DEA d’histoire, Université d’Alger, 1976. - Interviews de Michel Rouzé par J.-L. Planche, Paris, décembre 1991 –B. Khalfa, H. Alleg et A. Benzine, La grande aventure d’Alger Républicain. Messidor, Paris, 1987. – H. Alleg, Mémoire algérienne. Stock, Paris, 2005. — http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1033.

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