REY Roger [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né en 1925 dans le département de l’Ain (France), mort à Mende (Lozère, France) le 10 décembre 2010 ; école et lycée à Oran à partir de 1931 ; saint-cyrien, officier d’active de l’armée française de 1944 à 1952 en Indochine et à Madagascar ; cadre dans l’industrie sucrière à Paris, responsable CGT organisant la syndicalisation des ouvriers algériens, licencié en 1959 ; puis pour la firme Kodak, démonstrateur pour le Nord de la France et la Belgique ; depuis 1957, au service du réseau de la Voie communiste pour le soutien au FLN ; dans les années 1970, instructeur pour les mouvements de libération auprès de l’organisation Solidarité d’Henri Curiel*.

Fils d’Alphone Rey et d’Esther Marie Felade, une famille paysanne pauvre d’un village rouge pour dire anticlérical et votant communiste, devenu douanier, le père de Roger Rey, demande sa mutation en Algérie en 1931 à la suite d’une grave pneumonie et pour des raisons de salaire. Arrivé à Oran à 6 ans, le garçon va à l’école primaire et au lycée sans connaître d’autres enfants qu’« européens oranais », ce mélange d’immigrations. « Je n’ai vécu à Oran que l’Algérie européenne », dit-il dans ses souvenirs. Le père est inscrit à la SFIO, militant CGT et franc-maçon. Révoqué sous Vichy en 1941, il est réintégré en 1943 dans l’administration des douanes après le débarquement allié du 8 novembre 1942. Le père adhère alors au parti communiste partisan du mouvement La France combattante qui veut libérer la France. Le jeune Roger Rey qui vient d’avoir le bac en 1943, commence des études de droit à Alger ; il fait connaissance à la Bibliothèque de l’Université, de l’étudiante d’histoire Annie Goldzeiguer (ci-dessous) qui vient d’arriver de Tunis.

Comme il est bon à toutes fins, d’avoir des officiers communistes, les dirigeants communistes français, très présents à Alger, poussent les jeunes étudiants à présenter le concours d’entrée à l’école militaire de Saint-Cyr, au reste d’accès très facile. Sorti aspirant, Roger Rey est d’abord envoyé en Allemagne dans la zone d’occupation française, affecté à un régiment d’infanterie coloniale. Il se porte volontaire pour l’Extrême-Orient faire la guerre contre les troupes japonaises. Il arrive ainsi en Indochine en octobre 1945 dans le corps expéditionnaire français commandé par Leclerc ; il y reste 30 mois, gagnant 5 citations et la Légion d’honneur à combattre sur les frontières de la Chine ; il est proposé au grade de capitaine. Il revient en France en 1948, et demande à partir militaire à Madagascar, sans trop avoir d’idée sur la violence de la répression de 1947. La famille car il est marié avec Annie Goldzeiguer et ils ont deux enfants, s’installe donc à la fin de 1948 sans pouvoir obtenir un poste d’enseignement pour la jeune femme peut-être suspecte au vu des fiches de renseignements.

Leur connaissance de la société coloniale s’étend et celle du milieu militaire français. La surveillance est rapprochée. A la suite d’un déjeuner dans un restaurant de Tananarive à l’invitation du conseiller communiste de l’Union française en mission à Madagascar, Gaston Donnat* qui connaît au reste les parents Rey qu’il a rencontré autrefois à Oran, Roger Rey est expulsé au début de 1952. La famille se retrouve en région parisienne car l’armée envoie l’officier plus que douteux, à Versailles dans l’unité-bidon où on affecte à ne rien faire, les militaires communistes qui se sont faits remarquer. En juillet 1952, Roger Rey est mis en disponibilité.

Tandis qu’Annie Rey-Goldzeiguer prend un poste d’enseignement et milite à la cellule du PCF du XIe arrondissement de Paris qui va être le foyer de La Voie communiste (ci-dessous), ancien officier de la coloniale et officier de réserve, Roger Rey entre au service du personnel de la sucrerie Lebaudy-Saunier dans le XIXe arrondissement de Paris. À l’usine, sur un millier d’ouvriers, on compte 800 travailleurs algériens dont, selon les proportions de l’époque en immigration, 750 kabyles. Il n’y a pas d’organisation syndicale ; cela va changer vite ; la CGT s’implante, et Roger Rey entre au secrétariat de la Fédération CGT de l’alimentation. Annie Rey et Roger Rey quittent le parti communiste après 1956.

Surtout à la demande de Gérard Spitzer* et du groupe de La Voie communiste en 1957, il prend une part de plus en plus importante à l’assistance de la Fédération de France du FLN d’autant qu’il est considéré comme un expert militaire. On peut lui confier le transport d’armes. En septembre 1959, la police saisit l’argent du FLN dans un appartement de la rue Oberkampf (voir au nom des deux Gérard, Gérard Lorne* et Gérard Spitzer*). Pour avoir trouvé sur un carnet son numéro de téléphone, la DST vient arrêter Roger Rey à son bureau même à la sucrerie le 30 septembre 1959. Faute d’autres preuves, il sera relâché, mais le patron de Lebaudy a trouvé ce motif de l’arrestation sur le lieu de travail, pour le licencier dans les 15 jours.

Il retrouve à s’employer chez Kodak-Pathé comme démonstrateur des produits photographiques pour le Nord de la France et la Belgique. Le passage de matériel à la frontière est facilité par la mention sur les emballages, « à n’ouvrir qu’en chambre noire ». Il assure donc de nombreux passages de frontières, de colis et de militants. Avec le groupe de La Voie communiste, il prépare également les évasions de chefs historiques du FLN qui s’y refusent, et d’autres responsables qui sortent de la prison de Fresnes, sans parler de l’évasion des filles de La Roquette (voir à Hélène Cuénat* et autres) qui ont su pallier les défaillances.

À la fête donnée à La Courneuve au nord de Paris par la Fédération de France du FLN pour célébrer l’indépendance le 5 juillet 1962, Roger Rey rencontre pour la première fois Henri Curiel* qu’il connaissait certes par les réseaux et en particulier par l’intermédiaire de Georges Mattéi*. Ils sont à la fois en désaccord et en accord sur tout, l’un avec son sourire et sa douceur, « le jésuite Curiel », l’autre, le baroudeur qui pourfend les « cons bénis » dans ses jugements expéditifs. Aussi pour l’organisation Solidarité de soutien aux mouvements de libération du Tiers-monde, principalement comme instructeur dans les stages de formation militaire à commencer pour la fabrication d’explosifs, Henri Curiel et Georges Mattéi feront fréquemment appel à Roger Rey, notamment auprès des militants d’Amérique du sud.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article152067, notice REY Roger [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 7 janvier 2014, dernière modification le 7 septembre 2015.

Par René Gallissot

SOURCES : Témoignage de R. Rey sous le pseudonyme de Frédéric dans le livre sur Henri Curiel de Gilles Perrault. Un homme à part. Bernard Barrault, Paris, 1984. – Second témoignage de R. Rey dans J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie. La Découverte, Paris, 2004. – J-L. Einaudi, Franc-tireur Georges Mattéi de la guerre d’Algérie à la guérilla. Sextant et Danger public, Paris, 2004. — Notes d’Omar Carlier. — État civil.

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