CAMUS Albert [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 7 novembre 1913 à Mondovi (Dréan), mort dans un accident de la route près de Villeblin (Yonne, France) le 4 janvier 1960 ; a été à Alger de l’été 1935 à l’automne 1937, membre du parti communiste ; collabore au journal de Front populaire Alger Républicain (octobre1938-octobre1939) puis rédacteur en chef de Soir républicain (1939-1940) ; lecteur aux éditions Gallimard après la publication de L’Etranger ; adjoint de Pascal Pia* à la rédaction en France occupée, du journal de la Résistance Combat puis rédacteur en chef à la libération ; célébrité littéraire des nuits de St.Germain-des-Prés (Paris) pour son œuvre théâtrale avant le succès du roman-chronique (d’Oran), La Peste (1947) ; en rivalité avec Jean-Paul Sartre qui s’impose par la revue Les Temps Modernes et pratique le compagnonnage avec le parti communiste que refuse Camus, essayiste plus que philosophe ; dénonçant la terreur stalinienne et le totalitarisme communiste, proche des courants libertaires et de La Révolution prolétarienne et un des porte-parole des écrivains du Groupe des liaisons internationales (GLI) ; se prononce contre tout terrorisme en Algérie par un appel à la trêve civile à Alger en janvier 1956 ; prix Nobel de littérature en 1957 ; désespéré et attaché à sa mère rentrée à Alger, dans son manuscrit inachevé Le premier homme fait retour sur ses racines à Mondovi dans sa croyance en une terre qui aurait été aussi « patrie naturelle » des Français d’Algérie.

Né à la ferme Saint-Paul, commune de Mondovi près de Bône (Annaba) sur le grand domaine colonial vinicole du Chapeau de Gendarme où son père travaille momentanément comme caviste, Albert Camus appartient à une famille de « petits blancs européens d’Algérie », de pieds noirs comme l’on dira. Son père descendait de petits colons français arrivés dès les débuts de la colonisation et qui s’étaient installés médiocrement dans les environs d’Alger. Il avait dû abandonner la ferme pour travailler dans une société de commerce de vins du port d’Alger où son fils aîné, Lucien, sera également employé par la suite. Le père est blessé sur le front de la Marne dès les débuts de la guerre et meurt en octobre 1914. Albert Camus grandit dans sa famille maternelle, rue de Lyon dans le quartier populaire « très mêlé » de Belcourt à Alger.

Du côté maternel, les Sintès, d’origine espagnole, étaient une famille d’ouvriers agricoles travaillant sur des fermes coloniales près d’Alger. Albert Camus qui est pupille de la nation, reçoit une bourse pour aller au lycée ; il avait été distingué par un instituteur de cours moyen à Belcourt. Pour sortir de ce milieu : famille illettrée sauf le père, et quartier de petit peuple, au début des années 1950 dans son opposition à Jean-Paul Sartre, Camus fera état de ses origines « prolétaires », rare allusion de la part d’un homme qui pour l’avoir connue d’expérience, aura à la fois la pudeur et la fierté de la misère.

Au lycée Bugeaud puis à la faculté d’Alger, il obtient une licence et un diplôme d’études supérieures de philosophie ; son mémoire s’intitule : Néo-platonisme et pensée chrétienne (mai 1936), dissertation quelque peu pédante et largement faite de passages empruntés aux ouvrages de la Bibliothèque universitaire. Ses études sont perturbées par des accès de tuberculose qui le diminuent physiquement et lui interdisent notamment la pratique du football qui fut sa passion de jeunesse. Albert Camus bénéficie alors de la munificence d’un oncle par alliance, Gustave Accault qui jouissait du succès de « la meilleure boucherie d’Alger » située dans le centre européen, rue Michelet qui est aussi la rue des facultés. Gustave Accault, qui se pique d’une jeunesse aux idées anarchisantes, entretient aussi les discussions littéraires et politiques des cafés et brasseries des facultés que fréquentent professeurs et étudiants.

Albert Camus peut ainsi jouer au jeune dandy menant la vie d’artiste. Il s’éprend de la toute jeune Simone Hué qu’il enlève à cet autre dandy qu’était Max-Pol Fouchet* qui à l’époque anime les Jeunesses socialistes d’Alger. Il l’épouse le 16 juin 1934. Celle-ci appartenait à la « haute société » libérale, à la fraction intellectuelle et fort libre en ses relations et échanges conjugaux, de la bourgeoisie coloniale (faculté de médecine et milieu colonial liés à d’autres professions libérales ou d’affaires). Victime de la morphine, elle devait après la séparation en l’été 1935, traîner une vie précaire de rémissions passagères en cliniques. Jouant au Don Juan, Albert Camus croise les liaisons amoureuses ; après son divorce, il épouse en 1940, une fille de bonne famille coloniale d’Oran mais ruinée et menant une vie laborieuse à la suite de la mort du père tué également à la guerre de 1914. Être orphelin de guerre impose une seconde naissance.

Les débuts littéraires (poésies et essais) de Camus sont facilités par les relations qu’il entretient avec son professeur de philosophie, l’écrivain Jean Grenier lié à la Nouvelle revue française (éditions Gallimard), et le professeur de littérature latine et d’histoire romaine, Jacques Heurgon, socialiste, et dont la femme, elle aussi normalienne, est la fille de Paul Desjardins qui aux Décades de Pontivy (Yonne) en France, accueille les écrivains célèbres se situant à gauche. Albert Camus fréquente le milieu artiste d’Alger, qui constitue comme une nouvelle « école d’Alger » en puissance, avec le peintre Jean Pandrigue de Maisonseul, le sculpteur Louis Benisti, les architectes Louis Miquel et Pierre-André Emery, le journaliste Robert Namia et le jeune poète qui fut le premier du groupe à adhérer au parti communiste, Claude de Fréminville* (Claude Terrien en journalisme) etc...

Albert Camus se tient encore à distance de l’engagement politique, mais l’ensemble du groupe est entraîné dans le mouvement de Front populaire ; l’avant-garde esthétique voulait réconcilier le peuple et la culture. Albert Camus adhère d’abord en 1934 au Comité Amsterdam-Pleyel où il rencontre le responsable communiste Émile Padula* qui en est secrétaire adjoint pour Alger et le fait participer aux réunions publiques. Albert Camus travaille momentanément comme « auxiliaire au service des permis de conduire et des cartes grises à la Préfecture d’Alger », et donne aussi des leçons particulières.

C’est peut-être à l’été 1935 (une lettre de juin le prétend), qu’il entre au Parti communiste, à la cellule de quartier du Plateau Saulière de la section Alger-Belcourt dont Émile Padula* est secrétaire. Cette cellule est dite cellule des intellectuels car outre des artistes comme le peintre Maurice Girard, etc.., elle comprend aussi des étudiants et étudiantes dont Jeanne Sicard (oranaise de la famille Bastos, industriels du tabac) et Marguerite Dobrenn*, très proches d’Albert Camus. Ce fut avec eux et d’autres venus du milieu des artistes algérois, qu’Albert Camus lance le Théâtre du travail où il devient metteur en scène et acteur, et participe au Collège du travail qui donne des cours du soir aux adultes que leur envoient les syndicats. Avec le groupe Ciné-travail qu’anime Max-Pol Fouchet*, ces groupes constituent la Maison de la culture d’Alger dont le secrétaire général est Roland Rhaïs*, qui laisse d’abord Camus se mettre en avant, puis s’étonne de sa désinvolture politique ; selon la formule d’Olivier Todd, Camus est « un communiste dilettante ».

Les idéaux de cette Maison de la culture étaient ceux du Front populaire et plus particulièrement du Parti communiste (c’était un communiste qui était à la tête de la Fédération française des Maisons de la culture), mais marqués du particularisme colonial de l’École d’Alger. Le bulletin publié à partir de février 1937 prend le titre de Jeune Méditerranée qui n’est pas sans évoquer les mouvements « Jeunes », comme les Jeunesses communistes ou socialistes. On pourrait penser aux Jeunes Algériens qui se réclamaient de l’Émir Khaled, petit-fils d’Abd-el-Kader et demandaient l’égalité de droits avec les Français par l’association de la Fraternité algérienne aux débuts des années 1920. L’étudiant Ferhat Abbas relance le journal Le Jeune algérien et en appelle au rapprochement entre jeunes Musulmans et jeunes Français d’Algérie. Albert Camus est bien plus du côté « européen » d’Algérie.

Le jeune écrivain se tient en concordance avec le rêve algérianiste qui faisait des Européens en leur mélange, de nouveaux Algériens et qu’illustrait à cette époque, Gabriel Audisio qui venait de publier en 1935, Jeunesse de la Méditerranée. Selon le manifeste rédigé probablement par Camus, la Maison de la culture entendait « servir la culture méditerranéenne et indigène » : « les intellectuels de ce pays ont une Œuvre unique à réaliser dans le sens d’une culture méditerranéenne ». La Méditerranée était présentée comme un creuset des cultures et des hommes, une sensibilité et une sensualité qui résultaient du mélange des civilisations comme en écho du mélange des races. Mère et mer Méditerranée dont l’éclat brille dans « Noces », pages parues en mai 1939 à Alger chez l’éditeur Charlot qui tient la librairie Les vraies richesses, après la publication de son premier recueil, L’Envers et l’Endroit, en 1937.

La première conférence de la Maison de la culture en février 1937 a pour thème : « Une culture méditerranéenne est-elle réalisable ? » ; c’est le journal communiste La Lutte Sociale qui l’annonce, relayé par l’organe syndical L’Algérie ouvrière (CGT réunifiée). Cette mythologie de l’algérianité recoupe ou recouvre les propositions communistes de l’Union franco-musulmane, mouvement mixte que le Parti communiste algérien essaye de mettre en place, et n’est pas sans annoncer la définition par Maurice Thorez, de la formation de la nation algérienne par le cumul des apports civilisateurs et le mélange de vingt races (discours à Alger en février 1939). En ce sens, l’oeuvre et la pensée de Camus ne se départirent jamais de ce mythe méditerranéen qui lui fera dire jusqu’au temps de la guerre coloniale, que l’Algérie est sa mère.

Ce n’est probablement pas là qu’il faut situer en 1937 son différend avec le Parti communiste algérien. C’est l’activité théâtrale qui absorbe la plus grande part de son énergie ; il abandonne ainsi un poste d’enseignement au collège de Sidi-Bel-Abbès à la rentrée de 1937, pour revenir à Alger ; il reprend la direction de sa troupe qui devient le Théâtre de l’Equipe pris en charge en partie par Radio-Alger, et qui monte des pièces adaptées : Le temps du mépris, Révolte dans les Asturies, les Bas-fonds, en concurrence avec le Théâtre du travail qui continue.

Car Albert Camus est exclu du Parti en octobre-novembre 1937 par une procédure laborieuse qui reprend en main ou plutôt démantèle « la cellule des intellectuels ». Il semble essentiellement qu’il manifestait son opposition à l’outrance de la ligne communiste appliquée alors par l’envoyé du parti français qui était Robert Deloche* et le jeune secrétariat algérien promu lors de la transformation de l’ancienne Région d’Algérie en Parti communiste algérien où rivalisent Benali Boukort* et Amar Ouzegane*.

La divergence portait sur deux points ; Camus était rétif devant les appels à la défense nationale et à la célébration de l’armée, et conservait des positions pacifistes sinon antimilitaristes voisines des inclinations de courants intellectuels socialistes trotskysants comme des réticences en France des surréalistes et de l’avant-garde du théâtre militant autour de Jacques Prévert par exemple ; cette orientation pacifiste était largement présente en outre dans le syndicalisme enseignant. D’autre part, Albert Camus rejetait l’assimilation au fascisme que pratique outrageusement le Parti communiste algérien, du Parti du peuple algérien, le PPA créé au printemps 1937 par Messali qui venait d’être arrêté et inculpé en Algérie (août 1937). Le PCF et le PCA applaudissent à la dissolution de l’Étoile nord-africaine à la fin janvier 1937. Des altercations opposaient messalistes et communistes qui continuaient cependant à cohabiter dans le mouvement syndical CGT.

En profondeur, l’opposition était ouverte entre le communisme qui subordonne la libération de l’Algérie à la lutte antifasciste et à l’union avec la France, et le nationalisme messaliste qui réclame l’émancipation pour dire l’indépendance. Ce n’est certainement pas sur le retrait communiste de l’objectif d’indépendance de l’Algérie, car cette perspective paraît avoir été toujours étrangère à Camus, que portait le conflit, mais bien plutôt sur l’entraînement belliciste et sur l’effet de rupture entre Musulmans et Européens qui mettait à mal l’idéal méditerranéen de fraternité algérianiste. Lors des réunions qui imposèrent son exclusion, Robert Deloche aurait accusé Camus de trotskysme ; il est possible aussi que Camus ait eu une position critique sur l’URSS, ne serait-ce que par retentissement du Retour d’URSS que publie André Gide à qui il voue une sorte de fidélité : le théâtre de l’Équipe monte le Retour de l’Enfant prodigue de Gide. Selon Roland Rhaïs*, A. Camus quitte la réunion de cellule qui vient de voter son exclusion en claquant la porte.

Celle-ci ne provoque cependant pas une rupture avec le courant de Front populaire. Son engagement se situe pour l’essentiel au plan de l’activité culturelle, -il est aussi membre du Comité algérien d’aide au peuple espagnol fondé en mai 1937-, plus qu’il ne se traduit par un militantisme déclaré à tel point que plusieurs de ses proches ignoraient son adhésion au PC. Camus n’était pas non plus allé au Parti pour des raisons intellectuelles théoriques. Son communisme ne l’avait guère conduit à des lectures marxistes ; il était écrivain et homme de théâtre, se consacrant au service du peuple et de la culture.

On pourrait dire qu’à l’intérieur du Parti, Camus est resté en un sens, étranger. L’Étranger, c’est le titre du roman qu’il prépare et qui sera sa première œuvre importante. Tel est peut-être le secret de Camus qui par une posture esthétique, prend de la hauteur par rapport à la société coloniale à laquelle il demeure attaché et dont le peuplement résultait d’un mélange d’étrangers et demeurait étrangère en son ensemble à la masse algérienne ; il est aussi étranger par sa pauvreté d’origine quand il accède à la culture savante en ses formes littéraires et philosophiques et connaît l’élitisme bourgeois. Sa maladie, cette tuberculose qui récidive, redouble encore sa condition d’étrangeté qui expliquerait le caractère d’individualisme existentiel qui marque toute son œuvre. La situation coloniale ne tenait-elle pas de l’absurde ? Camus pense alors réunir l’œuvre qu’il entreprend sous le nom de L’Absurde, en trois volets qui seront L’Étranger (1942), Le Mythe de Sisyphe (1942) et la pièce Le Malentendu avant que soit achevé Caligula (1945).

Albert Camus demeure encore dans la mouvance du Front populaire et surtout va approcher l’iniquité de la misère algérienne en devenant journaliste à Alger républicain, abandonnant son gagne-pain de 1937-1938 à l’Institut de météorologie de l’Université d’Alger où il mettait en fiches les relevés climatiques. À l’imitation d’Oran républicain, Alger républicain est lancé en octobre 1938, soit fort tardivement, par une association d’actionnaires à l’initiative de Jacques Régnier*. Celui-ci était un descendant de la famille des Reclus (voir Élie Reclus*), qui avaient tenté de fonder une colonie anarchiste en Algérie ; c’était l’origine de propriétés et d’intérêts conservés dans le vignoble principalement par Jean-Pierre Faure*, ingénieur agronome, fils de l’historien de l’art Élie Faure, associé de Jacques Régnier dans une entreprise de construction immobilière. C’est J.-P. Faure qui fait venir de Paris, Pascal Pia* pour diriger la rédaction d’Alger républicain, le journal de gauche qui devait s’opposer à La Dépêche algérienne et à L’Écho d’Alger, et c’est Pascal Pia qui associe Camus à la rédaction.

Albert Camus collabore à la collecte des faits divers comme aux chroniques judiciaires notamment à l’occasion du jugement de Cheikh El Okbi, dirigeant algérois du mouvement réformiste musulman de l’Association des Oulémas, qui est acquitté alors qu’il avait été accusé, par machination coloniale, de l’assassinat du grand mufti d’Alger. Selon Pascal Pia, les sympathies de Camus en 1938 allaient « aux libertaires, aux objecteurs de conscience, aux syndicalistes à la Pelloutier, bref à tous les réfractaires ». En mai 1939, Pascal Pia envoie Camus faire une enquête en Kabylie pour répliquer à une série d’articles idylliques publiés par L’Écho d’Alger ; sous la plume de Roger Frison-Roche, La Dépêche algérienne célèbre également les belles réalisations de l’administration. Les articles de Camus, illustrés de photos, parurent sous le titre « Misère de la Kabylie » en juin. Non seulement Camus dénonçait les méfaits du système colonial, mais faisait découvrir concrètement l’immense pauvreté algérienne.

L’idée de déchéance est même associée à la misère « indigène ». Aussi toute répression risque de conduire à des extrêmes. En condamnant les arrestations arbitraires et des actes de torture qui touchent une douzaine d’ouvriers agricoles accusés d’être des « incendiaires » devant le tribunal de Phillipeville (Skikda) qui les condamnent aux travaux forcés à perpétuité, ce que dénonce Camus c’est le risque par désespoir, de « détournement des Musulmans » vers le panarabisme et des « idées extrémistes ». Déjà Camus est mal compris en ce balancement ; il défend les victimes et demande la libération des détenus, y compris des militants du PPA arrêtés en nombre après la percée électorale de 1939, mais se déclare hostile à l’extrémisme qui est le fait des nationalistes de ce même PPA.

Par Pascal Pia, A. Camus est associé à l’opération acrobatique de substitution de Soir Républicain, à Alger Républicain, au bord de la faillite. Quotidien de 8 grandes pages, Alger Républicain vendait moins de 3000 exemplaires contre 10.000 aux premières heures puis 7 000. Le 387e numéro de ce qui fut donc le premier Alger Républicain, est daté du 28 octobre 1939. À l’ouverture de la guerre en septembre 1939, alors que le socialiste Paul Schmitt* s’employait à sortir un Constantine Républicain qui ne paraîtra pas, l’autre financeur qu’est Jean-Pierre Faure* est mobilisé ; il confie son mandat d’administrateur-délégué à Pascal Pia.

Pour devancer la disparition d’Alger Républicain, Pascal Pia démarre le 15 septembre, la sortie dans l’après-midi, d’un quotidien d’un seul feuillet (double page) : Soir Républicain. La ligne éditoriale de Pascal Pia et d’Albert Camus est totalement pacifiste ; elle en appelle à « une paix vraie » et à une fédération des peuples. Les attaques dans la presse coloniale qualifient ce journal d’« hitléro-stalinien » ; il est intéressant de noter que la réplique de la rédaction est d’opposer les droits de l’individu à tout système totalitaire : « nous respectons trop les droits de l’individu pour marquer le moindre intérêt aux régimes totalitaires ». Après censures et saisies, le journal est suspendu de parution le 9 janvier 1940 par le Gouverneur général Le Beau. Le procès-verbal de suspension est signé par Albert Camus seulement.

Sur ces entrefaites, une part des administrateurs d’Alger Républicain s’employaient à faire reparaître le quotidien du matin ; ils accusent Camus de sabordement par l’abandon de Soir républicain et l’attaque aux prud’hommes. La préfecture d’Alger fait savoir à Albert Camus qu’il ne peut plus exercer la profession de journaliste. Alors qu’Oran Républicain, à l’instigation de Paul Schmitt jouant la légalité, continue à paraître, Alger Républicain reparaît du 24 février au 30 juin 1940, après l’armistice donc et sous les débuts du régime de Vichy ; c’est faute de papier que la publication s’arrête. Il y eut ainsi un deuxième « premier Alger Républicain », sans Camus sinon contre Camus, du moins non sans laisser des rancoeurs à son encontre.

À l’ouverture de la guerre, par suite de sa tuberculose, Albert Camus n’est pas mobilisé ; il est même réformé. Pascal Pia est pour l’heure, ajourné. Dès janvier 1940, celui-ci avait gagné Paris ; il trouve à s’employer à la rédaction de Paris Soir, le plus fort tirage de la presse française appartenant au groupe de l’industriel Prouvost (Match, le Figaro) et dirigé par Pierre Lazareff et Hervé Mille. À la mi-mars, Albert Camus le rejoint à Paris pour travailler à ses côtés. C’est la débâcle, mais Jean Prouvost devient d’abord ministre de l’Information puis sous Vichy, Commissaire à la Propagande. Le journal se replie sur Clermont-Ferrand puis s’établit à Lyon. Seul Hervé Mille reste directeur car Pierre Lazareff sous le coup des lois raciales, se réfugie aux États-Unis. Pascal Pia est secrétaire de la rédaction. Il est assisté par Albert Camus à Lyon où, quittant Oran, Francine Faure le rejoint en mai 1940. Leur mariage est célébré le 3 décembre 1940.

Difficile pour Paris Soir, de conserver sa position, la première, de quotidien national et qui plus est du soir. Il est envisagé, de sortir un journal à Alger ; Pascal Pia s’y emploie et Albert Camus est associé à l’opération. Cependant A.Camus n’échappe pas au licenciement de la première réduction des effectifs. Les Camus vont rentrer en Algérie. Dès janvier 1941, Albert Camus est à Alger ; le projet de journal n’a pas de suite ; il gagne Oran où il subsiste au sein de sa belle-famille. Francine Camus est institutrice suppléante et lui-même donne des cours, y compris à l’école Benichou qui accueille les enfants juifs exclus de l’École publique par les lois raciales. Son milieu de fréquentation est alors celui de ces grandes familles juives cultivées, politiquement très à gauche et réprouvées, au contact également des réfugiés des Brigades internationales de la guerre d’Espagne. Compagnon d’escadrille d’André Malraux en Espagne, avant de partir aux États-Unis par le Maroc, l’écrivain libertaire antifascite et antistalinien Nicola Chiaramonte, est accueilli à la maison même de madame Faure, belle-mère qui se distingue du milieu colonial en s’opposant au régime de Vichy.

À Oran, les atteintes tuberculeuses s’aggravent ; les crachements de sang ne cessent plus. Aussi la belle-famille organise un séjour de cure en moyenne montagne en France. Débarquant à Marseille en août 1942, Albert Camus va s’installer dans le Vivarais (nord du Massif central) au hameau du Panetier à mille mètres d’altitude près de Chambon sur Lignon. Cette région isolée, vielle terre de refuge protestant chrétien, est aussi un lieu d’accueil de familles et d’enfants juifs qui vont subir les rafles après l’occupation par l’armée allemande qui suit le débarquement allié en Afrique du Nord en novembre 1942. Albert Camus est à l’écart mais témoin averti. Pascal Pia fait ensuite entrer Camus, inscrit comme préparant l’agrégation, au sanatorium des étudiants dans les Alpes, à Saint-Hilaire du Touvet.

De ces années de drôle de guerre, le plus important demeure qu’à travers Pascal Pia qui a travaillé longtemps dans l’édition, Albert Camus trouve des contacts et des appuis littéraires, notamment celui d’André Malraux. L’Étranger puis Le Mythe de Sisyphe sont acceptés par la NRF pour dire les éditions Gallimard et paraissent en 1942 ; Albert Camus devient à la fois un familier de la famille Gallimard et un pensionné de la maison d’éditions. Son cercle de correspondants littéraires s’élargit, notamment au poète Francis Ponge.

Après l’occupation de la zone sud, Paris Soir et Le Progrès de Lyon cessent de paraître. Pascal Pia entre en clandestinité à Paris où il fait venir Albert Camus. Paris l’appelle deux fois, pour reprendre le travail de journaliste aux côtés de Pascal Pia et par succès littéraire sinon par la vie théâtrale et nocturne qui anime quartier latin et Saint-Germain-des-Prés. L’intellectuel qui perce et fait cercle, est Jean-Paul Sartre. Voici qu’il consacre à L’Étranger un article de 20 pages qui paraît en septembre 1942 ; pour le commentateur, l’absurde est « un mode d’être dans le monde ». Comme figures de l’existentialisme, on dira Sartre et Camus, mais jamais Camus et Sartre : le philosophe Jean-Paul Sartre et l’essayiste ou écrivain Albert Camus. Cette distinction est déjà vraie pour Sartre lui-même, jugeant, non sans raison, que les écrits philosophiques de Camus, ressortissent de la dissertation de classe terminale alors que l’auteur de nouvelles et romans est un grand écrivain ; c’est aussi sinon plus, l’opinion de Simone de Beauvoir. La ferveur commune, culte de l’époque, se voue aux œuvres de théâtre ou plutôt aux démonstrations par le théâtre qui en 1944, font aussi partie de la fête libérée et des soirées. La passion de Camus va à l’actrice Maria Casarès qui incarne la tragédie de la république et de la guerre d’Espagne.

Après l’occupation allemande de la zone sud en novembre 1942, Pascal Pia se consacre à Paris au groupe de Résistance Combat qui devient une composante du Mouvement de Libération Nationale. Sans sacrifier à des actions de Résistance, à partir de 1943, Albert Camus l’assiste à la rédaction du journal Combat qui sort approximativement tous les 15 jours ; jusqu’à la libération de Paris, il y aura ainsi 58 numéros clandestins. L’éditorial du premier numéro « libéré » d’août 1944, non signé, est écrit par Camus qui devient le rédacteur en chef du journal.

Ce sont les articles publiés dans Combat qui permettent de situer politiquement Albert Camus. À chaque élection nationale, il appelle à voter SFIO ; il reconnaîtra pour sa part avoir toujours voté socialiste. On reconnaît là une marque de républicanisme laïc. Il entend cependant prendre position non par engagement politique mais au nom de la morale qui se réfère d’abord à la justice. Il va jusqu’à écrire : « Nous, -nous au nom de Combat-, nous nous sommes décidés à supprimer la politique pour la remplacer par la morale. »

Quand en Algérie se produisent les massacres de masse du Constantinois en mai 1945, il rentre d’un séjour de trois semaines à Alger ; les articles de Combat, peu informés, n’analysent pas dans ce ravage meurtrier, l’inégalité des rapports de force en situation coloniale conduisant l’action des colons et la répression de l’armée française, mais déplorent les signes de violence. Sa ligne de pente est de condamner tout usage de violence d’où qu’elle vienne. Elle adopte dès 1946, le balancement qui demeurera : « Ni victimes, ni bourreaux », selon le titre de la série d’articles repris dans Caliban (novembre 1946). A la suite du conflit entre Pascal Pia et Claude Bourdet qui cède Combat en difficulté, au groupe Smadja, Albert Camus quitte le journal en juin 1947. La rupture est définitive entre Camus et Pascal Pia.

Depuis l’été 1944, Albert Camus est une célébrité parisienne, prise dans le tourbillon des soirées d’après théâtre, et dans les séjours de retrouvailles en lieux de villégiature, séjours de plages, des amis de la maison Gallimard. Sa vie est quelque peu chaotique entre les amours de gloire ou mineurs, un voyage aux États-Unis en 1946, les récidives de la tuberculose, et la vie familiale. Francine est venue le rejoindre à Paris dès la Libération ; en septembre 1945, naissent leurs enfants jumeaux, Catherine et Jean. Pour une certaine stabilité en 1947, la famille est logée dans un appartement qui est une des propriétés des Gallimard, rue Séguier au cœur du quartier latin parisien.

Parallèlement Albert Camus rompt tout lien avec les communistes ; il s’éloigne même de Francis Ponge qu’il juge « trop communisant « . A. Camus faisait partie du Comité national des écrivains (CNE) créé dans la Résistance sous influence communiste. Au début de 1944, il manifeste des divergences avec les écrivains communistes ou sympathisants, à propos de l’exécution à Alger où siège le gouvernement de la France libre, -De Gaulle a refusé la grâce-, de Pierre Pucheu ministre de l’intérieur de Vichy qui a fait fusiller des condamnés résistants, par opposition de principe à la peine de mort. À la fin de l’année pour couper tout contact, il démissionne du CNE et refuse désormais d’écrire dans Les Lettres françaises.

Dès 1945, la pièce Le Malentendu, théâtre de l’absurde d’une sœur qui tue son frère à son retour d’une longue absence, et qui se passe en Tchécoslovaquie en hommage à Kafka, ne ternit pas l’éclat plus fort de Huis Clos et des Mouches, théâtre en situation, de Jean-Paul Sartre. La pièce Caligula n’est pas un triomphe mais elle situe Camus dans le débat politique car il traite du pouvoir suprême et du conflit avec la justice. Il apparaît encore dans le sillage de Sartre. Il se démarque : « Je n’ai pas beaucoup de goût pour la trop célèbre philosophie existentielle, et pour tout dire, j’en crois les conclusions fausses mais elles représentent du moins une grande aventure de la pensée. » (Combat, 8 septembre 1945). En 1946, Albert Camus, très lié à André Malraux, est un adepte d’Arthur Koestler qu’il fréquente, et du Zéro et l’infini qui devient sa référence sinon son guide de pensée sur le communisme soviétique. Dans Les Temps Modernes, revue dirigée par Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty (Camus n’appartient pas au Comité de rédaction), ce dernier se livre à une parodie du succès d’Arthur Koestler sous le titre du « Yogi et le Commissaire ».

Si Albert Camus porte à bout de bras, sa propre revue : Caliban, c’est en particulier pour faire pièce aux Temps Modernes ; la revue est renflouée provisoirement par un apport des fonds secrets de la Présidence du Conseil et des commandes publiques, ménagés par Jeanne Sicard, l’amie d’Alger des années 1935-38, qui est chef de cabinet du président du conseil René Pleven. Celui-ci compte pour « socialiste », faisant partie de l’UDSR, cette Union démocratique socialiste républicaine dont l’autre tête est François Mitterrand. En octobre 1947, la revue Caliban est reprise par un jeune écrivain journaliste, lui aussi diplômé de philo de la Fac. d’Alger,-son père est minotier à Blida-, Jean Bensaïd qui prend le nom de Jean Daniel. Républicanisme socialiste plus que socialisme.

C’est le succès de La Peste (1947) qui fait de Camus un astre littéraire, mais qui n’éclipse pas la lumière supérieure de Jean-Paul Sartre ; l’éclat s’équilibre pour les romans et nouvelles et plus encore au théâtre sous l’étoile de Maria Casarès ; de 1948 à 1949, Albert Camus fait jouer Les Justes et L’Etat de siège qui se passe en Espagne. Sartre regroupe ses articles sous le titre Situations qui a un sens de philosophie existentialiste ; Camus sous le titre Actuelles qui le situe comme écrivain journaliste. Aussi face à Merleau-Ponty, à Sartre, au phare intellectuel que sont Les Temps modernes, Albert Camus se met en lectures philosophiques, relisant Nietzsche et Hegel pour ses œuvres traduites et ses commentateurs, et pour pouvoir parler du marxisme, recourant aux textes choisis de Marx et Engels présentés par Henri Lefebvre et Norbert Gutermann, et pour son option éthique, par Maximilien Rubel.

Le regard se porte sur les auteurs qui portent le débat sur le marxisme-léninisme ou le bolchevisme, textes de Lénine à l’appui, visant en fait le magistère soviétique et plus encore la nature totalitaire du régime qui, de l’URSS, s’impose aux pays d’Europe de l’Est. Arthur Koestler reste le maître à penser plus que les critiques trotskystes du stalinisme ; il connaît et lit Boris Souvarine. Albert Camus fréquente Alfred Rosmer et le groupe anarcho-syndicaliste de la Révolution prolétarienne. Il est plus encore séduit ou prend pour caution de révolutionnaire prolétarien, Nicolas Lazarevitch. Réfugié en France en résidence surveillée, agitateur auprès des mutins de la Mer noire en 1924, -ce qui défie la célébration d’André Marty par le PCF-, opposant à Moscou au nom de la lutte syndicale du « groupe des ouvriers », exilé soutenant l’agitation gréviste en Belgique dans les mines et le textile, créant le périodique, Le Réveil syndicaliste, N.Lazarevitch fut aussi pacifiste en 1939.

Les soirées avec J.-P. Sartre s’espacent ; les rencontres prennent un caractère circonstanciel de signatures ou de tribunes communes, puis le durcissement de guerre froide entre « le monde libre » et ce qui va former « le camp socialiste » autour de l’URSS, manifeste l’opposition avant que n’opère la dramatisation après la publication de L’Homme révolté. Sartre et Camus sont signataires en octobre 1947, de l’Appel à l’opinion internationale qui préconise l’indépendance entre les deux grands et la constitution des États-Unis d’Europe. Au vu de la signature de Camus, c’est Maurice Merleau-Ponty, co-directeur des Temps modernes, en mauvais termes avec Koestler et Camus, qui retire la sienne. Le manifeste paru dans Esprit suscite l’indignation des écrivains communistes d’autant qu’ils jugent que la balance du neutralisme penche contre l’URSS. David Rousset a une place centrale que lui donne la puissance démonstrative de son livre de mise à nu du système stalinien : L’Univers concentrationnaire.

Sartre et Camus se retrouvent sur l’estrade des meetings du Rassemblement démocratique révolutionnaire, ce parti des intellectuels de gauche entre socialisme et communisme ; Camus est simple signataire de soutien ; Sartre, membre du Comité directeur ; le dernier meeting se tient le 13 décembre 1948. Après l’arrestation de Gary Davis, « citoyen du monde », Camus se montre plus ardent que Sartre, fort dubitatif, dans sa défense. Pour lui, la marche à la paix est d’abord un combat contre la guerre ; or la guerre nucléaire menace l’URSS et la guerre coloniale s’ouvre en Indochine ; Sartre accompagne le Mouvement de la paix, aux côtés donc des communistes. La divergence est là ; Sartre se prononce d’abord contre la politique des Etats-Unis ; pour Camus, l’URSS est indéfendable ; elle est comme le fascisme, une puissance du mal, sinon la puissance du mal. Il s’efforce de théoriser la démonstration : il importe de se révolter, mais l’histoire sinon la nature humaine montre que toute Révolution conduit à la dictature.

Si le choix des camps est précipité par la guerre froide, la dissension entre Camus et Sartre vient de différences très personnelles de positionnement et de posture intellectuelle. Albert Camus se voue à un projet littéraire qui fait succéder un « cycle de la Révolte » au « cycle de l’Absurde » dans lequel il range : L’Étranger, Le Mythe de Sisyphe, le Malentendu et Caligula. Comme pour démentir le reproche de s’enfermer dans l’absurdité close, il fait du roman La Peste, la base de départ d’une sortie par la voie de la révolte. Sur le papier il annonce en 1947, L’Homme révolté, autant dire le livre justificatif, puis Kaliayev qui devient la pièce Les Justes. Il programme ensuite Le Jugement, Le premier Homme qui restera à l’état de cahiers. L’ambition rêvée doit avoir deux couronnements, l’un subjectif ou existentiel : « L’Amour déchiré : Le Bûcher -De l’Amour -Le Séduisant », les majuscules sont de Camus-, l’autre autant dire philosophique partagé selon le mode sartrien en essai ou traité, roman et théâtre : « Le Système -grand roman +grande méditation +pièce injouable ».

Aussi de 1947 à 1951, il ne cesse de refaire modifiant plan et développements, son ouvrage d’engagement, remaniant en quelque sorte sa dissertation philosophique. Son historique des révoltes s’accroche sur le fil de l’histoire classique littéraire de l’Orient biblique à l’empire romain, des Lumières et de la Révolution française à la philosophie de l’histoire du XIXe siècle, celle de l’État allemand et de Marx, mise à mal par la violence du nihilisme nietzschéen puis l’explosion révolutionnaire en pensée et en acte en Russie. La révolution bolchevique confirme le caractère tragique de la métamorphose des luttes d’émancipation en systèmes d’oppression. Pour l’exemple, ce qui devient réducteur, les figures convoquées sont celles de Caïn, Sade, Saint-Just, Bakounine, Nietzsche, Lautréamont et Rimbaud comme pour défier André Breton et les surréalistes, et à répétition, les terroristes russes de Volonté du peuple. Face à Sartre et pour s’écarter de l’existentialisme individualiste et mettre cependant l’homme en situation, il écrit : « Je me révolte donc nous sommes », car la Révolte ouvre une voie de sortie du combat manichéen qui n’engendre que violence, la troisième voie donc.

La rhétorique algérianiste de la beauté des races méditerranéennes demeure l’arrière plan ou le rideau de scène : elles témoignent de la force de la lumière ou de la nature solaire contre la pensée dévoyée du nihilisme et les théories ténébreuses venant d’Europe du Nord. La grandiloquence martèle des vérités définitives tout en dénonçant le déterminisme du passage à l’Absolu dans le nihilisme de Nietzche au terrorisme russe, et « l’historisme » d’Hegel et du marxisme. Albert Camus reconnaît que dans ce livre « il s’est confessé » ; cette réflexion vaut surtout pour son approche de Nietzsche, la plus personnelle par la relecture qui se retourne de l’adhésion première à la critique des sources du totalitarisme. Albert Camus tient « l’abjection totalitaire » pour « le pire des maux ». Après le fascisme, c’est maintenant le camp communiste qui incarne le totalitarisme. Dans le partage politique de l’époque, Camus est de ceux pour qui le totalitarisme recouvre à la fois le fascisme et le communisme soviétique.

De Marx, il retient la pertinence de la critique sociale mais refuse le prophétisme qui accompagne sa vision évolutionniste qui serait faite de déterminisme historique promettant l’avènement du communisme ; plus encore c’est cette croyance métaphysique qui absolutise l’Histoire qu’il conteste sous le nom d’ « historisme ». Il n’a pas lu Karl Popper encore peu connu en France, et par qui fera florès, le terme d’historicisme dans le débat entre philosophes du moins, mais qui ne concerne guère le travail des historiens (Misère de l’historicisme, traduction française, Plon, Paris, 1956).

En fait, Albert Camus entre en guerre contre le marxisme soviétique ou la vulgate communiste ; de la Résistance à l’après-guerre, la question en débat est la destinée de la Révolution d’Octobre ; le système stalinien. confirme l’impasse de toute Révolution car la violence engendre les régimes de violence. C’est bien sur la fonction historique de la violence révolutionnaire que Sartre et Camus sont en opposition ; ce que manifestent les choix politiques du rapport au mouvement communiste de mouvance soviétique, le seul communisme que Camus connaisse, loin de l’internationalisme de Trotsky ou de Boukharine et dans l’ignorance du communisme maoïste et celle de l’anticolonialisme ; on pourrait dire par inconscience coloniale de toute lutte de libération dans les sociétés dominées.

On ne s’interroge guère sur les raisons de la détermination anti-soviétique d’Albert Camus ; par la suite on en fera volontiers une vision anticipatrice de la fin de l’URSS et de la disparition de l’idéologie révolutionnaire. À la lecture de L’Homme révolté, on est bien plus en présence d’une dénonciation de la Révolution bolchevique en parallèle avec la Révolution française, ou du moins de la dictature montagnarde. Ce discours d’assimilation des deux terreurs, celle de Robespierre et pour Camus plus encore de Saint-Just, et celle de Lénine et de Staline, est somme toute fort banale dans l’école républicaine française. Elle est la formulation classique de la critique socialiste française du communisme. On ne sait si Camus a lu le discours de Léon Blum au Congrès de Tours qui consomme la scission ; tout le différent de la gauche française invoquant les grands référents d’Aulard ou de Mathiez pour interpréter la Révolution française, reprend ces propos. Il reste que Camus coupe cette version vulgarisée par des interrogations sur la terreur révolutionnaire, sujet du temps rapporté à l’URSS. L’idée d’une troisième voie est aussi banale ; Camus entend valoriser la Révolte en lui donnant un sens positif, ce qui l’incline vers une orientation anarchiste ou plutôt libertaire, de la Résistance à la liberté de choix : « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? C’est un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. »

Voulant se situer hors des deux camps tout en combattant le camp soviétique qui est celui du totalitarisme, et par le rejet de toute violence, la troisième voie d’Albert Camus invoque une « pensée du midi » et se réclame d’une position qui se fonde sur « la mesure », à nouveau hors parti des bourreaux ou des victimes. Sous la polémique d’animosité personnelle, le défi entre Sartre et Camus a une signification politique vive. Les Temps Modernes ont publié en bonnes feuilles en août 1951, des extraits « Nietzsche et le nihilisme » ; ce n’est pas cette partie qui fait problème ; compte rendu et critique se font attendre bien au delà de la sortie du livre en fin d’année. Finalement, la revue ou plutôt Sartre majoritaire délègue à Francis Jeanson de répliquer ; sous le titre « Albert Camus ou l’âme révoltée », la mise en pièces sort sur vingt pages en mai 1952.

Le porte parole de Sartre relève « une certaine inconsistance philosophique », ce que note aussi Raymond Aron dans sa critique publiée dans Combat. L’essai de Camus est en dehors de la philosophie et de l’histoire, il n’est qu’un discours moral et d’ « une morale de Croix-Rouge » pour refuser l’engagement à l’heure de la lutte des Vietnamiens face à l’armée française en Indochine, et de la répression en Tunisie. Pour ce qui est du marxisme, Camus s’exprime sur Staline et non pas sur Marx. Exerçant l’offre de répondre, Camus fait publier dans le numéro de l’été, un texte tout aussi long, repris ensuite sous le titre « Révolte et Servitude », qui reproche à Sartre de se cacher derrière Jeanson, ce dont personne ne doute. Camus affirme avoir voulu faire une étude des révolutions sous leur « aspect idéologique ». Sur Marx, il redit sa distinction par le reproche d’avoir mêlé « la méthode critique la plus valable et le messianisme utopique le plus contestable ».

Comme les mises en cause sont personnelles, Sartre y va de ses 19 pages, prononçant la fin d’une amitié. Certes, les camps de concentration en URSS « sont inadmissibles », mais il ne faut pas se tromper de choix politique tant dans le combat pour la paix que face à la bourgeoisie et à sa propagande, dans les guerres coloniales notamment. Nous sommes au moment de la campagne en France contre la condamnation à la prison d’Henri Martin, marin communiste « révolté » contre la guerre d’Indochine. Sur le fond des références philosophiques, Albert Camus n’a pas lu ou a mal lu  ; ses propos sur l’historisme ne tiennent pas debout : Marx n’a jamais dit que l’histoire aurait une fin…, il a seulement parlé « de la fin d’une préhistoire ». Camus est enfermé dans une « abstraction de révolté » et de gloser sur sa conception de bonne sœur de Révolte (majuscule) fondée sur « la mesure ». André Breton se gaussera aussi de « la Révolte sur mesure ». Jean-Paul Sartre confirme son compagnonnage dans la suite d’articles « Les communistes et la paix » des Temps modernes, que quitte cette fois Maurice Merleau-Ponty (avril 1954). Albert Camus n’emploie pas le terme de capitalisme mais s’arrête à dire « société marchande » dont il condamne l’immoralité. Après la réception du prix Nobel, il le répétera en Suède aux étudiants de l’université d’Upsal.

Ces premières années 1950 sont à la fois dures et quelque peu protégées pour Albert Camus. À la maison Gallimard, il a le soutien de Michel Gallimard face à l’autre auteur maison qu’est J.-P. Sartre ; les familles Gallimard et Camus se retrouvent dans les lieux de vacances. Plus encore, une véritable camaraderie s’est nouée avec le poète René Char qui lui ouvre de longs séjours en Provence, marqués en particulier par les liens entre parents et enfants dans les maisons d’Urbain Polge et de sa femme née Jeanne Mathieu ; depuis Alger, demeure une forte amitié avec les Jaussaud, Mado et Urbain devenu directeur au ministère du travail à Paris.

Albert Camus peut abriter ses crises de tuberculose dans des séjours répétés dans la région des premiers soins près de Chambon sur Lignon, et dans des séjours de villégiatures du Lubéron à la côte provençale. Il achète une maison à Lourmarin dans le Vaucluse, pratiquant des allées et retours sur Alger pour voir sa mère. S’il se soucie de ses enfants jumeaux, son passé et ses reconduites d’homme à femmes, renouvellent les perturbations. La liaison avec Maria Casarès a son éclat et ses éclats. Il suit la déchéance de son ancienne épouse, Simone Hié. Plus gravement, sa femme Francine, dépressive traitée pour névrose, entre en neurasthénie prolongée. On comprend que les écrits demeurent dans ses carnets et relèvent d’une correspondance dense et suivie, à l’exception de nouvelles dont la plus ample est La Chute, et qui prennent ensuite place dans le recueil L’Exil et le Royaume. Son temps parisien est consacré à l’adaptation théâtrale et à la mise en scène pour l’actrice Catherine Sellers, à la recherche d’une direction de théâtre.

A. Camus appartenait à « une génération obsédée par la guerre d’Espagne » (D. Guérin). Il multiplie les textes et les interventions de défense des républicains espagnols en exil et des syndicalistes poursuivis. Il prend la parole dans les meetings et adresse ses papiers à Solidaridad Obrera, le journal du syndicat anarchiste CNT. À l’annonce de l’entrée de l’Espagne à l’UNESCO en 1952, il présentera publiquement sa démission de cet organisme ; il stigmatise encore l’entrée de l’Espagne franquiste à l’ONU en 1955. Mais très tôt, son combat principal par la plume et la parole, est peut-être celui qu’il mène contre les camps en URSS. La divergence s’approfondit ainsi avec J.P.Sartre qui combat d’abord l’agressivité des États-Unis et le racisme colonial. Camus trouve ses appuis dans la presse anarchiste (Le Libertaire) et plus encore auprès de La Révolution prolétarienne de fidélité anarcho-syndicaliste. C’est à travers ce milieu qu’il est entré en contact avec les écrivains internationalistes qui refusent la guerre et la violence et plaident pour une paix civile.

En août 1948, La Révolution prolétarienne avait publié un appel signé par Nicola Chiaramonte, Sidney Hook, Gaetano Salvemini, Bertram Wolfe et les directeurs de Partisan Review et Politics, affirmant :

« 1° Nous considérons le stalinisme comme le principal ennemi en Europe.

« 2° Nous voulons aider toutes les tendances visant à la formation d’une nouvelle “gauche” qui soit indépendante à la fois des gouvernements soviétique et américain.

« 3° Notre principal objet est la libre communication entre intellectuels américains et européens ».

Albert Camus s’investit dans ce qui se nomme le Groupe de liaisons internationnales (GLI). En novembre 1948, le syndicaliste Roger Lapeyre, secrétaire de la Fédération des Travaux publics et Transports de la CGT-FO, prend contact avec Camus pour créer un groupe français se réclamant des principes énoncés dans l’appel de Chiaramonte et de ses amis. Le manifeste du groupe est principalement rédigé par Camus. Le groupe se réunit dans des locaux de la CGT-FO. Il apporte son aide à des réfugiés d’Europe de l’Est en quête de permis de travail et de cartes de séjour. A.Camus accueille notamment l’écrivain polonais Czeslaw Milosz.

Le GLI publie quatre numéros d’un bulletin ; le n° 1 paru en mars 1949 comprend des textes traduits de George Orwell ; l’avant-propos est de Camus. ; le n°2 (mai 1949) préfacé encore par Camus, est entièrement consacré au travail forcé en URSS. Les numéros trois et quatre sont publiés en juillet 1949 et avril 1950 ; Camus est alors parti pour l’Amérique latine puis tenu éloigné par la maladie jusqu’à l’automne 1950. À son retour à Paris, A.Camus s’associe à la dissolution du groupe.

Ses liens avec le groupe de La Révolution prolétarienne demeurent ; il préface le livre d’Alfred Rosmer Moscou sous Lénine publié en 1953. Il prend position contre la répression en Amérique latine et en Grèce, et redouble ses interventions publiques face aux troubles et aux coups d’arrêts de l’armée soviétique à l’Est. Le 30 juin 1953, il prend la parole dans un meeting en faveur des ouvriers de Berlin-Est et en juillet 1956 pour les ouvriers polonais de Poznan. Camus répond également au pathétique appel des écrivains hongrois en novembre 1956. Après l’intervention soviétique, il déclare au meeting de la salle Wagram du 15 mars 1957 : « Ce que fut l’Espagne pour nous il y a vingt ans, la Hongrie le sera aujourd’hui ». En 1958, il préface le livre sur L’Affaire Nagy, le président du Conseil hongrois arrêté et pendu.

C’est sur ce fond de positionnement dénonçant conjointement tout acte de terreur et toute forme de totalitarisme qu’il entend intervenir pour suspendre la guerre en Algérie et conjurer l’irréparable d’une rupture ; les implications personnelles sont certainement les plus fortes. En 1945 ses cris d’alarme après les massacres du Constantinois s’en prenaient déjà à la double terreur tuant des civils européens ou arabes car Albert Camus emploie les termes coloniaux d’identification globale par des ethnotypes comme dans son œuvre romancée. Il avait aussi condamné les horreurs des massacres à Madagascar en 1947. Dans ses carnets, rien sur l’Algérie dont le soulèvement national commence au 1er novembre 1954 jusqu’à l’été 1955 alors qu’il se met à la préparation et à l’écriture de ce qui sera son dernier livre Le premier homme qui revient en imagination à Mondovi à la recherche du père.

L’inquiétude devient hantise avec les nouveaux massacres du Constantinois en août 1955, ces « massacres de civils, faute inexpiable qui peut dresser une distance irrémédiable entre les communautés ». Par refus d’une Algérie nationale, A.Camus comme l’opinion majoritaire française coloniale s’enferme à parler de communautés et du fossé entre les deux communautés. Il s’exprime car il a une tribune en ayant accepté d’être éditorialiste à L’Express, ( 35 articles de juin 1955 à février 1956) fondant sur Pierre Mendès-France ses derniers espoirs de salut d’une Algérie française par de « vastes et profondes réformes qui rendent justice aux Arabes ».

Après le succès du Front républicain aux élections du 2 janvier 1956 qui poussent Guy Mollet au gouvernement, Albert Camus prépare l’appel à une trêve civile qu’il fait signer par ses amis de l’école artistique et littéraire d’Alger : J. de Maisonseul, L. Miquel*, Ch. Poncet*, E. Roblès* etc…, en obtenant aussi les signatures, car l’approbation de la direction intérieure du FLN est encore possible, de Mohammed Lebjaoui*, Boualem Messaoui, Mouloud Amrane, Amar Ouzegane*, et par ailleurs d’Aziz Kessous*. Il vient en lire le texte à Alger le 22 janvier 1956 à une réunion programmée au Cercle du Progrès en présence de Ferhat Abbas, Ahmed Francis, Tewfik el Madani dont le ralliement au FLN est en cours, tandis que dans la rue une manifestation « européenne » crie « A mort Camus » en une sorte de répétition de la journée du 6 février suivant qui fera reculer Guy Mollet. En février, le désespoir l’emporte, Albert Camus se retire de L’Express et rentre encore une fois dans le silence qui est aussi son exil. Certes, il dit du détournement d’avion en octobre 1956 des responsables du FLN, que c’est un acte « contraire à l’honneur » », mais il approuve l’expédition de Suez car elle entre dans sa vision qui voit dans l’insurrection algérienne, la collusion du panarabisme et du panislamisme dont Nasser est le bras armé.

Après un séjour ensemble dans le Lubéron (Provence) à l’été 1956, sa mère le quitte pour retourner à Alger qui est toute sa vie. Pour le fils, cet orphelin de guerre, au sens quasiment propre, l’Algérie redevient sa mère. L’angoisse se fixe sur le terrorisme urbain qu’il rejette au nom de ses principes qui excluent la responsabilité collective, et de tuer des civils. Comme il s’oppose aux bombes du FLN, il déplace la ligne de parité sur les morts « arabes » : « Je ne puis approuver le terrorisme civil qui frappe d’ailleurs beaucoup plus les civils arabes que les français. On ne peut me demander de protester contre une certaine répression, et de justifier un certain terrorisme, ce que je ne ferai jamais » (Lettre à Encounter, 1957).

Il importe de citer en entier la suite de phrases de commentaire en réponse à un jeune étudiant algérien qui clame : « L’Algérie sera libre », dans une réunion après la réception du prix Nobel à Stockholm le 13 décembre 1957. Après avoir dit : « J’ai été et je suis toujours partisan d’une Algérie juste où les deux populations doivent vivre en paix et dans l’égalité… J’ai toujours condamné la terreur », il reprend : « Je dois aussi condamner un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. »

Pour ce qui se passe en France, il condamne les attentats du FLN contre les partisans de Messali qui demeure pour lui, l’incarnation du mouvement algérien : « Allons-nous laisser assassiner les meilleurs militants syndicalistes algériens par une organisation qui semble vouloir conquérir, au moyen de l’assassinat, la direction totalitaire du mouvement algérien ? » (Le Monde libertaire, n° 31, déc.1957). En outre, il multiplie les lettres de demandes de grâce pour les emprisonnés partisans de l’indépendance algérienne, communistes compris. Dans Actuelles III, qui reprend ses « chroniques algériennes », il s’en tient au vœu de fédéralisme pour sauver la permanence des « deux communautés condamnées à vivre ensemble », se refusant à parler de nation algérienne.

Lors de l’accident fatal de voiture le 4 janvier 1960, on trouve dans sa sacoche le manuscrit inachevé du Premier homme. Autant que la quête du père, de « la souche paternelle », c’est un hommage à sa mère. (« Nous naissons séparés -sauf de la mère »). Comme dans L’Étranger, l’Arabe est un personnage sans nom représentant l’autre population sur cette terre « africaine », qui est désignée globalement à répétition par « les Arabes ». L’insurrection de Kabylie en 1871 est dite elle-même « l’insurrection arabe ». Si le mot berbère apparaît, c’est dans les notations en attente faisant écho au géographe E-F.Gauthier pour évoquer « le paysan berbère pauvre et ignorant ». Plus encore que ces paysans, ces nomades et ces arabes, ce sont les pauvres blancs ou les métis qui ont fait souche, qui sont liés par le sang, la lignée, la race en ce sens. Il reste un emploi du mot Algériens dans la formule relevée : « Le sens de l’honneur chez les Algériens ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article151862, notice CAMUS Albert [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 2 janvier 2014, dernière modification le 30 avril 2017.

Par René Gallissot

ŒUVRES : Fragments d’un combat 1938-1940. Alger républicain, édités par J.Lévi-Valensi et A. Abbou, Cahiers Albert Camus 3, Gallimard, Paris, 1978.Albert Camus et Pascal Pia, Correspondance 1939-1947, Fayard-Gallimard, Paris, 2000. — Albert CAMUS. Bibliothèque de la Pléiade, nouvelle édition, Gallimard, Paris, 2006, dans t.1 : 1931-1944, articles publiés dans Alger républicain et Soir républicain ; t.2 : articles de L’Express, Chroniques algériennes, Lettre à un militant algérien, Le premier homme. -Pour la liste des articles de et dans la presse libertaire, se reporter à notice complétée par Ch.Jacquier dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, op.cit., t.44.

SOURCES : J.Levi-Valensi, « L’engagement culturel » et « La condition sociale en Algérie » et A.Abbou, « Combat pour la justice », Revue des Lettres modernes, n°315-322, 1972, Paris. – H.R.Lottman, Albert Camus, Le Seuil, Paris 1978. – Interview enregistré de Roland Rhaïs* par J.L. Planche, Alger 1981. — Y.Guérin, Camus et la politique. Actes du colloque de Nanterre, 5-7 juin 1985. L’Harmattan, Paris 1986. – R.Grenier, Albert Camus soleil et ombre, Folio, Gallimard, Paris 1991. — E.Roblès, Les rives du fleuve bleu. Camus et la trêve civile. Point-Le Seuil, Paris 1992.– J.Y.Guérin, Camus, portrait de l’artiste en citoyen, Françoise Bourin, Paris 1993. – O.Todd, Albert Camus. Une vie. Gallimard, Paris 1996. — J.J.Gonzalès, « Camus. L’exil absolu » dans Camus et les écritures du XXe siècle. Colloque Université de Cergy-Pontoise, Presses universitaires d’Artois, 2002. – O. Hamouda, Albert Camus à l’épreuve d’Alger républicain. OPU, Alger, 2002. -J.J. Gonzalès, « Une utopie méditerranéenne. Albert Camus et l’Algérie en guerre. » dans M. Harbi et B. Stora (dir.), La Guerre d’Algérie. 1954-2004. la fin de l’amnésie. Robert Laffont, Paris 2004. – G. Laisné, Engagements d’un quotidien en société coloniale. Le cas d’Alger républicain (1938-1955). Mémoire de master, Institut d’études politiques, Paris 2007. — Christian Phéline et Agnès Spiquel-Courdille, Camus, militant communiste. Alger 1935-1937, Gallimard, 2017.

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