CAMIZON Édouard [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Elève instituteur de l’École normale de La Bouzaréah (Alger), étudiant socialiste puis communiste, participant à la reconstitution de la cellule communiste de l’École normale en 1931 ; instituteur à Misserghin près d’Oran, responsable du SNI et organisateur de la CGTU, animateur du Front populaire dans la région d’Oran.

Les grands parents d’Édouard Camizon appartenaient à une famille provençale qui habitait Oran où il est élevé. Il entre à l’École normale de La Bouzaréah à Alger où en 1931, il devient très ami de Gaston Donnat* qui arrive de l’École normale d’Aix-en-Provence pour devenir instituteur en Algérie car sa mère vient de s’installer à Alger. Sous l’influence de professeurs socialistes (SFIO), tous deux s’inscrivent au groupe des Étudiants socialistes qu’anime à Alger le jeune Max-Pol Fouchet*. Les réunions se tiennent au reste souvent à l’EN de La Bouzaréah. Un élève de la section indigène, peu nombreuse et inférieure, Ahmed Smaîli* qui est en première année, très dynamique, leur fait découvrir les limites des enseignants socialistes qui se situent à côté sinon en dehors de la société colonisée et ne cherchent pas à voir la question nationale ; il les entraîne vers le communisme. C’est ainsi que se fonde (ou se refonde) la cellule communiste de l’École de La Bouzaréah (2 Européens et 3 Algériens). Les liaisons sont faibles avec la Région communiste qui est alors à la peine (voir au nom de Si-Ahmed Belarbi*).

Nommé instituteur à Misserghin, Édouard Camizon applique en compagnie de Lisette Vincent* qui est en poste dans le même groupe scolaire, les méthodes de pédagogie active ouvrant la scolarisation et autant qu’ils peuvent, les activités périscolaires (gymnastique, sport, théâtre, danse) aux enfants algériens garçons et filles. Ils sont en butte aux menaces des colons qui portent revolver ; ils subissent même des attaques physiques et des coups montés en accidents de voitures.

Édouard Camizon qui milite à la CGTU et au SNI, est encore peu suivi quand il participe aux grèves de février 1934 et aux journées de manifestations qui ouvrent la marche au Rassemblement populaire. Il est en 1936 un des animateurs du Front populaire notamment lors de la campagne électorale du socialiste Marius Dubois* (qui sera élu député) aux prises avec la partie de la droite coloniale dont le maire de Misserghin qui s’associe aux appels à la violence et au populisme raciste et fasciste de l’Abbé Lambert maire d’Oran. Il s’illustre à faire franchir les barrages armés par les colons, au candidat du Front populaire venu prendre la parole à Misserghin, et à le faire ressortir de la ville.

Il reste en relation avec les dirigeants oranais du PCA, Nicolas Zannettacci* qui applique les mots d’ordre antifascistes de primauté d’union à la France en mettant en retrait l’idée d’indépendance de l’Algérie, et plus encore avec Thomas Ibanez* qui vient de quitter la SFIO et sera le réorganisateur en clandestinité du PCA interdit, en 1939 à Oran puis en 1940 à Alger reprenant l’objectif d’indépendance. L’influence communiste d’Edouard Camizon semble avoir été durable dans ce secteur de l’Oranie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article151858, notice CAMIZON Édouard [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 2 janvier 2014, dernière modification le 2 janvier 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : G. Donnat, Afin que nul n’oublie. L’itinéraire d’un anticolonialiste. Algérie-Cameroun-Afrique. L’Harmattan, Paris 1986. – J.-L.Einaudi. Un rêve algérien. Histoire de Lisette Vincent, une femme d’Algérie. Dagorno, Paris 1994.

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