BOLO Etienne [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né en février 1928 à Nantes (Loire Atlantique, France), se suicidant à l’Université de Paris-8 à Saint-Denis, le 7 mai 1985 ; licencié en philosophie, quittant le PCF en 1956, clandestin très actif dans le soutien au FLN dans le réseau Jeanson* ; de retour en France après un passage au Maroc, arrêté à la fin de 1960 ; libéré de la prison de Fresnes, gagnant l’Algérie avant de revenir en France ; enseignant à part.

Parmi les premiers engagés dans le soutien clandestin au FLN en France, il faut compter Etienne et Paule Bolo. Enfant d’une famille catholique de notables nantais, Etienne Bolo est d’abord élève de l’école des Jésuites. Après hypokhâgne et khâgne à Lyon, il poursuit des études de philosophie à la Sorbonne ; il travaille pour les Éditions du Seuil auprès de Francis Jeanson* qui vient de publier Le Problème moral et la pensée de Sartre.

Née en 1929, une étudiante de philo, venant de Lyon où elle a connu en hypokhâgne et en pension Hélène Cuénat*, partage son cheminement intellectuel entre Jeanson et Sartre ; elle est pionne de lycée mais fait des lectures pour Le Seuil. Mariés, Paule et Etienne Bolo adhèrent au parti communisme par marxisme sartrien ; ils ont bientôt deux enfants. Pour eux la grande coupure intellectuelle et militante est prononcée par le vote communiste en mars 1956, des pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet, pour le maintien de l’ordre en Algérie. Ils déchirent leur carte du Parti.

Au témoignage d’Hélène Cuénat*, c’est dès Pâques 1957 qu’Étienne Bolo fait des passages en Suisse en courrier du FLN. En tout cas, les Bolo sont présents à la réunion dite fondatrice du réseau Jeanson avec Hélène Cuénat et Monique des Accords, aux côtés de Robert Davezies* et d’autres prêtres de la Mission de France chez Colette et Francis Jeanson* au Petit-Clamart le 2 octobre 1957.

En 1958 pendant six longs mois, Paule Bolo loge avec les enfants près de Saint-Jean-de-Luz (pays basque en France) pour assurer les passages aux frontières espagnoles. Elle revient à Paris pour s’occuper de la publication de Vérités pour…, puis quand les arrestations se rapprochent, elle part s’abriter au Maroc à la fin de 1958. Entrecoupée par un court séjour au Maroc, c’est la période la plus active et la plus risquée des activités clandestines d’Étienne Bolo, passeur, porteur et transporteur, toujours sous tension mais apparemment infatigable, qui se termine par l’arrestation à la fin de 1960, et l’emprisonnement à Fresnes. Les mois de prison détériorent sa santé, déjà secouée.

Après l’indépendance, il travaille en Algérie à la formation des adultes puis revient en région parisienne. En 1970 en Provence, des promeneurs croient le voir allumer des incendies ; ces accusations fantasmatiques suscitent des échos de presse délirants en réaction contre Mai 68 alors qu’il s’est montré distant du mouvement.

En un sens parce qu’à contre-courant politique, à gauche même, et après 1968 s’inscrivant dans le mouvement contre-culturel, position difficile quand on n’appartient pas au monde des héritiers ou des universitaires au statut garanti, Étienne Bolo est devenu un homme à part. Il le reste dans sa trajectoire enseignante à l’Université de Vincennes et Paris 8 à Saint-Denis, contrariée académiquement. Il se donne la mort en 1985. Me Beauvillard qui a été son avocate pour la cause algérienne, fait de cette fin, une suite de son action contre la guerre coloniale de la France en Algérie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article151648, notice BOLO Etienne [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 29 décembre 2013, dernière modification le 29 décembre 2013.

Par René Gallissot

SOURCES  : Témoignages de Paule Bolo et de Michèle Beauvillard dans J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie  : des acteurs parlent. La Découverte, Paris, 2004.–Correspondance d’Hélène Cuénat.

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