MISRAOUI Meziane [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Syndicaliste CGT des cheminots à Alger (Algérie) ; membre de la CE de l’Union régionale CGT des chemins de fer en 1953, ; un des organisateurs en 1956 du passage à l’UGTA avec l’aval du FLN ; à l’indépendance, secrétaire général de la Fédération des syndicats de cheminots de l’UGTA.

Originaire de Sidi-Aïch en Kabylie, Meziane Misraoui commence comme auxiliaire aux chemins de fer vers 1943-1944 et adhère à la CGT. Nationaliste du PPA (Parti du peuple algérien), interdit, il participe aux défilés de mai 1945 à Alger, qui subissent la fusillade. Il est très actif dans les grèves très dures de 1947-1948 . Il déplore que les auxiliaires, majoritairement algériens, ne soient pas pris en compte dans les améliorations obtenues dans ces luttes ; il voit une discrimination coloniale dans la seule reconnaissance des employés titulaires, ce que sont presque toujours les « Européens » ; pour lui, c’est une raison de plus de pousser l’algérianisation de la CGT face aux « droitiers » autour du secrétaire des cheminots qu’est Justin Escarnot*, selon la formule de Lakhdar Kaïdi*, futur secrétaire général de l’UGSA (Union générale des syndicats algériens),

Membre de la commission exécutive de l’Union territoriale (Algérie) des cheminots, il le dit au congrès de la CGT à Paris où il est délégué en 1953, en appelant à la fin des systèmes coloniaux en Afrique du Nord. Il profite du congrès pour nouer les contacts avec Omar (Saïd) Belouachrani*, le responsable de la Commission nord-africaine de la CGT qui encadre l’émigration algérienne. Alors que la CGT a été autonomisée relativement en UGSA en juin 1954, avec son franc-parler, dans une réunion de la Commission exécutive des cheminots au début de 1956, il met en garde « le camarade Escarnot » et les dirigeants français, de privilégier la défense des « Européens » pour les retenir, vainement au reste sauf les communistes convaincus, dans le syndicat commun CGT-UGSA, et de ne pas prendre en considération, « l’opinion des Algériens » alors que le combat pour l’indépendance a commencé (témoignage de mémoire en 1989). Cette réunion est la dernière de la Commission exécutive de l’UGSA-CGT.

En effet, les messalistes du MNA précipitent la création de leur centrale qui sera l’USTA (Union syndicaliste des travailleurs algériens) déclarée à la préfecture d’Alger, le 14 février 1956. Meziane Misraoui participe alors aux réunions de préparation de la mise en place de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) qui se tiennent le plus souvent dans un café du quartier de la Marine au bas d’Alger, près du port. Il veille à la création de la Fédération des cheminots avec ses proches camarades nationalistes, Rouzek Belmihoub*, Boualem Bourouiba*, Brahim Zerdani*. En poste sur la ligne de Constantine à la gare de Beni Mançour, il n’est pas à l’Assemblée générale constitutive de l’UGTA et n’entre pas au premier secrétariat. Cependant en contact avec le maquis de sa région, il avait obtenu l’aval du commandement militaire de l’ALN (Armée de libération nationale) qui rejoint donc l’approbation de Ramdane Abane* et de la direction du FLN (Front de libération nationale) à Alger.

Membre du FLN, il fait partie de ce groupe de cheminots qui assurent les transbordements et les liaisons avec le Constantinois ; il sait aussi tenir tête au chefs miltaires et empêcher ainsi l’ALN de brûler la gare de Beni Mançour. Il joue un grand rôle non seulement dans la mise en place des syndicats UGTA de cheminots mais aussi dans la préparation de la grève de 8 jours pour la fin janvier 1957. C’est alors qu’il est arrêté et amené à Tizi-Ouzou pour subir l’interrogatoire sous la torture ; il est retrouvé dans un triste état. Il connaît ensuite les camps avant de revenir à l’action syndicale au printemps 1962, accompagnant notamment Boualem Bourouiba* dans sa tournée de reconstitution de l’UGTA dans l’Est algérien. C’est pour ses activités au FLN durant la guerre, qu’il n’est pas mis de côté lors du premier congrès de l’UGTA en janvier 1963, mais devient secrétaire général de la Fédération des cheminots.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article151560, notice MISRAOUI Meziane [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 26 décembre 2013, dernière modification le 26 décembre 2013.

Par René Gallissot

SOURCES : M. Farès,ïssat Idir, op. cit. — Témoignage de M. Misraoui daté du 6 septembre 1989 in B. Bourouiba,Les syndicalistes algériens, op. cit. — N. Djabi, Kaidi Lakhdar, Une histoire du syndicalisme algérien. Entretiens, Chihab Éditions, Alger, 2005.

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