BELKAÏD Aboubeker [Dictionnaire Algérie]

Par Laure Pitti

Né le 19 mars 1934 à Tlemcen, assassiné à Alger le 28 septembre 1995 ; membre du Comité d’entreprise de l’usine Renault de Billancourt au titre de la CGT ; responsable clandestin de la Fédération de France du FLN, un des fondateurs de l’AGTA.

Ayant quitté l’Algérie pour la métropole, vraisemblablement après le déclenchement de l’insurrection, A. Belkaïd est embauché aux usines Renault à Boulogne-Billancourt en février 1956 comme OS (Ouvrier spécialisé) aux fonderies, secteur de l’usine qui employait alors une très forte proportion d’ouvriers algériens. Il milite au sein de la CGT sur la liste de laquelle il est élu au Comité d’établissement de Billancourt en 1960, mais ce sont surtout ses responsabilités dans le mouvement nationaliste qui font de lui une figure parmi les Algériens de métropole, une figure à Renault et plus largement au sein de la Fédération de France du FLN.

Il est ainsi avec Omar Ouhadj*, l’un des deux responsables, du Conseil d’entreprise Renault de l’AGTA, clandestin à compter d’août 1958. Il fait partie de ce qu’Ali Haroun nomme “le noyau constitutif de l’AGTA” en France métropolitaine, composé en grande partie d’Algériens travaillant chez Renault tels Omar Ouhadj* ou Saïd Slyemi*. Membre du Comité directeur de l’AGTA dès sa création en février 1957, il le reste jusqu’en avril 1960 : il est alors nommé coordinateur du Collectif des avocats par la Fédération de France du FLN.

Plusieurs militants ouvriers de la cause algérienne voient en lui un envoyé de la Fédération de France à Renault, en charge d’y encadrer les Algériens ; Renault à Boulogne-Billancourt constitue en effet l’unique exemple d’une usine où se structure un noyau FLN tandis que le quadrillage du territoire métropolitain s’établit sur la base des quartiers d’habitation. Les mêmes mentionnent une rencontre qui aurait eu lieu en 1960 ou au tout début de 1961 entre lui et Pierre Dreyfus, PDG de l’entreprise, à la demande de ce dernier qui aurait ainsi voulu assurer à Renault des débouchés dans l’Algérie indépendante, ce dont on ne trouve cependant aucune trace dans les mémoires du dit PDG.

Arrêté par la DST le 6 février 1961, il est interné à Fresnes jusqu’en mars 1962. Amnistié, il est réintégré chez Renault en mai 1962, où il travaille jusqu’en février 1963 toujours comme OS aux fonderies. Il rentre alors en Algérie où il rejoint la direction de l’UGTA après le coup de force de janvier 1963 par lequel le Bureau politique du FLN a imposé une nouvelle direction à l’organisation syndicale. Arrêté en 1964, sous Ben Bella, il devient en 1965 directeur de l’Institut national de formation professionnelle, ce qui lui vaut ensuite d’être conseiller gouvernemental pour la formation professionnelle et d’entrer au secrétariat de plusieurs ministères. En 1984, il est vice-ministre de la construction puis en 1986 et 1987, ministre du travail, avant de devenir ministre de l’Enseignement supérieur. Ecarté en septembre 1989 du gouvernement Hamrouche, il revient dans le gouvernement Ghozali. Comme ministre de l’Intérieur, il prépare les élections législatives de 1991, interrompues. Homme lié aux services et à une fraction des militaires, il prend part ensuite à la mise en place du Haut Comité d’État. Déjà menacé par ce rôle, il fait aussi l’objet d’une campagne le visant pour être marié à une française et mettre ses enfants dans les établissements de la Mission française. Il est assassiné à Alger, place du Square Port-Saïd, en sortant d’une réunion des Anciens de la Fédération de France du FLN, le 28 septembre1995.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article151478, notice BELKAÏD Aboubeker [Dictionnaire Algérie] par Laure Pitti, version mise en ligne le 24 décembre 2013, dernière modification le 17 août 2017.

Par Laure Pitti

SOURCES : Arch. Régie Nationale des Usines Renault, Direction du Personnel, Registre d’embauche 1956 et fichier du personnel de l’entreprise, fiche informatique individuelle d’Aboubekr Belkaïd, 15 février 1963, classement SGA, service 07.16 ; Contrôle social Billancourt-Liaisons CE, relatif aux séances du Comité d’Etablissement, dossiers n°59 et 60 ; service 07.16 ; Relations de travail, dossiers n°131 et 140. — Archives privées d’Henri Benoits ; archives privées d’Omar Ouhadj. — Entretiens avec Ali Haroun, Paris, 6 décembre 2000 ; avec Henri Benoits, Issy-les-Moulineaux, 11 et 26 mars 1993, 12 mars 2004 ; avec Claude Poperen, Paris, 4 juillet 2001. — L. Pitti, Ouvriers algériens de Renault, thèse, op.cit. — Pierre Dreyfus, Une nationalisation réussie : Renault, Paris, Fayard, 1981. — Ali Haroun, La 7e Wilaya. La guerre du FLN en France, 1954-1962, Paris, Seuil, 1986.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément