PICARD Louis, Joseph, Marie

Par Alain Prigent

Né le 30 juin 1911 à Trézény (Côtes-du-Nord), mort le 7 février 1987 à Villejuif (Val-de-Marne) ; ouvrier puis employé ; militant de la CGT ; responsable du PC clandestin dans les Côtes-du-Nord ; membre du comité central du PCF (1945-1947).

Fils de Louis et Jeanne Sadou, journaliers agricoles, Louis Picard fut orphelin de père à neuf mois. Après avoir obtenu son certificat d’études, il fut valet de ferme, puis apprenti menuisier. Il travailla un temps, selon Léon Razurel, au teillage de lin Geffroy à Trézeny. Il quitta ensuite la Bretagne avec sa mère travaillant comme ouvrier textile puis manoeuvre dans une usine d’alimentation. Sa mère ménagère était sympathisante du PC. Employé de mairie puis semi permanent à la section du Parti communiste d’Ivry où il était domicilié, Louis Picard était membre dès 1932 de l’association " Les Bretons émancipés ". Il se syndiqua à la CGTU en 1934 et adhéra au PC en mars 1935. Responsable de l’Union intersyndicale d’Ivry en 1936, il appartint également au secrétariat de la section locale du PC de 1936 à 1939. Il suivit une école de formation politique.

Après avoir fait son service militaire comme 2e classe radio, mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier en Allemagne. Libéré en mars 1942 en raison de son état de santé, il fut hospitalisé à Rennes. Il reprit alors contact avec la famille Razurel qui l’aida à s’installer à Lannion. Ayant repris contact avec son parti, il retourna dans les Côtes-du-Nord chez sa mère qui demeurait à Lannion. Travaillant chez un marchand de vins, il circulait dans le Trégor. Ayant repris contact avec son parti, il renoua les fils avec les militants d’avant-guerre qu’il connaissait comme Gustave Marzin et Louis Pichouron. Les rencontres de football le dimanche après-midi, en particulier celles de l’USL (Union sportive lannionnaise) étaient souvent l’occasion de rencontres clandestines entre militants. Il reprit ainsi contact avec Léon Razurel et Yann Le Floc’hmoan. Responsable de la région des Côtes-du-Nord du PC clandestin, Yves ou Kervarec, succéda dans les premiers mois de 1943 à Pierre Le Quéinec, à Jean Jouneau, Léon Renard puis à Louis Pichouron lors que celui-ci fut repéré par la SPAC au pritemps 1943. Louis Picard échappa aux grandes arrestations du printemps 1943 fatales à Marcel Brégeon, et à celles d’août 1943. Il fut à partir de février 1944 l’adjoint de René Poirot à l’interrégion des quatre départements bretons. Le domicile d’André Mussat dont l’épouse était institutrice à Loguivy-Plougras était à ce moment l’une « planques » de Picart qui y rencontrait Maria Rabaté et les autres responsables des mouvements du Front National, comme les militants des FUJP comme Jean Le Floc’hmoan ou François Le Jean.
Au moment de la Libération Louis Picard se trouvait avec René Poirot à Saint-Nicolas-du-Pélem où la direction clandestine avait été installée.

Après la Libération, il regagna la région parisienne. Instructeur du CC (comité central), il fut adjoint à l’éducation en 1944-45, membre du comité de la fédération de la Seine et secrétaire régional de Paris-Sceaux (Seine Sud) après Paul Esnault et avant la recentralisation de la Seine, en 1947. Il fut élu en juin 1945 membre suppléant du comité Central (au Xe congrès de Paris) puis membre titulaire en juin 1947 (XIe congrès de Strasbourg). Il fut écarté de la direction au XIIe congrès de Gennevilliers en 1950, son destin fut en partie lié à celui de Chaintron en 1949-1950. Selon les archives du PCF, il intervint lors de la session du 3 novembre 1945 évoquant la situation de sa fédération et le 12 septembre 1947 pour souligner l’importance des cadres politiques au sein des entreprises.
Habitant Villejuif, il rédigea un manuscrit resté inédit sur sa vie militante et également sur l’histoire de la Bretagne. Dans une lettre adressée à Gaston Plissonnier, responsable de la SMC (section pour la montée des cadres), Janince indiquait que Louis Picard n’était plus membre du parti à Villejuif le début des années 60. Marqué par les problèmes de santé de ses deux enfants, il avait progressivement quitté les réseaux de sociabilité communistes. N’achetant plus l’Humanité-dimanche dans son quartier, il avait cependant signé quelques appels locaux sans jamais marquer d’opposition à la politique du parti.

Au début des années 70, il commença à rédiger ses mémoires. Ce manuscrit qui devait intégrer, selon Jean Le Jeune qui fut membre du CC en même temps que lui, un essai sur l’histoire de la Bretagne, ne fut jamais publié. Le Jeune avait composé un certain nombre de tableaux et tapisseries qui devaient illustrer l’ouvrage.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article151187, notice PICARD Louis, Joseph, Marie par Alain Prigent, version mise en ligne le 13 janvier 2014, dernière modification le 13 juillet 2015.

Par Alain Prigent

SOURCES : Arch. dép. Côtes d’Armor 1043W32 et 1043W33 (PC clandestin). —Arch. dép. Ille-et-Vilaine 213W68, dossier de la Cour de Justice de Rennes, Procès Léon Renard, juin 1946. — Dossier RGASPI (495 270 du 29 mars 1945), transmis par Paul Boulland. —Les réunions du CC du PCF. Etat des sources et des instruments de travail, Tomes 3 et 4, Fondation G. Péri et archives départementales de Seine-Saint-Denis, 2010. —Composition des comités fédéraux et fichier des élus et des candidats de la Fédération des Côtes-du-Nord du PCF établis par Gilles Rivière. —L’Aube Nouvelle, hebdomadaire de la fédération des Côtes-du-Nord du PCF, N°55, 22 décembre 1945. —Christian Bougeard, Le choc de la deuxième guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord, thèse de doctorat d’Etat, Rennes II, 1986. —Eugène Kerbaul, 1270 militants du Finistère (1918-1945), IRM Bretagne, 1985. —Jean Le Jeune, Itinéraire d’un ouvrier breton, chez l’auteur, 2002. —Louis Pichouron, Mémoire d’un partisan Breton, Presses universitaires de Bretagne, 1969. —Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000. —Le Maitron, notice non signée in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (DBMOF), période 1919-1939. —Entretiens avec Gustave Marzin (1984), Jeannette Le Paranthoen (1994), Robert Le Grouiec (1999), et Léon Razurel (1999). —Notes communiquées par Paul Boulland. — État civil.

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