Né le 10 janvier 1947 à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines) ; gréviste de mai-juin 1968 à Bezons (Val-d’Oise), licencié ; jeune militant de plusieurs organisations anarchistes et libertaires puis de "Vive La Révolution", adhérent CGT puis CFDT, délégué du personnel CFDT à Renault Flins de 1972 à 1974, animateur des grèves d’OS de 1973, correspondant du journal Libération à Besançon (conflits LIP, sidérurgie, Alsthom Belfort), journaliste et chef de service à Libération, retraité en 2006.

Son père était ouvrier maçon et sa mère conditionneuse dans une usine d’eau de Javel. Ses parents se présentaient comme sympathisants communistes mais sans être adhérents. Son père appartint à la CGT de 1936 à 1952 et resta ensuite pour ses camarades de travail et sa famille une « grande gueule ».
Son père et sa mère se voulaient non croyants tout en étant tolérants avec la religion. Ils laissèrent le jeune Michel, huit ans, fréquenter le catéchisme à sa demande, tout en restant perplexes devant cette « vocation », qui prit fin brusquement, après la mort de son petit neveu de cinq ans, Michel Coinon, terrassé par une leucémie fulgurante le 15 août 1957, alors que Michel Chemin effectuait un pèlerinage à Lourdes. Michel Chemin eut deux frères et deux sœurs beaucoup plus âgés, onze années le séparant du quatrième enfant.
De 1953 à 1961, il fréquenta l’école primaire rue du Prieuré à Maisons-Laffitte (Seine et Oise puis Yvelines). Il obtint le certificat d’études primaires en Juin 1961 et par la suite un CAP d’ardoisier après cinq mois de formation à Trélazé (Maine et Loire) au printemps 1966.
Michel Chemin entra dans la vie professionnelle en juillet 1961 d’abord comme apprenti charcutier chez Bérard à Maisons-Laffitte, ensuite dès le mois suivant comme apprenti volailler chez Hardy, toujours dans la même ville, enfin de septembre 1961 à novembre 1961 comme « mousse » dans une entreprise du bâtiment, Lefebvre. Il était chargé de faire chauffer les gamelles et de nettoyer le réfectoire sur un chantier du SHAPE à Carrières sous Poissy (Yvelines), une ancienne carrière à champignons transformée en locaux de commandement militaire. Il y connut un premier licenciement suite à un bref débrayage relatif au montant de la « prime de panier », dernier jeune embauché, licencié pour l’exemple. De décembre 1961 à août 1964, il fût apprenti couvreur chez Bridault et Geslin à Maisons-Laffitte. De septembre 1964 à avril 1968, il enchaîna comme compagnon couvreur puis ardoisier chez Lesage à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise). Une fausse déclaration relative à un accident du travail l’amena à quitter l’entreprise. Le 3 mai 1968, il intégra l’usine de joints en caoutchouc Standard Products à Bezons (Hauts de Seine). La grève avec occupation s’y déroula du 15 mai au 1er juillet, avec création d’une section syndicale CGT. Standard Products, qui jusque là n’avait jamais connu de grève fut la dernière entreprise à reprendre le travail à Bezons. Le 20 juillet Michel Chemin fût licencié avec deux autres grévistes militants syndicaux, mais un compromis impliquant Paul Huvelin, alors dirigeant du CNPF, lui permit de retrouver un poste d’OS à Kléber Colombes (Hauts de Seine) de septembre 1968 à septembre 1970.
Au cours de l’été 1968, Michel Chemin participa à « l’Université populaire de Montpellier, organisée par l’UNEF. Il y rencontra des militants des Cahiers de mai, avec qui il se lia sans plus d’engagement.
Séduit par l’image combative de Renault Flins, Michel Chemin rejoignit, comme OS, l’atelier de montage « Mécanique » en omettant de parler de son passage chez Kléber. Il y travailla de novembre 1970 à février 1974.
Il exerça l’activité professionnelle de journaliste à Libération de mars 1974 à mars 2006, successivement rédacteur de la rubrique « social-société », grand reporter et chef de service des rubriques médias et sports. Il prit sa retraite en Mars 2006.
Michel Chemin fut exempté de service militaire en 1966 après un grave accident de voiture qui l’immobilisa huit mois.
De 1962 à 1965, il participa aux activités de la toute nouvelle MJC de Maisons-Laffitte et il y découvrit le théâtre. Ayant appartenu à des « bandes de jeunes » qu’il qualifie de proche d’une gauche libertaire, composées de jeunes ouvriers comme lui, Michel Chemin se retrouva de 1962 à 1968 militant pour l’obtention d’un statut d’objecteur de conscience sous l’impulsion de Louis Lecoin* et de son journal Liberté. En 1966, Louis Lecoin lui proposa de devenir correcteur d’imprimerie, ce qu’il refusa : « pour ne pas trahir ses copains par une solution individuelle ».
De 1965 à 1968, Michel Chemin milita à la Fédération Anarchiste, se rendant chaque samedi à son siège, rue Ternaux à Paris. Il y connut Maurice Joyeux et son journal Le Monde Libertaire, mais il vécut assez mal l’opposition de ce dernier à Louis Lecoin. Il participa à des contacts avec la CNT espagnole clandestine entre 1965 et 1970, appartint au petit groupe « Anarchie et Non Violence » en 1967-1968, groupe restreint, qui avait tissé des liens avec Lanza Del Vasto.
Michel Chemin connût l’organisation d’extrême gauche VLR (Vive La Révolution) par l’intermédiaire de l’un de ses distributeurs de tracts aux portes de l’usine Kleber-Colombes. Il fût dans la foulée licencié de cette usine pour avoir collé des affichettes en défense d’un ouvrier cariste, victime de la répression. Il milita au sein de VLR qu’il caractérise comme « mao-libertaire » de 1970 à son autodissolution en 1972, il fréquenta ses stages organisés au CLAJ à Poissy (Yvelines) et la librairie « La Commune » face à la faculté Censier à Paris. Dans cette mouvance, il participa au FLJ (Front de Libération de la Jeunesse) puis à la Base Ouvrière de Renault Flins qui s’exprimait régulièrement par tracts aux portes de l’usine.
Durant ces périodes, Michel Chemin fournit quelques contributions écrites à Liberté, à Action Directe, alors publication de la microscopique branche française de la CNT et à Tout organe de VLR.
En novembre-décembre 1971, Michel Chemin et sa première épouse, Micheline, furent les principaux acteurs d’une mobilisation sur le logement social qui attira l’attention des médias locaux : « une tente au Val Fourré » à Mantes la Jolie (Yvelines). Soutenu par VLR et la GOP (Gauche Ouvrière et Paysanne) issue du PSU, le couple avait décidé de planter une tente sur un terrain vague du Val Fourré, pour réclamer une HLM. Au bout d’un mois de médiatisation dont au moins 13 tracts et deux affiches, signés "Michel, Micheline et ceux qui les soutiennent", le maire de la ville, Jean Paul David, leur accorda un appartement.
Michel Chemin fut membre de la CGT de 1964 à 1968 sans y exercer de responsabilité. Dès décembre 1970, il adhéra à la CFDT de Renault Flins. Dans la foulée de l’échec des grèves de 1971 à Renault Flins, l’avocat Étienne Grumbach, l’un des coordonnateurs de VLR et de la Base Ouvrière engagea des discussions avec la CFDT. Il en découla, la Base Ouvrière décidant sa dissolution, l’intégration de plusieurs ouvriers dans l’équipe militante cédétiste. Michel Chemin détint ainsi un mandat de délégué du personnel de 1972 à 1973, la période suivante étant marquée par des annulations successives d’élections pour rayures racistes. Il fut rapidement considéré par une partie de l’équipe syndicale comme l’un des futurs responsables de la CFDT Renault Flins. Du 9 au 21 octobre 1972, il participa à une formation sur la Régie Renault, mise sur pied pour la CFDT, à l’Institut des Sciences Sociales de Strasbourg. Il fut l’un des animateurs des grèves des OS de 1973. Il publia avec l’un des licenciés du conflit, Marc Lazerge, un document, d’abord ronéotypé « le mouvement des OS de Flins (29 mars-26 avril 1973) » puis repris dans le numéro 323 bis de la revue Les Temps Modernes.
Interrogatif quant à son engagement à Renault Flins, Michel Chemin se rendit en juin 1973 auprès des travailleurs de LIP. Il en revint à Renault Flins avec une délégation qui assura tout à la fois la popularisation du conflit et la vente de montres. Il rencontra également à Besançon des militants libertaires en qui il avait confiance, qui mirent en valeur le projet du journal quotidien Libération qui se lançait et qu’il estimait être « une nouvelle manipulation de la Gauche Prolétarienne ». Convaincu « qu’il ne voulait plus rester à Flins, car on ne pourrait jamais y faire LIP » Michel Chemin se présenta au journal Libération. Il fut dans un premier temps pris à la mise en page tout en écrivant. Au bout de six mois il intégra le service social dirigé par Jean-Marcel Bouguereau, un ancien militant des Cahiers de Mai. Il devint durant quatre ans correspondant du journal à Besançon, couvrit le deuxième conflit LIP, la lutte des sidérurgistes à Longwy, l’aventure de la radio Lorraine Coeur d’Acier, la grève d’Alsthom Belfort. Il écrivit soit sous son nom, soit avec un pseudonyme, François Mahossier. Portant un regard rétrospectif sur son propre apport au journal à ces occasions, il porte en 2012 un jugement critique « je me vivais comme haut parleur des luttes, comme plume des sans voix, quitte à faire des impasses sur les reportages, je n’étais pas forcément objectif ».
Michel Chemin décrivit une partie de son parcours dans le numéro de la revue Autrement pour le dixième anniversaire de mai 1968 sous le titre « dix ans ventre à terre ». De même Libération du 29.12.1978 organisa un débat intitulé « usines 78 comment peut-on être militant ? Michel Chemin, Daniel Richter, Nicolas Dubost, trois expériences de la militance ouvrière à Renault Flins s’entrecroisent. » (Nicolas Dubost a publié chez l’éditeur Maspero en Avril 1979 l’ouvrage Flins sans fin). Michel Chemin fut aussi l’un des intervenants du livre Nous l’avons tant aimé la révolution de Dany Cohn-Bendit (éditions Bernard Barrault 1986).
De retour à Paris en 1981 après l’élection de François Mitterrand* comme président de la République, Michel Chemin fut cette fois officiellement embauché comme journaliste à Libération. Le service « sports » qu’il intégra maintint bien après d’autres, jusqu’en 1990, l’égalité originelle de salaire qui existait auparavant. Il en devint chef de service de 1996 à 1998, puis voulut prendre du champ après la tonalité générale « black, blanc, beur » suite à la Coupe du monde de football. Fasciné par l’univers de la boxe, il y consacra de nombreux articles et deux livres : La Boxe dans son siècle (Editions La Sirène 1992) et La Loi du ring (Editions Gallimard 1993). En 1997, Michel Chemin fut lauréat du Prix Crédit Lyonnais (ex Prix Martini) qui récompense le meilleur article sportif de l’année. Jusqu’en 2002 il eut en charge le multi média, puis revint aux sports pour remettre sur pied un service qui se déchirait. En désaccord avec le changement de composition capitalistique de Libération en 2006, il décida de demander son départ à la retraite.
En retraite il participe à des activités de soutien scolaire et d’alphabétisation ainsi qu’à des mobilisations de RESF (Réseau Education Sans Frontières).
En 2012, il a aidé un ami boxeur à finaliser un livre : Direct de Stéphane Ferrara avec Michel Chemin aux éditions Fetjaine.
Michel Chemin est marié depuis 1998 à Nicole Serre, féministe et écologiste non encartée, successivement professeure de mathématiques, claviste de presse, coordinatrice de la fabrication à Libération, puis conseillère conjugale et familiale. Il habita à Maisons-Lafitte, Sartrouville, Cormeilles en Parisis, Herblay, Bezons, Argenteuil, Ivry-sur-Seine, Limay, Mantes la Jolie, Besançon, Paris, Bagnolet. Il a une fille issue de son premier mariage avec Micheline Babel en décembre 1968, Séverine, née le 26 février 1969. Infirmière, elle vit seule avec deux enfants dans l’Hérault.

SOURCES : entretien avec Michel Chemin en novembre 2012, archives de la CFDT Renault Flins qui contiennent les expressions de la Base Ouvrière (Septembre 1969 à Mai 1972), journal Libération.

Daniel Richter

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