Jupille (aujourd’hui commune de, pr. et arr. Liège), 10 septembre 1908 − Liège (pr. et arr. Liège), 27 octobre 2001. Employée, militante puis permanente propagandiste de la Jeunesse ouvrière chrétienne féminine, dirigeante des Ligues ouvrières féminines chrétiennes, dirigeante nationale du Mouvement ouvrier chrétien, sœur de Jean Braham.

Marie Braham est la fille de Gaspard Braham, né à Herve (pr. Liège, arr. Verviers) en 1879, fabricant de chaussures à domicile pour des entreprises de Herve puis, après son mariage, artisan indépendant, et d’Anne Hertay, fille de Lambert Hertay, métallurgiste à Vaux-sous-Chèvremont (pr. et arr. Liège), née à Chênée (pr. et arr. Liège) le 20 novembre 1883. Aînée de quatre enfants dont Jean, futur dirigeant syndical, Marie Braham suit, après ses études primaires, deux années de cours de niveau moyen chez les Chanoinesses de Saint-Augustin à Jupille, une troisième année d’études « moyennes » chez les Filles de la Croix à Liège et enfin un an de dessin industriel.


Marie Braham commence sa vie de travail en septembre 1925 comme employée aide-comptable dans une distillerie liégeoise, au salaire de 250 francs par mois. Ensuite elle assure la comptabilité chez un marchand de charbon de Jupille où son traitement mensuel atteindra 375 francs en 1932. En plus de cette occupation et pour aider à l’équilibre du budget familial, elle tient la comptabilité d’un artisan et dessine des modèles de broderie pour une maison « d’ouvrages pour dames ».


En 1924, Léonie Duisberg*, disciple de Victoire Cappe, crée une Ligue des femmes à Jupille et entraine Marie Braham dans son sillage. Cette dernière participe aux réunions mensuelles, aux journées d’études, enquêtes, conférences, etc. La Ligue organise, à partir de juillet 1924, des cours réguliers de coupe et de confection, suivis surtout par de jeunes travailleuses. Ces cours s’arrêtent en 1929 en raison d’un manque de locaux mais aussi parce qu’ils sont mal vus des religieuses et du clergé. L’action de la Ligue se poursuit pourtant et groupe 500 membres dont 60 sont prises en charge par Marie Braham.


En 1932, Marie Braham participe à la fondation d’une section de la Jeunesse ouvrière chrétienne féminine (JOCF) à Jupille. Au bout d’un an, la section compte 65 membres. En 1934, elle est nommée permanente à la Fédération jociste de Liège. Elle contribue à la fondation de nombreuses sections locales et à des groupes dans les milieux liégeois du travail : à l’usine Englebert, à la Linière-Saint-Léonard, à la Brasserie Somze, à la Savonnerie Dubois, dans les grands magasins, etc. En 1935, elle est appelée au secrétariat national et participe aux réunions de grévistes lors de la grande grève de 1936. L’année suivante, elle organise et participe aux meetings « contre l’immoralité dans les milieux de travail ».


En 1940, après l’accueil des réfugiés à la Centrale jociste à Bruxelles, Marie Braham quitte la Belgique pour la France, avec l’abbé Cardijn, Émilie Arnould, Jacques Meert* et d’autres. À Toulouse, elle participe à l’accueil des réfugiés belges. Rentrée en Belgique après la capitulation française, elle relance les activités de la JOCF auxquelles s’ajoutent cette fois l’impression et la distribution de tracts clandestins, l’aide aux jeunes réquisitionnés pour le travail en Allemagne, la résistance à la Werbestelle, etc. En 1943, Marie Braham décide de revenir à Liège pour s’occuper à la fois des Ligues ouvrières féminines chrétiennes (LOFC) comme secrétaire fédérale, de la JOCF et de son action de résistance au sein du réseau Socrate. À partir de mai 1944, l’aide aux sinistrés des bombardements (« bombes volantes ») accapare les deux mouvements féminins : collecte de meubles, de vaisselle et évacuation vers les régions rurales. Pour ce dernier point, une entente est conclue avec les organisations féminines socialiste, communiste et libérale.


À partir de 1947, l’accueil des familles de travailleurs immigrés fait l’objet de l’attention de Marie Braham. Cette initiative fera tache d’huile dans d’autres fédérations des Ligues ouvrières. C’est de là que partira l’Action immigrée des LOFC. Marie Braham participe au Mouvement populaire des familles (MPF) et, après la disparition de celui-ci, elle collabore avec Jean Bouhy qui lance les Équipes populaires. Dès cette époque, avec d’autres collaboratrices, c’est le lancement de l’action « spécialisée » pour les Jeunes femmes des LOFC. M. Braham est présidente de la Fédération du Mouvement ouvrier chrétien (MOC) de l’arrondissement de Liège à cette époque.


En 1952, Marie Braham devient secrétaire nationale des LOFC. Au cours de la décennie suivante, elle participe activement à la transformation de l’orientation du mouvement, orientation nouvelle qui débouche en 1966 sur la proclamation d’un « nouveau statut de la femme » et, en 1969, à un changement de nom : les LOFC s’appellent désormais Vie féminine. C’est au cours de cette période qu’est lancée l’action familiale au Congo belge et que les ligues ouvrières aident les femmes congolaises à se situer en femmes responsables par l’envoi sur place de Wilhelmine Dubois* et, ensuite, grâce aux efforts de Marie Braham, de Betty Heine. En 1965, M. Braham met en route la Commission nationale des 3 X 20 et organise des stages d’animation du troisième âge en collaboration avec les responsables du Conseil supérieur de l’éducation populaire. Membre du Comité national du MOC, elle en est aussi vice-présidente.


Lors de la grève des femmes de la Fabrique nationale (FN) de Herstal (pr. et arr. Liège) de 1966 en faveur de l’égalité salariale homme/femme, les LOFC participent, aux côtés d’autres mouvements féminins et féministes, à diverses manifestations dont la manifestation de soutien et le meeting du 25 avril au cours duquel Marie Braham souligne à quel point « les problèmes qui nous préoccupent aujourd’hui dépassent celui des salaires. C’est celui des aspirations de la femme vers l’égalité sociale, économique, politique, qui conditionnera demain son existence même. »


Après sa retraite en 1968, Marie Braham poursuit son action notamment à Droixhe (action de quartier) et auprès pour les groupes « Aînées » ou « 3 X 30 » tout en demeurant, un certain temps, déléguée au conseil de l’éducation populaire. Elle représente Vie féminine au Commissariat général au tourisme, à la Société belge de gérontologie et de gériatrie. Elle participe au conseil d’administration de l’Université du troisième âge à Liège.

SOURCES : Notes biographiques rédigés en réponse à un questionnaire d’enquête, par Marie Braham, s.d. − La Jeunesse ouvrière chrétienne Wallonie-Bruxelles. 1912-1957, t. II, Bruxelles, 1990 – GERARD E., WYNANTS P. (dir. ), Histoire du mouvement ouvrier chrétien, t. 2, Louvain, 1994 – WYNANTS P., « Braham Marie », dans GUBIN E., JACQUES C., PIETTE V., PUISSANT J. (dir.), Dictionnaire des femmes belges. XIXe et XXe siècles, Bruxelles, 2005, p. 77-78 – LORIAUX F., Luttes sociales et actions politiques. Le Mouvement ouvrier chrétien de Liège, Huy, Waremme 1850-1980, Liège, 2012.

Jean Neuville

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