AUCLERT Hubertine [version Dictionnaire biographique Algérie]

Par René Gallissot

Née dans l’Allier (France) en 1851, morte à Paris le 9 avril 1914 ; une des premières militantes socialistes féministes en France, mariée au juge de paix séjournant à Frenda.

Orpheline mais non sans ressources ni sans avoir fait des études, elle fonde à Paris en 1876, l’association Le Droit des femmes ; elle se voit refuser la tribune au premier congrès international sur le droit des femmes en 1878 à Paris ; elle est écartée comme révolutionnaire. Elle se déclare socialiste ; elle est une des sept femmes à participer en 1879 à Marseille au congrès véritablement fondateur du Parti ouvrier dont Karl Marx inspire le programme ; elle présente le rapport de la commission des femmes et parle au nom de « la moitié déshéritée du genre humain ». Son rapport pour l’égalité des sexes est adopté.

Mais bientôt elle rend son mouvement pour le droit des femmes autonome ; en 1881 elle fonde le journal La citoyenne qui lance en France la campagne des suffragettes ; son association Droit des femmes, devient en 1883, Suffrage des femmes. Elle est une militante proprement féministe en appelant au refus de l’impôt, combat le recensement sur la fiche du mari ; elle milite pour l’inscription sur les listes électorales et pour le vote.

En 1888, elle épouse le secrétaire de l’association et du journal, son secrétaire donc, Antoine Levrier. Celui-ci obtient un poste de juge de paix en Algérie, à Frenda dans le sud oranais, où vit le ménage. On ne trouve pas trace d’action militante. Quand elle évoque ses années d’Algérie en 1900, elle écrit avoir passé « quatre années heureuses » et plaide pour l’instruction des filles. Elle dit avoir envisagé de prendre en charge "une petite fille indigène" pour qu’avec l’instruction nécessaire, elle devienne médecin. Elle prend l’exemple des fillettes des Ouled Naïl vouées à la danse et à la prostitution pour accuser la France de manquer à sa mission civilisatrice et les autorités coloniales sur place de laisser-faire ; elle dénonce la rapacité des colons. Elle n’en sacrifie pas moins aux clichés de l’orientalisme colonial sur la tribu des Ouled Naïl, ses poètes et ses efféminés, et rêve d’une Algérie française où "les houris aux beaux yeux ne seraient plus ni vendues ni séquestrées." (citations dans la thèse de F. Barkahoum).
Antoine Levrier meurt en 1892 et Hubertine Auclert regagne Paris où elle participe encore à des manifestations féministes. Elle meurt à Paris le 9 avril 1914.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article150029, notice AUCLERT Hubertine [version Dictionnaire biographique Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 4 novembre 2013, dernière modification le 3 novembre 2013.

Par René Gallissot

ŒUVRE : Le droit politique des Femmes. Question qui n’est pas traitée au Congrès international des femmes. Paris, 1878. —Égalité sociale et politique de la femme et de l’homme. Discours prononcé au congrès ouvrier socialiste de Marseille, Marseille, 1879. —Le Vote des Femmes, Paris, 1908.

SOURCES : Arch. Nat. de France, Paris, F7 12 488. —Notice de Justinien Raymond, DBMOF (Maitron), op. cit., t.10. —Ferhati Barkahoum, Lecture d’histoire sociale de la prostitution en Algérie : le cas de la prostitution dite « Ouled Naïl » de Bou-Saâda, 1830-1962. École des Hautes Etudes en Sciences sociales, Paris, 2002.

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